Nabil nous propose un voyage dans la culture touarègue grâce à une rencontre avec Abdoulahi Attayoub, responsable de l’association lyonnaise Temoust.

A mon arrivée dans les locaux de l’association Temoust, au 7 rue Major Martin à Lyon, le dépaysement est total. J’entre dans un petit appartement à l’ancienne, très lyonnais, mais où tout rappelle le Niger. Des tableaux illustrant la vie des Touaregs ou, encore, une immense carte du Sahara sont scotchés aux murs. Le thé qu’ Abdoulahi Attayoub me sert finit de me mettre dans l’ambiance de ce peuple du désert dont la vie, faite de liberté et de sagesse, fascine ou dérange.

Le fondateur de l’association Temoust (pays en berbère) m’indique que les Touaregs sont encore présents dans cinq Etats d’Afrique du nord : l’Algérie, la Lybie, le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Ils sont environ 5 millions et 80 % d’entre eux vivent essentiellement au Mali et au Niger. Abdoulahi Attayoub me montre alors sur la carte son lieu de naissance. Un petit coin du Niger nommé Abalak. Il m’explique qu’il est arrivé en Europe assez jeune grâce à une bourse d’étude. Son avenir était, à l’époque, tout tracé : remplacer les ingénieurs français œuvrant au Niger. Mais les persécutions de son peuple, les Touaregs, dans les années 80 en décida autrement et l’obligea à demeurer en France.

C’est à la suite de ces persécutions gouvernementales, en 1991, qu’il décide de créer l’association Temoust afin de sensibiliser les instances internationales à la dégradation de la situation des Touaregs au Niger mais aussi au Mali. Ce peuple transnational était alors en grave danger. « La société touarègue est faite de liberté et d’égalité. La femme a d’ailleurs un rôle social et politique important et c’est tout cela qui était menacé ».

Grâce aux actions de l’association d’Abdoulahi, notamment devant les Nations-Unies, les Touaregs sont aujourd’hui davantage reconnus dans leurs pays. Temoust est d’ailleurs à l’origine des trois résolutions du Parlement européen sur la question touareg. Mais le combat diplomatique est loin d’être terminé puisque très peu de Touaregs peuvent participer à la vie politique au Niger ou au Mali, où ils sont les plus nombreux. Les vrais cercles du pouvoir sont complètement fermés aux Touaregs encore aujourd’hui.

Au-delà des problématiques de ce peuple de nomade du Sahara, l’association d’Attayoub plaide pour la cause Amazigh (Berbère) dans son intégralité. C’est ainsi qu’Abdoulahi participe à la création du Congrès mondial amazigh en 1995. Son souhait est de voir se développer une unité entre tous les Berbères d’Afrique du nord (ndrl : une population divisée en une quinzaine d’ethnies différentes, dont les Kabyles et les Touaregs). Mais ce dernier est bien conscient que le combat des Kabyles n’est pas forcément le même que celui des Touaregs, et que cela rend cette unité fragile. « Pourtant la finalité est identique. Une culture et une langue berbère reconnue ».

Pour en savoir plus : L’association reçoit tous les mardis et les jeudis toutes personnes intéressées par la culture touareg. http://www.temoust.org/

Crédit photo : Flickr, Créative commons

Auteur : Nabil Merad

La rédaction

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