La situation de Guilherme Hauka-Azanga, le plus “médiatique” des sans-papiers, mobilise toujours autant les Lyonnais. Mardi, près de 500 personnes se sont rassemblées pour faire pression auprès du préfet. Récit.

Journée lyonnaise estivale, les rues s’animent, les quais du Rhône sont bondés, et tout le monde goûte aux premières chaleurs avec entrain. Pourtant, pour quelques 500 personnes, ce mardi 25 Mai avait une toute autre saveur. Vers 18h, le cours Gambetta raisonne au son d’une « batucada » de 20 tambours, le trafic est bloqué. Au loin, j’aperçois un grand groupe se dirigeant vers la préfecture du Rhône. Tout de jaune vêtus, les musiciens entraînent un cortège où figurent également de longues banderoles de papiers. J’apprendrai par la suite qu’il s’agit des 5000 lettres envoyées au collectif de soutien à Guilherme Hauka-Azanga.

Ce n’est pas la première manifestation de soutien pour cet Angolais, la dernière en date a eu lieu le 27 Avril. Mais cette fois-ci, « tout le monde espère que le préfet fera ce qu’il a à faire », déclare Sandrine Delanöé, militante et membre du collectif. 

Rappelons en quelques lignes les faits : Guilherme Hauka-Azanga vient en France, en 2002, après que son village et une grande partie de sa famille aient été assassinés à cause de leur origine ethnique. M. Hauka-Azanga était alors un militant pour le respect de la minorité ethnique à laquelle il appartient.

Il essaie d’envoyer ses enfants dans un autre pays, certains y parviendront, d’autres seront tués ou portés disparus. Guilherme a, depuis, continué à envoyer des fonds à ses fils restants, et a refondé une famille en France, où il a eu deux enfants. N’ayant pas rendu les papiers à temps, sa carte de séjour a expiré et il vit depuis des mois sous la menace d’une expulsion. Il a, à de nombreuses reprise, refusé de partir, par des méthodes aussi osées que déterminées, répondant ainsi à la brutalité avérée de ses arrestations successives.

Menotté, bâillonné, il a également bénéficié d’un peu de chance quand deux pilotes d’avion, censés le ramener, ont refusé de décoller à cause des conditions de transfert du passager. Quatre tentatives abrogées, donc, qui ont conduit la préfecture du Rhône à cesser les tentatives de rapatriement. Mais Guilherme est aujourd’hui toujours soumis à une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), et peut être reconduit hors de nos frontières à n’importe quel moment.

Ses principales raisons de rester ? Il est en danger dans son pays natal, il a deux enfants nés sur le territoire français, dont un scolarisé, il a travaillé sur le territoire et sa femme est malade. Autant de raisons qui ont poussé des professeurs de l’école Gilbert Dru, ainsi que des parents d’élèves, à se mobiliser, tout d’abord sous forme de pétitions, puis en occupant l’école et en créant un collectif pour aider à sa régularisation. Depuis quelques mois, la situation de cet homme soulève à nouveau un questionnement sur la politique de régularisation et les conditions de rapatriement imposés par le gouvernement français. Les médias ont relayé ces informations, et quelques politiciens de gauche se sont également manifestés.

Hier, les organisateurs de la manifestation avaient à cœur de créer une marche originale, dans le but de se faire mieux entendre. Ainsi, les 5000 lettres de soutien ont été déposées devant l’entrée de la Préfecture, en espérant une suite heureuse. Dans cette marche musicale, on pouvait apercevoir « des gens de toute la région »  me confiait Nadia, qui participait à sa deuxième manifestation.

En tout cas, le ton presque festif donné à cette marche, n’omettant pas la gravité de la situation, ne manquait pas d’intéresser de nombreux passants, et laisse percevoir un certain optimisme quant à la régularisation de Guilherme Hauka-Azanga.

Paolo Kahn

La rédaction

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