Les élections sénatoriales ont rendu hier leur verdict, qui a renforcé la majorité LR dans la chambre haute. Dans le Rhône, l’union de la gauche permet notamment à 2 élus EELV de participer au retour d’un groupe écologiste au Sénat. 

Source: Sénat

Majoritaires au Sénat depuis 2014, Les Républicains ont profité de ces élections pour conforter leur position dominante dans la chambre haute. Nationalement, ils se renforcent en remportant 6 sièges supplémentaires, signe selon les ténors du parti que LR dispose d’un véritable ancrage territorial. Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat réélu avec 71% des voix en Vendée, insiste par ailleurs sur la défaite électorale subie par LREM. Le parti présidentiel enchaîne en effet un deuxième revers après l’échec aux municipales, parvenant toutefois à conserver 19 sièges, dont celui du Président de groupe François Patriat.

 

 

 

 

Sur le plan national, le deuxième enseignement de ces élections est l’élection de six nouveaux sénateurs EELV, qui permettra la création d’un groupe écologiste. Dans un communiqué, Monique Cosson (Co-Secrétaire régionale d’EELV Rhône-Alpes) se félicite « des résultats qui vont renforcer la parole des écologistes au Sénat ». La sénatrice EELV de Paris Esther Benbassa devrait se présenter à la Présidence de ce groupe, qui a été favorablement accueilli par Patrick Kanner, le président du groupe socialiste au Sénat. Ce dernier a notamment appelé les groupes de gauche à travailler ensemble, mettant en avant l’union nécessaire de ces groupes au Sénat. 

S’il reste la première force d’opposition au Sénat, le PS sort en effet fragilisé de ces élections et passe de 71 à 65 sénateurs, une perte de terrain qui profite au PCF avec deux sénateurs supplémentaires. 

 

Avec la réélection de Stéphane Ravier dans les Bouches-du-Rhône, le Rassemblement National a enfin réussi à conserver son unique siège au Sénat.

 

Composition du Sénat après les élections du 27 septembre:

Source: Sénat                                                                                                                                                                                 *Non inscrits: DLF/RN

 

Rhône : l’union de la gauche profite de la division à droite

Dans le Rhône, la liste d’Union de la Gauche arrive en tête avec 32,49% des votes et obtient trois sièges. Les écologistes Thomas Dossus et Raymonde Poncet sont élus, ainsi que le socialiste Gilbert-Luc Devinaz qui conserve son siège de sénateur. Contacté par le Lyon Bondy Blog, ce dernier se dit très satisfait des résultats qu’a donné l’union de la gauche dans le département du Rhône: « sur un problème donné, cela sera aussi positif de confronter nos idées et de trouver une direction commune avec le groupe écologiste ». Il minimise la défaite du PS, qu’il attribue surtout aux résultats des élections municipales dont dépendent les sénatoriales ainsi qu’au mode de scrutin qui bénéficie selon lui aux petites communes, et donc  surtout à la droite.

Richard Marion, conseiller EELV à la Métropole, insiste quant à lui sur les résultats des écologistes : « l’objectif de constituer un groupe est atteint. Avec deux écologistes en tête, cela positionne un leadership écologique qui est de bon augure pour l’avenir de l’écologie».

Si le secrétaire départemental du PCF Raphaël Debû regrette que Danièle Lebail (qui était 4e sur cette liste) ne décroche pas de siège, il affirme « ne pas bouder [son] plaisir à la vue des résultats ». Il se réjouit que le rassemblement à gauche soit arrivé en tête dans le Rhône, en dépassant 1000 voix pour la première fois.

A droite, la liste Territoires et République, investie par Les Républicains et soutenue par Gérard Larcher, recueille 24,85% des suffrages ce qui permet à François-Noël Buffet et Catherine Di Folco de garder leurs places au Sénat. La liste dissidente menée par Etienne Blanc obtient quant à elle 16,27% des voix, ce qui assure à l’édile lyonnais une place au sein de la chambre haute du Parlement. Cette stratégie a particulièrement déplu à Paul Vidal, troisième sur la liste Territoires et République, qui dénonçait sur sa page Facebook « le bal des faux-culs » lui ayant coûté sa place. 

La gauche rhodanienne confirme donc sa percée aux municipales et reprend une place à la droite, puisqu’elle ne disposait que de deux sénateurs avant les élections. Si Michèle Vullien a enfin échoué à se faire réélire, les centristes seront toujours représentés au Palais du Luxembourg grâce au néo-sénateur Bernard Fialaire, dont la liste a été soutenue par près de 10% des électeurs. Selon Jean-Pierre Dumontet (qui était n°3 sur sa liste), celui-ci devrait intégrer le Groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen afin de garantir son indépendance et de ne pas recevoir de consigne de vote. Son but est de rester proche des élus des collectivités territoriales du Rhône, en particulier du Beaujolais dont il est issu. 

La France Insoumise, qui avait décidé de faire cavalier seul dans ces élections, dépasse difficilement 3% des suffrages. Farouk Ababsa, qui était tête de liste, refuse cependant de considérer ce score comme une défaite : « sur le département, la France Insoumise n’a que 28 élus et au total 50 grands électeurs, ce qui tranche avec les 109 qui ont finalement décidé de soutenir notre projet ». 

Les résultats sont enfin venus confirmer le faible ancrage du Rassemblement National dans le département, puisque la liste menée par Andréa Kotarac n’a obtenu que 1,7% de voix.

 

 

Quel avenir pour la gauche et la droite dans le département ? -Réactions-

Le Lyon Bondy Blog a recueilli quelques réactions pour prendre la température politique suite aux élections. 

A gauche, la question de l’union divise. 

Pour le sénateur PS Gilbert-Luc Devinaz, « l’excellent résultat sur le Rhône pour ces sénatoriales nous pousse à réfléchir à une alliance de la gauche pour les élections départementales. On a seulement deux conseillers départementaux dans le nouveau Rhône, la gauche et les écologistes pourraient en avoir plus que deux, et cela passe par une union. Pour les régionales, il faut désigner une tête de liste, cela peut amener une querelle d’ego. Moi je ne peux qu’espérer une campagne où on retrouve les écologistes et la gauche comme pour les sénatoriales ».

Même son de cloche du côté du PCF. Selon Raphaël Debû, « quand chacun part dans son couloir en ordre dispersé, il fait son score qui n’est bien souvent qu’un score d’estime ». Le secrétaire départemental du parti souligne néanmoins la spécificité des sénatoriales, particulièrement propices aux alliances : «la stratégie adoptée aux sénatoriales n’est pas forcément adaptable facilement lors d’une élection populaire ». 

Après les annonces d’EELV, le rassemblement semble en effet compromis. Pour Richard Marion, conseiller métropolitain EELV, « les partis de gauche hors-EELV doivent faire preuve de leur capacité à être sur les fronts de la justice sociale et environnementale pour qu’il puisse y avoir une collaboration forte et durable… Cela repose sur un alignement quant à l’objectif d’écologie sociale d’EELV».

Cette position n’est d’ailleurs pas forcément perçue d’un bon œil par Farouk Ababsa, tête de liste FI lors des sénatoriales : « il faut que nos partenaires nous respectent, ou nous mènerons notre chemin comme on le souhaite. Cela n’avait pas été le cas pour les sénatoriales, et c’est pour cela que nous avions décidé de faire une liste et prendre nos responsabilités ».

 

Chez Les Républicains, la récente confrontation entre François-Noël Buffet et Etienne Blanc a également marqué les esprits. Anne Prost, tête de liste pour Etienne Blanc lors des élections municipales, nous a confié son ressenti : « Je ne comprends pas pourquoi tout le monde a besoin de se présenter (…) cela nous coûte un poste de sénateur, que nous aurions dû avoir et qui est finalement revenu aux Verts parce que certains n’arrivent pas à s’entendre ». Si elle affirme « ne pas regretter » la stratégie d’Etienne Blanc, elle se dit “ennuyée que le Parti n’ait pas trouvé de solutions pour être tous ensemble sur la même ligne… Seul, on est moins fort qu’à plusieurs ».

La candidate au 5è arrondissement estime néanmoins que le poste de sénateur conviendra parfaitement à celui qui était jusqu’ici le premier Vice-Président du Conseil Général. Elle assure que les sénateurs LR du Rhône seront capables de travailler en bonne intelligence : « ils vont désormais se mettre autour d’une table, reconnaître qu’ils auraient pu jouer plus fin mais qu’il est temps de travailler ensemble et de jouer leur rôle de relais nationaux ».