La réforme des rythmes scolaires arrive dans le Grand Lyon en septembre prochain. Si certaines communes sont déjà prêtes pour la rentrée, d’autres peinent à organiser les emplois du temps des petits écoliers.

une creative commons, Zigazou76 via flickr cc ecole

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La réforme prévoit un passage à quatre jours et demi de classe par semaine, soit une demi-journée de plus que d’habitude, pour les écoles primaire et maternelle. En effet, dès la rentrée, les enfants devront s’habituer à aller à l’école le mercredi matin. Cette décision engendre une modification des horaires de classe sur la totalité de la semaine et une nouvelle organisation des activités périscolaires. Toutes les communes ont pour obligation de mettre en place cette nouveauté pour le mois de septembre 2014. Elles ont cependant opté pour des fonctionnements divers, les enfants se verront donc attribuer un emploi du temps différent selon l’école qu’ils fréquenteront.

Face à la mise en place de cette réforme, les parents d’élèves se montrent assez critiques. Nous nous sommes rendus dans la ville de Bron pour y voir un peu plus clair.

Annie Guillemot explique dans son programme : « Un temps de récréation sera proposé de 16h à 16h30 où les parents pourront venir chercher leur enfant. Puis, en élémentaire, deux offres seront proposées. L’une de 16h30 à 17h (1/2h), de telle sorte que les parents puissent venir chercher leur enfant à 17h, et l’autre de 16h30 à 17h45 (1 h 15) pour les parents dont les contraintes sont les plus fortes. Les temps calmes et ludiques seront privilégiés pour l’offre courte ; les ateliers pour l’offre longue. » 

La grande nouveauté concerne le mercredi midi puisqu’une garderie payante sera proposée de 11h45 à 12h15 voire 12h30, mais aucun repas ne sera distribué pendant ce créneau horaire.

panneau-ecoleÀ la sortie des écoles de Bron, on constate un grand désespoir chez les parents. La quasi-totalité des interrogés est surprise du manque d’informations notamment au niveau de l’organisation du périscolaire. Avant de nous rencontrer, certains ne savaient même pas que leurs enfants auraient école le mercredi matin à la rentrée. De plus, l’accueil matinal repoussé à 8h45 semble n’arranger qu’une extrême minorité de personnes. « À 8h30 je pouvais me débrouiller pour être à l’heure au boulot. 8h45, ça change énormément » nous révèle une maman.

« On ne sait pas trop où on va avec cette réforme. Bron a l’air très en retard par rapport à d’autres communes. »

La préoccupation principale des parents semble se porter sur le mercredi midi. Une jeune femme se confie : « J’avais l’habitude de mettre mon enfant toute la journée au centre de loisirs. Aujourd’hui on me demande de m’organiser de façon à venir le chercher à 11h30. La garderie proposée par la commune est payante, ça ne m’intéresse pas de payer pour que mon enfant m’attende sans rien faire pendant trois quarts d’heure. »

Nous sommes également partis à la rencontre d’Hélène Cotaz Bertholet, déléguée générale de la PEEP, afin de recueillir des informations complémentaires. Ses propos sont semblables à ceux exprimés plus haut : « Il n’y a aucun changement favorable à l’enfant dans cette réforme » s’agace-elle, « elle ne présente aucun avantage, que ce soit pour les enfants, les parents ou les enseignants. »

Notre interviewée explique le mécontentement des parents d’élèves : « Les parents ont voté pour une réforme qui n’est pas celle à laquelle auront droit leurs enfants à la rentrée 2014. Ils ont la sensation d’une organisation brouillonne, entreprise au dernier moment. Ce n’est même plus une simple réforme sur les rythmes scolaires, c’est devenu un réaménagement total de l’emploi du temps de l’enfant. »

Lors de cette entrevue, on apprend également que les communes ayant mis en place ce système en septembre 2013 se voient plongées dans quelque chose de non bénéfique pour l’enfant. « Les écoliers sont beaucoup plus fatigués qu’avant, la réforme apporte un changement négatif sur le rythme de l’enfant, ce sont les échos que nous avons eus des enseignants qui subissent déjà la réforme. »

Le centre social prend les devants

En plus des répercussions sur la fatigue des enfants, le futur aménagement d’horaires va bouleverser les habitudes des enseignants remplaçants car ils vont devoir s’adapter à des rythmes totalement différents selon la commune où ils seront envoyés.

« Il aurait fallu que toutes les communes du Rhône optent pour une organisation similaire », propose Madame Cotaz Bertholet.

Le déroulement des mercredis et des activités périscolaires soulèvent également de nombreuses interrogations. Les directives tardent à arriver et l’inquiétude des professionnels de l’animation croît.

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Ecole_-_Salle_de_Classe_2 wikimedia cc by 2.5

 

Face à ce manque d’informations, le centre social de Bron Les Taillis a choisi de prendre les devants. Mathieu Fouillet, directeur adjoint de l’accueil des 6/11 ans, nous explique ses démarches. « On a commencé à faire passer des formulaires aux parents pour voir quelle organisation leur conviendrait le plus sur les mercredis. Évidemment la plupart veulent une prise en charge par le centre de loisirs dès 11h30, seulement on n’a pas de locaux adaptés ici pour faire de la restauration. On envisage aussi de récupérer les enfants à l’école en minibus pour les conduire au centre de loisirs. Le problème c’est qu’on n’a toujours pas de réponses de la mairie donc on ne peut pas s’organiser. » Mathieu et son équipe doivent faire face aux interrogations des parents sans pouvoir leur garantir quoi que ce soit. « On est dans l’attente, les informations arrivent au compte-goutte ». Les accueils de loisirs se doivent d’être prêts pour le 4 septembre 2014 et ne savent pas encore si l’organisation qu’ils prévoient sera acceptée. « On nous lâche dans le grand bain. » Se désole Mathieu.

Ce jeune directeur adjoint nous apprend que les écoles commencent déjà à faire appel aux centres de loisirs pour intervenir sur les temps périscolaires. Il commente : « Si on décide d’intervenir dans les écoles sur ces temps-là, ça va engendrer une réécriture des contrats pédagogiques, une masse de recrutement et surtout il faudra prendre le temps de former les animateurs qui n’ont pas l’habitude d’intervenir dans des écoles. »

Pourquoi est-il important de former les intervenants ?

« J’ai eu des retours sur les écoles qui ont mis ça en place en 2013 et ça a été un échec total. Il y a eu un manque énorme de personnel formé sur les temps périscolaires donc aucune cohérence éducative et ça a eu des répercussions sur les enfants. Ils n’avaient pas eu le temps de tout mettre en place, c’est ce qu’il risque de se passer à Bron. La difficulté quand on intervient dans les écoles, c’est d’apprendre aux enfants à faire la part des choses entre les temps de classes et les temps d’activités. Il faut s’approprier les lieux autrement et il faut préparer les animateurs à ça. »

Mathieu propose de créer des contrats pour lutter contre la précarité : « Ce serait intéressant de pouvoir mettre les mêmes animateurs sur les temps du matin, du midi et du soir pour que les enfants aient des référents. On pourrait faire de belles choses, avec un salaire intéressant à la clé bien évidemment. »

Une fois de plus, les propositions des professionnels restent en suspens. La « Ville amie des enfants » prend son temps dans l’annonce des consignes et ne se hâte pas de répondre aux suggestions des centres de loisirs. La rentrée scolaire est prévue dans deux mois, le retour des vacances sera-t-il aussi brutal qu’on le craint ?