A l’initiative du collectif ROM, une rencontre a été organisée samedi Place Antonin Poncet à Lyon pour lutter contre les préjugés sur les Roms.

roms_tA mon arrivée, je remarque tout de suite tous ces enfants, encadrés par leur maman, qui peignent puis affichent leurs dessins. Un fond musical de clarinette et de guitare aux accents particuliers nous rappellent combien la culture rom est profonde et ancienne.

Afin d’en savoir un peu plus sur cette journée dédiée aux Roms, je vais à la rencontre d’Alain Veysset, membre du collectif ROM (fédération d’associations unies autour du problème ROM). Il m’explique que cette rencontre est un moment rare et privilégié pour faire connaître aux Lyonnais un autre aspect du peuple rom. Et enfin sortir de l’image du Rom mendiant dans le métro ou sur les carrefours de l’agglomération. « Vous savez, c’est la misère et la persécution qui ont mené les Roms en France. Leur vie en Roumanie est autrement plus difficile », me dit-il.

Quand on connaît toute leur misère, ici, dans nos rues, on a du mal à imaginer pire et pourtant… « En Roumanie, un Rom n’a pas accès aux soins, en France si », explique Alain Veysset. L’agglomération lyonnaise compte environ 600 Roms, la plupart sont éparpillés dans différents bidonvilles, comme à la Villette, derrière la Part-Dieu. « L’intégration de ces populations, qui sont des citoyens européens, passe par un logement décent et par l’accès au travail », déclare, de façon catégorique, Alain.

Sur ces questions de logement, Roland Jacquet, élu dans le 3eme arrondissement et au Grand Lyon, me donne quelques éléments de réponse. « C’est au niveau préfectoral que les actions doivent être menées. Même s’il est vrai que ce problème dépasse de loin le cadre régional. L’Europe doit agir, avec tous les pays de l’Union qui accueillent des Roms ainsi que les pays d’où ils sont originaires ». L’élu en est convaincu, « si la Préfecture loge ces personnes alors nous seront armés pour faire le suivi et la formation afin de les intégrer. » Ce dernier travaille en ce moment à la mise en place de structure d’accueil spécifique pour les enfants scolarisés qui vivent dans les bidonvilles.

Plus j’avance dans mon enquête et plus je me rends compte d’une chose essentielle : les Roms veulent scolariser leurs enfants. C’est ainsi que je fais la connaissance de Lenuta, 11 ans. Elle est en CM1 dans une école de Vénissieux. Elle m’explique qu’elle adore l’anglais et la géographie. A son arrivée à l’école, il y a 3 ans, elle s’est fait des amis très rapidement. Adelyne, son institutrice, me raconte que ses parents sont très fiers d’elle et que c’est une très bonne élève « En principe, les familles Roms qui se stabilisent scolarisent leurs enfants et les suivent de façon très assidue. Mais hélas, beaucoup subissent des expulsions à répétitions, ce qui rend une scolarité normale impossible ».

Dans cette école, une classe appelée CLIN (Classe d’initiation) a été mise en place afin d’accueillir les enfants non francophones, quelques heures par semaine. Les résultats sont très encourageants mais la suppression des postes dans l’éducation nationale complique la continuité de ces classes de remise à niveau.

Un peu plus loin, je tombe sur une série de photographies sur la vie des Roms dans les bidonvilles. Ces photos, d’une extrême profondeur, me fascinent. Leur auteur, le photographe Louis Saadi-Freixas, est présent. Je m’empresse alors de faire sa connaissance. Ce dernier expose souvent ses photos lors de manifestions dédiées au peuple Rom. Il me confie avoir assisté à beaucoup d’expulsions dans des bidonvilles. « Des expulsions, il y en a très souvent, en principe les familles reçoivent un OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) ».

Ils sont alors rapatriés en Roumanie mais reviennent dès qu’ils le peuvent. « Les autorités déplacent le problème, mais elles ne résolvent rien ». Le photographe m’explique qu’il existe une loi obligeant les patrons à payer une taxe s’ils embauchent une personne venant de Roumanie ou bien de Bulgarie, pays où résident en majorité les Roms. Cette loi de restriction de l’emploi disparaitra en 2013. La France pourrait dès à présent l’abroger mais elle ne le fait pas.

La question rom semble déranger les politiques et c’est incontestablement un problème qui touche de très près les collectivités locales. Chacun semble se rejeter les responsabilités en évitant de prendre des décisions concrètes d’insertion sociale. Pour ma part, après cette journée, je ne regarderai certainement plus les Roms de la même façon. Je ne pourrai m’empêcher de penser que même si ce n’est pas mon pays qui les a mis dans cette situation, il ne fait rien pour améliorer leur vie. Sous nos fenêtres, à deux pas de chez nous, c’est une misère d’une autre époque qui se vit.

La France est-elle toujours un pays d’accueil ? Aujourd’hui, nous sommes en droit de nous poser sérieusement cette question.

Auteur : Nabil Merad
Crédit photo : Louis Saadi-Freixas.

La situation des Roms en Europe
Aujourd’hui, le sentiment anti-Roms est de plus en plus fort en Europe. Récemment, on a pu voir s’organiser en Hongrie de véritables traques se soldant par des lynchages ou des incendies des habitations de la population rom, des vacanciers en Italie indifférents face à deux jeunes filles noyées sur une plage, des politiciens autrichiens faisant des déclarations à connotation fortement raciste afin de gagner des voix ou encore des dirigeants slovaques proposant de placer en internat les enfants Roms pour les « rééduquer » alors que peu de temps auparavant on apprenait la stérilisation forcée de certaines femmes roms dans ce pays. (rapport Amnesty International )

Si, en France, le racisme à l’égard de cette communauté ne se déclare pas de façon aussi voyante, leurs conditions de vie sont à dénoncer : quotidien dans des bidonvilles (sans eau courante, ni électricité, ni ramassage des ordures, ni égout), expulsions à répétition, cas d’abus policiers… Ce racisme, ancré et banalisé, est le fruit d’une longue histoire de discrimination qui se retrouve dans tous les pays européens. Esclaves jusqu’à la fin du XVIIIe siècle en Roumanie, internés en France dans les années 40, déportés et gazés dans les camps de concentration nazis pendant la seconde guerre mondiale (près de la moitié des Roms européens ont disparu)… les Roms portent en eux un passé tragique. En 2010, selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), les Roms vivent dans des conditions socio-économiques similaires à celles des pays en voie de développement tandis que leur espérance de vie est de 10 ans inférieur à celle des autres Européens.
Par Maëva Bréau

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