A l’occasion de l’élocution d’Emmanuel Macron à Lyon, Jérôme Sturla, membre de la commission politique de la ville à la Métropole, soutien de l’ex-ministre de l’Economie, nous explique ce que ce dernier peut apporter dans les quartiers populaires.

C’est qu’on serait presque resté sur notre faim. Samedi 4 février, Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle à la tête de son propre mouvement, En marche !, est venu prononcer un discours de plus d’une heure et demi au Palais des Sports de Lyon. Mais à première vue, pas grand chose pour nos chers quartiers populaires. « Macron peut apporter un débat économique intéressant pour les quartiers », estimait pourtant sur le Lyon Bondy Blog David Kimelfeld, premier secrétaire du Parti socialiste (PS) du Rhône, vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge du développement économique et soutien de poids pour le candidat de 39 ans dans le deuxième centre urbain du pays. Alors on est allé poser la question à Jérôme Sturla, élu depuis 1989 à Décines-Charpieu, une commune populaire, et membre de la commission en charge de la politique de la ville.

« Pour certains jeunes des quartiers, il est plus facile de trouver des clients que de trouver un employeur », assène celui qui fut maire de Décines entre 2012 et 2014. Il espère qu’Emmanuel Macron mettra en place un environnement plus favorable à la création d’entreprise. Assez peu évoquée samedi, l’idée se cachait notamment dans ce bout de discours : « Nous ne sommes plus dans un pays où on pourrait ne protéger que certains contre le risque du chômage. La vraie égalité des chances, c’est de permettre que chacune et chacun ait une garantie, puisse accéder à une indemnité quand il se trouve au chômage, quelle que soit sa condition. » Elle est pourtant au cœur de sa campagne : favoriser l’économie du travail indépendant et inciter les audacieux à prendre des risques pour monter leur propre entreprise grâce une protection sociale élargie à tous. Même aux indépendants ou à ceux qui démissionneraient pour se mettre à leur compte.

« Au delà des barrières mentales, on est dans un pays bardé de barrières réglementaires, constate Jérôme Sturla. J’espère qu’il facilitera aussi la procédure pour permettre justement à ces jeunes de créer des entreprises plus facilement. »

La formation comme clef pour l’emploi

Retour au Palais des sports. Le leader d’En Marche ! propose une « révolution » de la formation continue. « Nous devrons concentrer ces moyens sur celles et ceux qui en ont le plus besoin pour leur permettre à chaque âge d’avoir une formation, de six mois, d’un an, ou deux ans, afin de retourner vers un emploi efficace. »

L’analyse de l’élu métropolitain à la politique de la ville est simple : « Beaucoup de jeunes de quartiers sont bloqués parce qu’ils sont sortis tôt du système scolaire. » Ce type de formations permettrait donc à ces derniers d’acquérir des compétences qui pourraient les aider à s’insérer sur le marché du travail sans passer par des dispositifs lourds portés par l’Éducation nationale. Les organismes formant les élèves pourraient être contrôlés et évalués pour s’assurer de l’efficacité de leur enseignement.

Côté discrimination à l’embauche ? « Sans égalité, nous continuerions à avoir des jeunes ou moins jeunes qui n’ont pas les mêmes chances », assène le tribun devant 16 000 spectateurs selon les cadres du mouvement. « Il est sensible au thème de la discrimination », affirme de son côté le conseiller municipal de Décines. du grand Lyon. Il se souvient notamment de son coup de communication, en février 2016. Alors qu’il était encore ministre de l’Économie de François Hollande, avant de faire défection, il avait organisé une rencontre entre des jeunes issus de zones sensibles et des directeurs des ressources humaines (DRH) de grandes entreprises comme Orange ou Capgemini. Partant du constat qu’à qualification égale, les jeunes de quartier se retrouvaient plus souvent sur le côté de la route, ces rencontres étaient supposées faire bouger les lignes en révélant les « talents issus de la diversité ».

Il s’était alors appuyé sur l’expertise du cabinet de recrutement Mozaïk RH et de l’association Passeport Avenir, spécialistes de la diversité. « Ces structures ont fait leurs preuves, estime l’ancien maire de Décines. J’attends d’Emmanuel Macron qu’il prête la même attention à ces ”startups sociales” qu’à celles du numérique. »

Mais selon lui, aucun doute : « On peut raconter ce qu’on veut, on ne pourra pas résoudre certains problèmes dans ces quartiers sans y apporter une réponse économique. Macron a cette culture de l’économie. »

 

Le rêve américain à la française de Macron

Photo Alban Elkaïm

Outre une vision économique, l’ancien ministre de François Hollande porte un discours dans lequel la culture de l’effort et du mérite occupent une place centrale. Il fait ainsi miroiter de possibles success stories à celui qui travaille dur… peut-importe son origine sociale. Il se raconte d’ailleurs comme l’une de ces histoires, déroulant la trame d’un story telling bien rodé, dans laquelle son arrière grand-mère débarque dans une ville de province sans même savoir lire et plantant les graines de la réussite sociale de son arrière petit-fils, qui viendra conquérir Paris et ses milieux d’affaire trois générations plus tard, « alors qu’on nous expliquait que cela ne se faisait pas, que ce n’était pas possible, que ce n’était pas fait pour nous ». Ce succès, il le doit « au travail, à l’école, à la chance et à l’amour des [siens]. »

 

 

 

Le favori des sondages… jusqu’à nouvel ordre

Alors que François Fillon, le candidat du parti Les Républicains (LR), dégringole dans les sondages, Emmanuel Macron continue son ascension. Jusque-là favori de la course à la plus haute fonction de l’Etat, le premier, soupçonné d’avoir octroyé à sa femme 830 000 euros de salaire brut pour un emploi fictif d’attachée parlementaire, est pris dans une tempête médiatique qui pourrait bien décrédibiliser totalement sa candidature. Le second profite de la brèche ouverte par cet assassinat politique. Il caracole désormais en tête des sondages, juste derrière Marine Le Pen pour le premier tour… et en première place pour le second.

Mais attention aux pronostics ! Bien malin qui saura miser sur le bon candidat dans une campagne électorale pleine de rebondissements qui semble ne vouloir se plier à aucune des règles générales de la vie politique.

 

La position délicate des élus PS pro-Macron

Quoi ? Un élu PS qui soutien Macron ? On ne veut pas semer la zizanie mais… Nombreux sont les socialistes lyonnais à clamer leur soutien à l’ancien ministre de l’Economie depuis qu’il s’est lancé dans la course à l’élection présidentielle. Ce qui fait grincer les dents au sein de leur parti. Emmanuel Macron revendique une ligne politique qui ne se situe ni à gauche ni à droite. Il faut cependant reconnaître que c’est au centre gauche que son discours trouve l’écho le plus favorable, d’où une série de ralliements et de soutien déclarés chez la frange la plus centriste du parti à la rose. Depuis plusieurs mois, la direction du PS averti : ceux qui soutiennent Macron ne sont plus les bienvenus.

De son côté, Benoit Hamon, vainqueur des primaires de la gauche et nouvel homme fort du PS, tire résolument son parti vers la gauche. Ce positionnement a pour effet de redéfinir les équilibres politiques. Idéologiquement plus proche d’Emmanuel Macron que du candidat socialiste à l’élection présidentielle, la fraction la plus centriste du PS pourrait se détacher totalement de son parti.

C’est dans ce contexte que la sentence tombe, mardi 7 février. Jean-Christophe Cambadelis, premier secrétaire du Parti socialiste, affirme sur BFM-TV que « ceux qui parraineraient [Emmanuel Macron] ne seraient plus au PS ».