L’Association culturelle des portugais de Saint Fons prône l’ouverture d’esprit. Son équipe de football arbore une diversité  illustrant la volonté d’accueillir tout le monde et faire vivre les quartiers. A l’occasion de la coupe du monde toute proche, Le Lyon Bondy Blog est allé à la rencontre de la communauté lusophone.       

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Nation des grandes découvertes, le Portugal a laissé sa marque en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud et sa langue est parlée par plus de deux cent quarante millions de personnes dans le monde. Le rayonnement  culturel de ce pays n’est plus à démentir depuis longtemps.

Le fado, l’écrivain José Saramago (Prix Nobel de littérature en 1998) ou le chanteur Lucenzo qui a triomphé  avec le tube planétaire Danza Kuduro en 2010 en sont de belles illustrations.

Le Benfica de Lisbonne et Le FC Porto sont les deux  références éminentes avec deux ligues des champions remportées chacun. Disparu le 5 Janvier dernier, le footballeur  Eusebio que l’on surnommait O Pantera Negra (La panthère noire) demeure une fierté nationale. C’est le ballon d’or 2008 et  2013 Cristiano Ronaldo qui prend le relais de par son influence technique et…commerciale.

José Morinho a conquis le cœur des médias avec ses savoureuses frasques verbales en conférence de presse. Thibaut Leplat auteur du livre « Le Cas Morinho », le présente comme « Le Magellan du foot ».

Dans le groupe G, le Portugal sera opposé à l’Allemagne de Miroslav Klose, le Ghana des frères Ayew et les Etats-Unis de Landon Donovan.

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Pour les lusophones, cette coupe du monde au Brésil arbore quelque chose de spécial. Elle se joue dans un pays cousin à défaut d’être voisin où l’on parle la même langue.

Une communauté portugaise active

Saint Fons et ses dix sept mille habitants est connu pour son couloir de la chimie. Riche et cosmopolite, la commune a une vie locale intense avec plus de deux cent associations. Nathalie Frier (LDVD) vient d’être élue ce Dimanche dans cette ville où  les communautés portugaises et turques se distinguent par l’importance de leur population.

« Ce club représente une rencontre familiale. Il y a toutes les nationalités. On ne fait pas de différence. Tout le monde s’intègre et s’assoit à table. »

Le vice-président et cofondateur José Carlos (53 ans) parle de cet écrin associatif avec une certaine émotion.

L’Association culturelle des portugais de Saint Fons a été crée en 1987 à la demande des jeunes du quartier des Clochettes. Il évolue en deuxième division de district (poule D). Malgré sa dénomination, le club ne porte pas les marques du communautarisme. On parle majoritairement portugais dans les tribunes du stade de la Cressonière ou à la salle Zitouni aux Clochettes qui fait office de siège. Mais les licenciés sont issus de toutes les origines et représentent deux quartiers en particulier : L’Arsenal et Les Clochettes tous les deux classés en ZUS (Zones urbaines sensibles).

Un panel humain diversifié

« Pendant les matchs, il faut reconnaître que les portugais sont expressifs et passionnés à l’extrême ! » Né au Sénégal dans le village de Puma,  l’attaquant Demba Traoré (27 ans) affirme avoir trouvé un club à sa convenance depuis 2010 et se dit agréablement surprit de l’esprit d’ouverture régnante:

« Ici on parle tous en français même si la culture du club est portugaise à laquelle je me suis ouverte. On s’entend tous très bien et l’ambiance est très bonne. » L’employé des travaux publics résidant au quartier de l’Arsenal ne se mouille pas. Il coche pour une victoire du Brésil lors de la prochaine coupe du monde.

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Avec son accent marqué et sa barbe de trois jours, Miguel Pereira Faria (23 ans) arrivé de Braga au Nord du Portugal en 2010 apporte un côté international. Le niveau est plus bas, la concurrence moins intense qu’au pays selon lui. Il réside désormais aux abords de la Rue Carnot à Saint Fons loin du tumulte d’une crise beaucoup plus marquée sur la Péninsule Ibérique.

« Je suis venu en France chercher du travail dans le BTP. Je jouais au GDC Prado (3ème division nationale). La vie ici n’a rien à voir. On arrive mieux à gérer les salaires et donc les difficultés. »

Le joueur reconnaît que le fait que le président et les dirigeants soient portugais facilite les choses mais « c’est plus le plaisir qui est recherché. L’ouverture du club vers les autres m’a permis par exemple d’apprendre le français. » Le Brésil, L’Espagne et l’Allemagne constituent son trio gagnant.

L’entraîneur et le capitaine cassent les clichés

Il porte l’héritage et orchestre le jeu. Georges De Sa (34 ans), joueur durant dix huit ans et entraîneur depuis un an et demi est le fils du président José. Autoritaire sur le banc et bon copain en dehors, il entretient la vision des deuxièmes et troisièmes générations issues de l’immigration. Il prône pour le multiculturalisme « qui fait la force du club. On est fier d’être français et d’être portugais aussi. Il y a aussi des progrès qui se ressentent  au niveau du racisme et des insultes. »

Il reconnaît malicieusement parler le portugais sur le terrain, mais « j’ai des joueurs nouveaux immigrés qui ne savent pas encore parler français. Je joue un peu de ça pour faire passer mes messages même si c’est interdit au niveau des règles. Les joueurs français finissent par comprendre le portugais aussi. »

Attaché au club depuis trois ans,  Eric Nhem (30 ans) porte le brassard. D’origine asiatique, son ambition marque un peu plus cette diversité offerte par ces clubs du district ayant dépassé  les clichés au profit des ambitions sportives. Il espère voir le club monter les deux prochaines saisons.

« C’est pour le jeu, les préjugés sont laissés derrière. On est tellement loin des clichés concernant le Portugal.  Avant je jouais au FC Lyon, il n’y avait pas la même ambiance festive. C’est le président qui l’illustre le mieux de par sa proximité. On discute beaucoup avec lui.»

Le vice président José  Carlos est allé il y a quelques jours au Brésil où il a visité le stade du Maracana. Il  partage ses photos sur son mobile avant de promettre : « Pendant le mondial, il y aura des projections de matchs organisées à la salle Zitouni pour les membres de l’association et les licenciés » avec un espoir pour lui de voir Le Portugal lever la coupe du monde.

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr