Interview de rentrée avec Pascal Blache, le nouveau maire UMP du 6ème arrondissement et aussi le seul à être élu au premier tour. Il revient pour le LBB sur les grands axes de sa politique, notamment la fracture sociale qui touche le quartier de Bellecombe, les conseils de quartiers et l’éducation. Interview réalisée avant le braquage de la bijouterie Chambat et son fameux « coup de gueule » adressé à Gérard Collomb, le 16 octobre 2014, en plein conseil municipal sur le manque de vidéosurveillance dans ce quartier.

 

Dans le 6ème arrondissement, on constate que l’avenue Thiers scinde l’arrondissement en deux. D’un côté, un quartier plutôt aisé, notamment avec le boulevard des Belges et la place Maréchal Lyautey ; et de l’autre des quartiers plus populaires tels que Bellecombe et Notre-Dame. Quand on est maire d’arrondissement, que faire pour réduire ce fossé culturel et économique et garder du liant entre ces quartiers ?

Le LBB réalise pour la rentrée des entretiens avec les maires d’arrondissements et des villes de banlieue. Déjà publiés : Thomas Rudigoz (PS, 5ème) et Nathalie Perrin-Gilbert (Gram, 1er)

Ce n’est pas totalement vrai. Je ne séparerai pas l’arrondissement comme ça. Je regarderai plutôt en terme sociodémographique. À gauche du cours Vitton, du côté du parc, les loyers et le niveau de revenus sont effectivement très élevés. Entre le cours Vitton et la gare de la Part-Dieu, on compte de nombreuses personnes âgées. Il y a également des logements type Loi 1948 qu’il faut rénover et beaucoup de familles monoparentales avec des enfants en difficultés. Après au-delà de l’avenue Thiers, Bellecombe est le quartier historique. Dans ce quartier, la limite géographique est la voie de chemin de fer. À l’origine, dans ce quartier, il y avait beaucoup de petites entreprises, de fabriques et d’artisans. Tout ce monde vivait bien. Petit à petit, tout cela s’est perdu. Il n’y a pas eu de renouvellement. Les commerces ne marchent pas très bien et cela entraine une forte montée de la délinquance, comme toujours quand il n’y a pas de vie. C’est une partie enclavée entre le 3ème arrondissement et Villeurbanne. Certains font leur activité à Villeurbanne. Côté 6ème, il y a une vie avec le collège Bellecombe et la rénovation de l’avenue Thiers qui lui donne un côté plus sympa.

Pour le quartier de Bellecombe, on a plein de projets pour le faire revivre, notamment en rénovant le site des HCL, situé cours Lafayette. Il doit être le déclencheur. Il subira un sacré lifting avec la construction de logements, de parcs intérieurs et l’implantation de plusieurs commerces. Nous sommes en pourparlers avec la ville de Lyon pour que ce projet se réalise le plus rapidement possible. Nous avons une chance de donner un coup de neuf et une meilleure visibilité de ce quartier. Il ne faut pas louper cette occasion. Mais tout n’est pas négatif. Il y a également une vie associative très forte. Notamment beaucoup de clubs de sport et des structures culturelles qui font vivre ce quartier.

« Les conseils de quartier, un plus pour améliorer la vie de chaque quartier »

On a amélioré le découpage pour les conseils de quartier car avant, il n’y avait que deux zones, sud et nord. Dorénavant, l’arrondissement sera découpé en quatre zones distinctes : Saxe Roosevelt, parc Duquesne, Bellecombe Village et Garibaldi Brotteaux. Pour Bellecombe, les associations et les riverains s’en félicitent. Ils comprennent qu’on veut travailler avec eux et que nous ne les laissons pas tomber. On a fait un découpage un peu particulier. L’idée de ces conseils, c’est que les habitants puissent s’exprimer librement, c’est un plus pour la démocratie.

L’objet est d’organiser les choses de manière à avoir un animateur qui s’occuperait des problèmes ou des thématiques à améliorer dans chaque quartier et qu’il ferait remonter en mairie. En exemple, à Bellecombe, on n’aura pas les mêmes problématiques qu’à Duquesne-Parc. Une fois que ce travail va se réaliser, nous allons analyser chaque problème dans des commissions qui améliorera la qualité de vie dans cet arrondissement. En plus, les adjoints ou des élus nous apporteront leur support pour répondre aux questions posées lors de ces conseils.

Pendant cet été, vous avez récompensé des bacheliers qui avaient obtenu la mention très bien. Avant, les banques les récompensaient financièrement. Est-ce que vous aviez mis la main au portefeuille pour ces jeunes ? N’est-ce pas de l’élitisme social ?

J’ai fait ça non pas pour faire de l’élitisme scolaire, mais pour mettre en valeur le travail de nos établissements scolaires notamment nos deux grands lycées Édouard Herriot et celui du Parc. Mais aussi pour montrer à la Région que nous avons un internat d’excellence au lycée du Parc. Il a pour objectif de permettre à des jeunes qui n’ont pas les moyens et qui n’habitent pas dans l’arrondissement de venir et d’être logés. Cela leur permettra de faire des études longues et brillantes. On pourrait toucher 100 jeunes des quartiers populaires.

Je ne suis pas Lyonnais d’origine. J’ai fait mes études dans un collège de la campagne drômoise. J’étais dans une ZUP. Mes parents n’avaient pas beaucoup de moyens, et je suis arrivé à faire de longues études car il y avait une possibilité. Sur le plan social, venir d’un monde d’ouvrier, ne veut pas dire qu’on n’est voué à l’échec. Au contraire, si on se donne les moyens, tout peut arriver. Pour moi, avec la politique qui est mise en place sur l’éducation, on est en train de tout louper. S’il y a un bon endroit pour réussir, c’est bien l’école. 102 élèves issus des quartiers populaires ont eu la mention. On remarque que les parents qui viennent de Villeurbanne et d’ailleurs laissent leurs enfants dans nos établissements. Ils ont confiance et ils savent qu’ils auront de très bons résultats.

Comment souhaitez-vous valoriser les associations dans l’arrondissement ?

Ce qui m’intéresse, c’est faire des choses pour que ça avance. On a fait le carrefour des associations, c’est sympa, mais on a envie de le faire évoluer. Je trouve que c’est trop faire pour faire. On met les gens en ligne sur le quai, ceux qui sont côté rue ont froid, ça embête les gens qui passent en vélo, etc. L’idéal serait de faire un carrefour des associations à chaque fois dans un quartier différent : une année à Bellecombe, une autre Cour Franklin Roosevelt, une année aux Brotteaux. Comme ça, on aurait une animation dans les quartiers et les associations seraient là. Ce serait plus intelligent.

Ma conviction est qu’aujourd’hui, c’est le monde associatif qui tient toutes ces thématiques de lecture, de scolaire, de danse, etc. Si on n’a pas ça, il n’y a rien. Il faut donc valoriser le monde associatif et être pragmatique et leur renvoyer un peu de biscuit comme on dit pour qu’ils puissent avancer. Pour le sport, la culture, le patrimoine, en bref pour tout, sans associations, il n’y a quasi rien. C’est une grande différence que j’ai avec le FN. Dire : « Il y a pénurie d’argent public, essayons de bien évaluer ce qui est important » me semble logique. On ne peut pas tout faire. Mais pas de là à couper tous les budgets aux associations pour faire plus de vidéoprotection et de police. Des associations font des choses pas mal avec rien grâce au bénévolat. J’ai d’ailleurs une adjointe au bénévolat (Ndlr Dominique Tribalat).

 

L’armée du Salut, un très bon point pour l’arrondissement (Son de 5’30”)

ITW Pascal Blache – larmee du salut dans le 6e arrondissement de Lyon by Lyonbondyblog on Mixcloud

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014.
Twitter : @AazzabEtienne

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