Tribunal de Grande Instance de Lyon, comparution immédiate, vendredi 28 avril 2017.

Benoit a 24 ans, il n’a pas de casier judiciaire. Pourtant, il est présenté devant le juge pour coups et blessures ayant entraîné une Incapacité de Travail Temporaire de trois jours ainsi qu’insultes à agents.

Le prévenu arrive dans le box. Il dit bonjour à la présidente et se retourne vers le public. Du regard, Benoit* examine l’assemblée. À la dictée des faits qui lui sont reprochés, la salle comprend. Il cherche sa petite sœur et sa mère. Toutes deux sont appelées, mais personne de la partie civile n’est présente. Le jeune homme a agressé le mercredi 26 avril 2017 sa sœur. Il l’a frappé sur la tempe gauche avec sa brosse à cheveux et les a tirés. Puis, Benoit les a menacé avec un couteau. Sa mère et sa sœur prostrées dans la chambre auraient réussi à attraper l’arme entre les rainures de la porte qui les séparaient. Les blessures de la jeune fille lui ont causé une Incapacité Temporaire de Travail de 3 jours. Les témoignages de la cadette et de la mère sont appuyés par ceux des voisines présentes lors de l’agression. Benoit est aussi là pour outrage. Lors de son audition, il a lancé à un agent: « Vous voulez me faire dire que j’ai donné un coup de couteau? Vous voulez que je vous fasse une fellation? ».

Après avoir énoncé les faits reprochés au jeune homme, la juge nous décrit Benoit. À 24 ans, le jeune étudiant, titulaire d’un bac professionnel, est en première année de BTS management dans un établissement privé. Il vit seul avec sa mère handicapée et sa sœur. Son père est mort quand il était enfant et ses frères sont emprisonnés ou perdus de vue depuis déjà plusieurs années. Il a été placé en famille d’accueil de 6 ans jusqu’à 16 ans. Benoit explique les larmes aux yeux: « Mettez moi quinze ans si vous voulez mais ne m’empêchez pas de voir ma mère, c’est la seule personne qu’il me reste ». L’enquête sociale a démontré que le jeune homme a changé de comportement suite à l’incarcération de son frère aîné. Sa sœur a affirmé qu’il la frappait depuis plusieurs années, ses propos ont été confirmés par leur mère.

Benoit reconnaît les faits de violences, mais pour lui, c’était la première fois qu’il levait la main sur elle. D’après ses dires, il n’a jamais menacé sa famille avec un couteau. Les deux femmes auraient, toujours selon lui, raconté cela afin d’être sûres que les actes étaient assez grave pour le faire incarcérer: « Je ne leur en veux pas d’avoir porté plainte » dit-il, comme s’il ne se rendait pas compte de ses actes. Le jeune homme a l’air un peu perdu. Il parle alors d’une avocate qui l’aurait accompagnée durant sa garde à vue. Benoit parle d’intimidation qu’il aurait reçu de la part de la police: « vous avez de la chance qu’on soit en 2017, sinon, vous auriez été agressé dans un coin de votre cellule » lui aurait dit un agent. Benoit explique que son avocate aurait assistée à des scènes où les forces de l’ordre ont fait pression sur son client. Celle-ci en aurait notifié dans le dossier. Pourtant, sur aucun document cela n’apparaît. L’avocate qui le représente maintenant n’a pas eu l’écho de cela et dit à la juge que son client ne lui en a pas parlé ce matin au cours de l’audition.

Le procureur fait son réquisitoire contre l’accusé, il parle d’un individu «qui sème la terreur dans sa famille». Il insiste aussi sur le comportement arrogant du jeune homme lors de ses interrogatoires. Il demande huit mois fermes et quatre avec sursis avec une mise à l’épreuve.

L ‘avocate de Benoit revient sur la peine demandée par le procureur. Elle demande un allégement de celle-ci, son client ayant un partiel dès la semaine d’après. Il peut aussi selon elle se faire héberger autre part que dans sa famille. Elle parle ensuite de l’enfance difficile de son client. Il a, dès ses 18 ans, travaillé afin de subvenir aux besoins de ses proches.

Après la délibération, le tribunal revient dans la salle d’audience. Il reporte le procès au 07 juin et demande une expertise psychologique. Le procureur veut alors que Benoit soit placé jusqu’à son procès pour qu’il ne puisse pas revenir dans sa famille.

Une seconde délibération a lieu. La juge accepte la demande de mise en détention. Le jeune homme énervé s’en prend au procureur allant jusqu’à l’insulter de « connard ». Les policiers essayent alors de calmer le jeune homme et le font sortir du box.

Au suivant.

* le prénom a été modifié