Au soir du premier tour, les deux candidats sortants Emmanuel Macron et Marine Le Pen se lancent dans une longue parade pour séduire un maximum de Français avant le 7 mai. La candidate citoyenne aux législatives du Rhône, Nathalie Perrin-Gilbert souhaite mettre les choses au clair sur ses choix de vote et sur la situation de la France à la veille du deuxième tour.

À Lyon, la maire du premier arrondissement a quitté en 2013 le Parti socialiste qui ne lui convenait plus. Depuis, la candidate aux législatives n’a encore rejoint aucun autre mouvement, mais a créé le GRAM, sa propre association citoyenne. Même si la Gauche n’a pas sa place au second tour, elle estime que rien n’est perdu pour les législatives.

Un premier tour ambigu

La candidate à la deuxième circonscription du Rhône, Nathalie Perrin-Gilbert, a décidé de donner son vote à l’ancien député européen, Benoît Hamon en tant que « citoyenne lambda et pas comme un membre du Parti socialiste ». Seulement, quelque temps plus tard, cette dernière s’est tournée vers Jean-Luc Mélenchon, à une semaine du premier tour : « Je suis allé à son meeting (..) que j’avais trouvé intéressant notamment ses propos à Eurexpo sur la culture, la recherche, l’université ». Les phrases élancées et le ton prononcé du leader du Front de Gauche a su convaincre la maire socialiste du premier arrondissement. Si Benoît Hamon et Nathalie Perrin-Gilbert se connaissent depuis longtemps, le programme du candidat de la France Insoumise semble faire le poids : « On a constaté fortement en étant au meeting que la dynamique citoyenne habitante était du côté de la France Insoumise. J’ai vu de l’espoir de ce côté-là » reconnaît Madame la maire.
Un vote qui peut être considéré comme utile, si l’on reprend les paroles de la candidate : « Pour moi, avoir une chance que la gauche soit au second tour, c’était voter Mélenchon. Je l’ai fait alors que dans le fond, je pouvais me retrouver chez Benoît Hamon. Je suis obligé de faire un choix, et ça m’embête ».

Précédemment soutenue par Gérard Collomb, les relations entre les deux élus se sont dégradées. En 2008, quand le maire de Lyon est élu pour un deuxième mandat, la conseillère municipale s’oppose sur certaines propositions de la politique de Monsieur Collomb. Le projet du Grand stade consacré à l’Olympique lyonnais en fait partie. Elle déclare :« je suis connue pour être une femme de gauche et on me reproche souvent d’être l’éternelle opposante simplement parce que je tiens à des valeurs ».

  « Malgré tous les problèmes que ça pose, je mettrais un bulletin Macron dans l’urne. »

Pour Nathalie Perrin-Gilbert, qui aurait aimé voir Mélenchon passer au deuxième tour, la montée du Front National est « une catastrophe (…). Aujourd’hui, on se retrouve avec un choix que j’aurais pour ma part voulu éviter : trancher entre Madame Le Pen et Monsieur Macron ». Le soir des résultats du premier tour, la maire du premier arrondissement a déclaré sur son profil Facebook qu’« il faut empêcher Marine Le Pen de gagner les élections le 7 mai prochain ». Pour y faire barrage, la seule solution reste de voter le plus jeune candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron. Madame Perrin-Gilbert votera alors Macron mais n’incite personne d’autre à le faire : « Je pense que les gens font ce qu’ils veulent après tout. À aucun moment, je ne vais critiquer ceux qui vont voter blanc et qui n’iront pas voter ». Le choix de voter pour l’opposant à Marine Le Pen est uniquement dans le but de bloquer l’accès au pouvoir de cette dernière. Le programme d’En Marche ne convainc pas pour autant la candidate aux législatives : « je lutterai contre Monsieur Macron et son programme à l’Assemblé » annonce la co-fondatrice du GRAM. L’équipe d’Emmanuel Macron, dont Gérard Collomb fait partie, doivent « substituer à leur arrogance et leur intransigeance de la modestie et de l’humilité » annonce Madame Perrin-Gilbert sur Facebook. Elle souligne également que le comportement du candidat d’aucun parti lors de sa qualification au deuxième tour est une erreur grossière : « Si j’étais lui, je ne paraderai surtout pas. J’ai trouvé son arrogance à aller fêter sa victoire totalement déplacée ».

La menace du Front National

Avec la montée du terrorisme en France, le Front National accroît, récupère de plus en plus de voix. Aujourd’hui, Marine Le Pen est à quelques points de la présidentielle, ce qui pousse certains à déclencher l’alarme. Pour Nathalie Perrin-Gilbert « le vote Le Pen c’est le résultat des politiques libérales, des politiques avec un certain mépris vis-à-vis de citoyens, des citoyennes, des habitants des quartiers, plus généralement de notre pays ». Actuellement, la situation de la France avec l’état d’urgence ne serait pas compatible avec la politique de Marine Le Pen. C’est un parti « violent, homophobe et xénophobe contre nos libertés » nous confie la conseillère municipale de Lyon.  « Que serait Madame Le Pen présidente avec l’état d’urgence dans notre pays quand on voit ce que ses partis, comme le GUD, font vis-à-vis de vos collègues ? » s’indigne-t-elle faisant référence à l’entrée d’immeuble du journaliste Laurent Burlet qui a été taguée et revendiquée par l’extrême droite nationaliste. Cet acte de vandalisme survient quelques jours après la publication de l’article sur l’accroissement de l’extrême droite. Nathalie Perrin-Gilbert est une unanime : « Je préfère lutter politiquement face à une violence institutionnelle et économique que lutter dans la rue face aux brigades de Madame Le Pen et de l’extrême droite. » car l’image de la France à l’international est aussi en jeu.

Les élections présidentielles mouvementées de l’année 2017 ne laissent pas de place au parti de gauche. Mais Nathalie Perrin-Gilbert place son espoir dans les élections législatives de Juin : « les législatives sont un 3e tour des présidentielles. On n’a pas été capable de passer le 1er, passons à celui du 3e tour. Soyons forts ensemble ».

Article signé Lucie Talon