Troisième ville de France, deuxième agglomération, Lyon est une ville centriste et plutôt discrète. Le maire sortant, Gérard Collomb, est à l’image de cette ville modérée. En place depuis 2001, le socialiste – par ailleurs conseiller municipal depuis 1977 et sénateur depuis 1999 – brigue un troisième mandat consécutif. Il fait donc campagne sur son bilan. Face à lui, l’outsider Michel Havard (UMP-UDI) espère tirer son épingle du jeu. Les autres candidats font leur possible pour emballer une campagne qui ne passionne pas les foules. 

Infographie Politique Huffington

© Quentin Laignel

Gérard Collomb est un socialiste à part. « Rose pâle » diront certains. Un peu à l’image de Lyon, une ville qui se gagne au centre. Socio-démocrate affirmé, il avait soutenu DSK à l’époque des primaires PS en 2011 avant de se rabattre sur François Hollande. Sauf cataclysme, il devrait passer victorieusement cette nouvelle échéance. Même si ce sera plus compliqué qu’en 2008, où il avait été élu dès le premier tour avec 52,9% des voix.

En effet, l’éclatement de la gauche (Les Verts présentent une liste autonome, de même que le Front de gauche. En 2008, ils avaient fait liste commune avec le PS) et la montée du FN devraient l’obliger à revenir pour un deuxième tour. Le dernier sondage IFOP pour Mag2Lyon donne au maire sortant 36% d’intentions de votes contre 29,5% pour Michel Havard (UMP). Christophe Boudot (FN) est crédité à 12,5% de voix, le tandem Etienne Tête et Emeline Beaume (EELV) à 8%, comme Aline Guitard (Front de gauche) et Eric Lafond (centre) est à 5%.

Gérard Collomb gagnerait aisément au 2ème tour avec 57% contre 43% pour Havard. Mais les sondés n’ont pas été interrogés sur l’éventualité d’une triangulaire avec le FN.

Un maire bâtisseur

Il faut dire que les Lyonnais sont plutôt satisfaits de son action de « maire bâtisseur ». En effet, Les édifices sortent  de terre les uns après les autres : Musée des Confluences au coût exorbitant, Tour Oxygène dans le quartier de la part Dieu, Tour Incity bientôt (dans le quartier de la Part-Dieu, où Collomb voudrait édifier un petit Manhattan), le Stade des Lumières et tous ses opposants, le Tunnel de la croix rousse et Pont Raymond Barre adaptés aux modes de transports doux, le quartier de la Duchère (une des 15 zones de sécurité prioritaire en France. Le fief du maire)… Même si certains font polémique, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous reviendrons dans un billet futur sur le Grand stade et le musée des Confluences.

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Pas de logo du PS sur le site de campagne de Gérard Collomb

Dans ce contexte, le vote sanction ne constitue pas une épée de Damoclès. Il est vrai que le maire a su prendre ses distances avec les instances parisiennes du parti socialiste. Par exemple, le logo du PS n’apparaît pas sur ses affiches de campagne.

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Déjà lors des législatives en 2012, il avait soutenu son protégé et adjoint aux sports Thierry Braillard contre le candidat investi par le PS : l’écologiste Philippe Meirieu. Lors de cet épisode, les affiches de la campagne avaient fait polémique. Le logo du PS était présent sur les affiches de Thierry Braillard alors que c’est Philippe Meirieu qui avait l’aval du parti.

Michel Havard l’outsider

Pourtant, Michel Havard fait une bonne campagne, qu’il a commencée il y a bientôt un an. Lyon est une ville qui se gagne au centre. Tout lyonnais le sait, ça ne lui a pas échappé.

Premier opposant discret à Gérard Collomb au Conseil Municipal depuis 2008. Il ne s’était pas encore fait un nom dans la ville. Il était député de la 1ère circonscription de 2007 à 2012 avant de perdre son siège en 2012, justement face à … Thierry Braillard. La boucle est bouclée.

Les primaires l’ont donc aidé à se faire connaître. Il est en effet sorti grandi des primaires au détriment de Georges Fenech, candidat malheureux des Primaires UMP. Et ce malgré le soutien des instances parisiennes du juge d‘instruction et député de Givors.

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Le jeune candidat de 47 ans est en pleine ascension. Il a fait le choix d’une campagne positive. C’est son équipe qui donne les coups. Michel Havard ne fait jamais référence à son adversaire. Il donne l’image de quelqu’un qui va de l’avant, faisant de nombreuses références à Barack Obama. Répétant à l’envie à ceux qui le jugent trop jeune que le président américain avait le même âge que lui lors de sa première élection en 2008. Il multiplie les références à nos voisins outre Atlantique : implantation d’une « Silicon Valley », fablab, job dating, co working, etc. Dans le même esprit, il met en avant les nouvelles technologies à coups d’applications, de stationnement intelligent et de références aux grandes villes européennes. D’ailleurs, au-delà des USA, Havard est allé piocher des idées pour sa campagne dans d’autres pays européens, il revendique cette ouverture et cet éclectisme. Au fil des mois, il croit de plus en plus en la victoire dès cette année, même si cela semble peu probable. Il se positionne en tout cas clairement comme le premier choix pour 2020 à l’UMP, ce qui était loin d’être gagné il y a encore un an. Même s’il ne faut jurer de rien en politique lyonnaise. Collomb a lui-même essuyé de nombreux revers avant d’accéder à la mairie.

Les autres candidats

Mais il n’y a pas que l’UMP et le PS dans la vie politique. Aussi les autres candidats proposent, testent et font vivre la campagne.

boudotChristophe Boudot fait une campagne particulièrement locale pour un candidat frontiste (beaucoup font campagne sur le mécontentement de l’opinion). Il souhaiterait redonner sa dimension spirituelle à la fête du 8 décembre. S’il est élu, il refusera de se soumettre à la loi et ne mariera pas de couples homosexuels : « Je laisserais ça à l’opposition de gauche ».

Les Verts sont les seuls à présenter une liste qui respecte la parité avec le duo Emeline Beaume\Etienne Tete. EELVLyon_Etienne-Teteemeline-baume-1_mediumLeur combat se fait sur l’amélioration de la qualité de vie des Lyonnais. Ils veulent une transition énergétique. Sur les transports, ils proposent une ligne de Tramway (T6) de la Duchère jusqu’à Vaulx-en-velin. Sur le bâti, ils souhaitent la réhabilitation thermique des bâtiments vides et logements sociaux, ce qui est essentiel pour limiter la facture énergétique du loyer et pour accompagner une dynamique économique. Enfin sur l’alimentation, permettre à tous d’avoir une nourriture saine et locale, ce qui passe par une plus juste place donnée aux agriculteurs.

guitardAline Guitard veut que la ville de Lyon soit accessible à tous et veut faire participer les lyonnais à la politique locale. Sur l’eau, Lyon est une des villes les plus chères de France. La candidate affirme qu’une régie publique garantirait une meilleure maîtrise du service. Le Front de Gauche promeut en outre le libre accès aux transports (pour les personnes au RSA socle, chômeurs, étudiants, -25ans), la dynamisation des échanges entre les villes de la périphérie. Enfin le développement de logements sociaux pour les catégories défavorisées et une vraie démocratie participative.

Capture d’écran 2014-03-18 à 16.32.42Bon dernier dans les sondages, Eric Lafond veut trouver des solutions en innovant et créer des emplois grâce aux nouvelles technologies. Il propose notamment d’améliorer les infrastructures et d’augmenter la fréquence des rames de métro. Il propose par ailleurs un transport téléphérique par câble de la Tête-d’Or jusqu’à Perrache en passant par Fourvière.

 

 

Débat TLM du 11 mars 2014

Sebastien Gonzalvez

Journaliste plurimédias.
Rédacteur en chef à @BondyBlogLyon
@HorsDesClous
https://www.facebook.com/horsdes.clous