Depuis maintenant neuf ans, Mohamed Tria a repris les rênes du club de l’AS Lyon Duchère avec un but bien précis : celui de créer « une performance sociale ». Très engagé dans l’essor des quartiers populaires Lyonnais, ce fils de cantonnier s’est donné corps et âme dans le développement des banlieues, mis en place diverses actions sociales via son club de football, sans oublier la création de la section féminine durant la saison 2010/2011. Moment choisi par le LBB pour mettre en lumière le dévouement social de ce hussard de la République, dans l’embellissement de nos quartiers.

Mohamed Tria, président de l’AS Lyon-Duchère

Homme patriotique, Mohamed Tria s’est sans cesse préoccupé de ce qu’il se passe là où les feux des projecteurs ne se résument qu’aux stéréotypes et aux pensées péjoratives. Bercé depuis le plus jeune âge dans un climat modeste, chemin de la Poudrette (Villeurbanne), il s’est imprégné des valeurs sociales et d’un mode de vie où « il fallait faire beaucoup avec peu ». Cette volonté de faire du social, il l’explique par le fait qu’il n’ait pas reconnu le quartier de son enfance : « En fait je n’ai pas reconnu les murs, je n’ai pas reconnu les gens qui étaient dedans ». Aujourd’hui, en tant que Président de l’AS Lyon-Duchère, Mohamed Tria accorde une grande importance à l’enseignement de ces valeurs humaines auprès de ses joueurs, et ce, dès le plus jeune âge : « On a quatre piliers dans nos projets. Le premier c’est l’école car tout commence par l’école […] Et j’avais plutôt envie de faire une opération pour essayer de voir si on faisait un focus plus sur la passion du foot, si on pouvait s’appuyer sur cette passion, et de voir si on pouvait essayer d’accompagner ces enfants-là. Donc on a commencé une section foot où l’idée c’était de prendre des enfants, des 6ème et de les accompagner jusqu’en 3ème». Aujourd’hui chez ces jeunes, l’envie de mettre en pratique les valeurs inculquées se reflète dans leur engagement « Solidarité Internationale ». Cette opération, caritative, a pour but de collecter des équipements sportifs pour des jeunes soudanais réfugiés en Bangui. Là encore, il n’y a rien d’anodin dans cette action : « Cette opération, elle est assez séduisante dans le sens où des gens issus de quartiers modestes se rendent compte qu’ils peuvent être aussi utiles à des gens qui sont plus en difficulté qu’eux, et sincèrement je trouve que ça valorise beaucoup ces jeunes-là […] Dans ces quartiers, on a vraiment besoin de valoriser ». Aujourd’hui, on peut dire qu’il y a une réelle volonté de redorer l’image que les gens se font de ces quartiers.

« Je me suis rendu compte qu’en fait, la Duchère n’avait pas besoin que d’un club de foot, il avait besoin d’un vrai acteur social qui accompagne ces jeunes. »

Ses joueurs de l’équipe première ne sont pas en reste. Car une chose est sûre, contrairement aux autres clubs en général, l’AS Lyon-Duchère a cette particularité d’être bien plus qu’un simple club de foot. Les rouges et jaunes placent en effet, l’aspect social et culturel au premier plan dans l’esprit du club. Ces derniers participent notamment, chaque année, aux dons de repas en faveur des plus démunis grâce aux Restos du Cœur : « Premièrement, ils se rendent utiles pour les gens, et deuxièmement, ça leur permet de rester au contact de la vraie vie, des difficultés qu’on peut rencontrer dans la vie. Je trouve que c’est une opération assez intéressante parce qu’on se rend compte que, quand ils font ça, ça leur ouvre à beaucoup d’autres choses ».

Séduisant en société, le club de Mohamed Tria l’est également sur le pré. Fraichement promus en National cette saison, les duchérois jouent parfaitement leur rôle de trouble-fête du championnat, en se hissant à la 4ème place, à seulement deux longueurs du podium. Une dynamique positive qui laisse entrevoir des rêves d’une promotion en Ligue 2 la saison prochaine. Mais à ce sujet, le président duchérois se veut mesuré : « On a été en phase de découverte au départ, parce qu’on ne savait pas du tout ce que ce niveau-là nous réservait, donc on est allé, d’une façon on va dire, un peu empruntée, et c’est ce qui va nous coûter d’ailleurs à la fin je pense, l’accession en Ligue 2 ». Toutefois, à quatre matches du terme du championnat, en étant dans le rôle de chasseurs, à deux points de la 3ème place synonyme de montée, tout reste possible et tout rêve est permis : « Il reste quatre matches, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Cependant, cette belle épopée en National a bien failli être compromise. L’année dernière, en vue de sa montée en 3ème division, le club avait en effet sollicité une subvention à hauteur de 100.000 euros afin de consolider son budget. Cette demande, tout d’abord rejetée par la municipalité, leur a finalement été accordée : « On a bataillé pour essayer de les avoir. On a toujours un regard très péjoratif sur ces quartiers-là, donc on considère que le haut niveau n’est pas pour nous. On considère souvent qu’on n’est pas capable de se niveler à ce niveau-là, alors qu’on le fait sportivement et donc on sait le faire économiquement aussi, la preuve en est, c’est-à-dire qu’on figure excellemment bien en National alors qu’on a un des plus petits budgets de la poule. Donc on a une vraie habitude, c’est qu’on sait faire beaucoup de chose avec peu de chose ».

« Je pense qu’on peut vraiment montrer que le social peut être un outil d’excellence. »

A bas les préjugés et les stéréotypes, aujourd’hui le foot c’est aussi un sport féminin à part entière dans les quartiers, et c’est un véritable succès. La section féminine de la Duchère en est la parfaite vitrine. Crée durant la saison 2010/2011, ce projet a tout d’abord rencontré certaines réticences auprès des habitants de la banlieue : « Quand on a créé notre section féminine à la Duchère ça n’a pas été facile, parce que beaucoup de gens ne partageait pas ce qu’on voulait faire ». Mais de fil en aiguille, ce projet a finalement pris de l’ampleur et suscité un certain engouement auprès des jeunes filles : « Au départ on avait sept filles qui ont commencé à faire du foot, aujourd’hui on en a quarante, cinq ans après ». Ce phénomène, Mohamed Tria l’explique par l’importance d’apporter de la mixité dans les quartiers populaires. De la mixité de couleur, mais surtout de la mixité des sexes.

« On souffre d’une vraie difficulté qui est qu’on considère que le social est synonyme de médiocrité. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis son arrivée à la présidence de l’AS Lyon-Duchère, Mohamed Tria a su se forger l’étiquette de figure locale, symbolisant la réussite de tout un quartier populaire. Un quartier qu’il aime tant : « J’avais vraiment une ligne conductrice qui me montait au cerveau très rapidement, c’est que je veux faire de la performance sociale. Je pense qu’on peut vraiment montrer que le social peut être un outil d’excellence. J’en suis intimement convaincu. Aujourd’hui à la Duchère, nos équipes évoluent au plus haut niveau, de toutes les catégories, quasiment. Et on démontre tous les jours qu’on peut faire de la performance sociale en fait. On peut vraiment faire du social en faisant de l’excellence. Et je veux casser l’image qu’on a, de dire que le social c’est synonyme de médiocrité. On peut vraiment faire de la performance sociale ».