Mohamed Boughanmi a pratiqué la boxe pendant 15 ans à l’ASVEL Boxe (Villeurbanne). De 7 à 15 ans, il pratique la boxe éducative avant de commencer une carrière en amateur, jusqu’à 22 ans. Son parcours en amateur est assez éloquent avec 70 combats (67 victoires, 2 nuls et 1 défaite). Il reprend le Boxing Club Décinois en 2009, et le fait grimper. Depuis son arrivée, le club a glané plus de 35 titres (17 championnats de France et 18 titres interrégionaux). Il explique la marche à suivre pour arriver au top.

Vous étiez boxeur amateur, avec un bon parcours. Vous avez toujours voulu créer un club de boxe ?

Je ne me suis jamais dit ça. La boxe et moi, c’est une histoire d’amour. C’est un sport avec lequel j’ai vécu pendant quatorze ans (entre la boxe éducative et amateur). Après, je ne voulais plus entendre parler de la boxe car pour arriver au plus haut niveau, il faut énormément de sacrifices. Tu te prives de sorties, de veillées, tu te prépares physiquement et moralement. J’ai arrêté en 1989 et je n’avais pas le projet de monter une salle de boxe, cela ne m’intéressait plus.

Comment en êtes-vous donc arrivé à créer ce club de boxe 20 ans après ?

Je suis revenu dans le club de boxe de Décines en tant que loisir. J’approchais de la quarantaine et je voulais garder ma ligne. Je suis revenu car c’était le seul sport que j’avais pratiqué et je ne savais pas faire autre chose. Cela me faisait plaisir de taper dans le sac pour me défouler. Les gamins qui étaient présents dans ce club se sont très vite attachés à moi car je leur donnai des petits conseils. Les jeunes étaient livrés à eux-mêmes et les parents ont contacté des élus de Décines pour que je m’occupe de leurs enfants. Au début, je n’étais pas très chaud à l’idée d’être entraîneur. Je ne voulais même pas en entendre parler car j’ai tellement souffert de la préparation de mes combats et du style de vie que cela comporte. La boxe est une drogue. Quand elle te tient, elle te lâche plus. J’essayais par tous les moyens de ne plus revenir dans le milieu de la boxe.

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Pouvez-vous expliquer le concept de votre club de boxe ouvert à tous les publics (filles, garçons et handi) ?

Déjà, je ne veux pas de boxeur amateur (NDLR l’échelon avant le professionnel), pas dans l’immédiat. Chacun prépare ses enfants ou ses boxeurs différemment. Des pros sont venus prendre une licence chez moi et je leur ai dit qu’ici, on fait que de la boxe éducative. S’occuper de tout le monde prend énormément de temps, je n’avais pas le temps de faire un travail plus approfondi avec eux. La boxe amateur est très dure. Il faut être prêt à d’énormes sacrifices, et aujourd’hui les jeunes n’ont plus la même niaque qu’auparavant, ils n’ont plus faim. C’est la vérité.

J’ai monté mon association dans l’intérêt de tous. Pour permettre aux jeunes de venir pour évacuer l’énergie et les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien. Cela leur permet de créer des liens avec les autres et d’éviter qu’ils fassent des bêtises. Ici, tout le monde s’occupe de l’autre. Si quelqu’un va mal, c’est le club qui souffre et c’est comme cela que l’on avance tous main dans la main. Quand j’ai monté le club, quelques familles n’avaient pas d’argent et j’ai pris à ma charge les licences et le matériel. Je ne veux pas que les gamins soient livrés à eux-mêmes. Je préfère qu’ils viennent ici s’amuser, tout en gardant un certain cadre.

Dans ce club, vous acceptez tout le monde. Les jeunes et les adultes s’y sentent bien ainsi que les handi-boxe. C’est un beau tremplin pour commencer dans la vie ?

Mon objectif à moi est très clair. J’ai 46 ans, j’ai envie de véhiculer dans l’esprit des jeunes mon passé de boxeur. Avant de pratiquer ce sport, j’ai grandi dans un quartier difficile de Villeurbanne (le quartier Olivier de Serres). Il fallait s’imposer tous les jours. Dans mon club, les gamins apprennent à se connaître et à se faire confiance. En tant qu’encadrant, on doit être honnête avec eux. Le club est ouvert du lundi au vendredi pour que les gamins ainsi que les adultes puissent se faire plaisir. Le week-end, on est là pour les accompagner dans les compétitions. C’est un travail à plein temps. L’objectif est de préparer physiquement et mentalement nos boxeurs pour les compétitions. Ce travail de confiance soude fortement les liens entre nous. Je suis exigeant sur le comportement et le respect de mes boxeurs. Lorsqu’on se déplace dans une salle pour les compétitions, mes gamins doivent se tenir à carreau tant sur le ring qu’en dehors. Je ne veux aucune remontrance de la part des clubs qui nous accueillent.

Quelles sont vos relations avec la nouvelle municipalité ?

Depuis les dernières élections municipales, nous n’avons rencontré aucune difficulté avec la nouvelle maire (NDLR Laure Fautra, UMP), et monsieur Abrial (NDLR Adjoint aux sports). On est très bien avec eux. À l’époque de l’ancien maire (NDLR Jérome Sturla, PS), on avait trop de soucis, on nous entravait. Dès que l’on demandait un petit coup de pouce, la réponse était négative. On nous a fait énormément de mal. C’est dégueulasse. Je tiens quand même à remercier Mme Fautra et son adjoint Bertrand Abrial d’accéder à nos demandes. On est vraiment soulagés.

 

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014.
Twitter : @AazzabEtienne

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