En meeting à Lyon, le candidat de « La France insoumise » insiste sur l’inclusion des citoyens dans la construction de son projet politique.

« Résistance, résistance, résistance ! », entonnent les 12 000 « insoumis(es) » réunis dans la salle comble de l’Eurexpo, à Lyon, dès l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon. Ils sont venus assister à un rendez-vous politique particulier, ce dimanche 5 février : 6 000 de leurs camarades sont également réunis à 480 kilomètres de là, dans la ville d’Aubervilliers, Seine-Saint-Denis, pour suivre en même temps le même discours du même candidat… qui leur apparaît en hologramme. Mais ce n’est là qu’un artifice supplémentaire pour imprimer à sa campagne pour l’élection présidentielle une image novatrice. Outre le show holographique, le chef de fil de « La France insoumise » se targue d’avoir construit son programme en s’appuyant sur une collaboration citoyenne active.

En février 2016, il mène une ébauche de programme sur son site internet, JLM2017.fr. Il invite alors ses militants à faire part de leurs suggestions, de leur remarques, de leurs idées, etc. « On a eu des contributions vraiment précises, des gens qui parlaient de leur expérience professionnelle ou de leur expertise locale sur une lutte particulière, etc. On en a recueilli 3 000 », se souvient Clémence Movire, secrétaire du travail programmatique de « La France insoumise ». Toutes ces participations sont alors analysées, triées et synthétisées pour fournir une matière brute sur la base de laquelle « L’Avenir en commun », le programme sur lequel le candidat compte être élu, allait être écrit.

Une fois rédigée, la première version du texte est soumise au vote des militants, chapitre par chapitre. Les votants expliquent également la raison de leur choix, qu’il soit positif ou négatif. « Il y a donc eu une nouvelle phase de contributions. Mais là, il s’agissait plutôt de contributions rectificatives », poursuit celle qui est chargée de coordonner les travaux au fil du long processus d’élaboration du programme. Cette « construction collective » donne au mouvement « une force patiente […] qui n’est pas vouée à un homme, mais à une cause, à une idée, qui traverse les siècles », estime le fondateur du Parti de gauche (PG).

Si dans le public l’idée du progrès social et d’un partage équitable des richesses ne fait pas débat, certains se montrent dubitatifs sur la position centrale de Jean-Luc Mélenchon. Ils aimeraient que la dimension collective du mouvement soit plus représentée, comme ce militant communiste après le meeting : « Je suis déçu de ne pas avoir vu d’autres intervenants sur scène, des gens des comités de soutien, d’autres associations, qui ont contribué à écrire le programme ”L’avenir en commun” par exemple. Cette médiatisation autour d’une seule personne me dérange, mais le programme me parle. »

Mais Jean-Luc Mélenchon fait ce pari : construire sa candidature autour de sa personnalité, comme la coutume l’exige dans les campagnes présidentielles sous la Ve République, en encourageant dans le même temps la naissance d’un mouvement populaire. Et en cas de victoire de son candidat, c’est ce mouvement qui doit prendre le pouvoir. D’où l’idée de se présenter hors parti et le projet de convoquer une assemblée constituante pour mettre une VIe République en place si le candidat de la France insoumise l’emportait.