Ancien boxeur et garde du corps, les chapitres de la vie du rappeur des Minguettes s’écrivent au fil des morceaux, dans un vrai roman urbain. Ami des plus grands qu’il a invité en avril dernier dans la compilation B II « Star versus RebeLyon », il reste très attaché à ses valeurs. Marechal s’est confié sans concessions au #LBB.

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Crédit : Maréchal Aimé

 

LBB : Quelle est la différence entre la boxe et le rap ? 

   Biographie
Aimé Bafounta38 ansNé à Lyon (2ème)Résidence : VénissieuxMétier : Consultant sportif (football)Carrière débutée en 1995Albums :Barbare (2008)BII Star versus RebeLyon (2013)Label : Independent Harmony

Boxe professionnelle :

Vainqueur du tournoi de France en 2001

18 combats (10 victoires, 7 défaites, 1 nul)

Maréchal : Il y a quelques similitudes mais c’est différent dans le sens où la carrière de boxeur est quelque chose de vrai. Soit tu gagnes, soit tu perds. Le meilleur reste. Dans le rap, la réussite dépend de plusieurs facteurs : la géolocalisation, les relations, la chance. Mais dans les deux cas, c’est long…

 Quel genre de rappeur es-tu ?                            

Ni West ou East Coast, ni « bling bling ». Je ne suis pas ghetto ou hardcore car demain je vais pouvoir chanter un morceau super doux ; ou lancer un coup de gueule avec des mots vulgaires comme le faisaient Jacques Brel ou Gainsbourg. Je n’ai pas de courant musical particulier.

Quelle est ta vision du rap international ?

Les anglos-saxons sont toujours en train d’explorer de nouveaux univers. J’ai voyagé en Angleterre cet été pendant un mois et demi. Ça m’a permis de découvrir leur style musical. Dans la station de métro Tooting Bec à Londres, il y a beaucoup de Nigérians et de Pakistanais. J’ai pu y découvrir ce son afro-anglais. Oui, ailleurs, ça respire le son et la musique. On sent les mouvances qui s’affirment de partout !

« IAM et NTM m’ont convaincu »

Et en ce qui concerne la France ?

Dans les années quatre-vingt-dix, je n’aimais pas trop le rap français. Deux chansons m’ont convaincu : « Je danse le Mia » de IAM et « La Fièvre » de NTM. Quand j’ai écouté ces deux titres, j’ai compris que les choses avaient changé. Et au niveau textuel : Arsenik, Secteur A, East, Menelik, Alliance Ethnik ou les Sages Poètes de La Rue.

Les gens disent que le rap, c’est toujours la même chose. Il faut comprendre que la France en est toujours au même point. Elle n’a pas bougée. Les rappeurs sont un peu des garants de la société, des précurseurs.

Selon toi, qui a repris la flamme?

Booba a pris l’héritage avec le nombre d’albums vendus et le merchandising. Kerry James et Médine l’ont fait au niveau des textes.

On pourrait comparer Booba à un Puff Daddy  ou un  Jay Z du rap français mais ce n’est pas encore ça. Ces derniers ont mit sur orbite des  centaines de rappeurs. Booba a lancé Kaaris dont on parle beaucoup mais pour moi son style est trop basique.

Mes enfants kiffent mais la première fois que je l’ai entendu j’ai cru que c’était Orelsan sans être moqueur ou sarcastique. J’avais l’impression que ses refrains s’approchaient de la variété.

Il a une certaine distance sur les choses de par son âge (33 ans) et c’est pour cela qu’il s’est attelé à tout faire simplement. Mais ca prouve que pour cartonner il faut s’adonner à la variété. On est inondé par des rappeurs que certains producteurs nous servent à toutes les sauces et à grande échelle. Il n’y a aucun mérite.

 

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Maréchal avec Kerry James. Crédit : Maréchal Aimé

Qu’as-tu pensé du clash impliquant le trio Rohff-Booba-La Fouine ?

Cela n’élève pas le débat et ça n’apporte rien. Si demain quelqu’un me critique et que c’est entendu par des milliers de personnes, je ne vais pas m’amuser à faire des clashs. Je le prends entre quatre yeux, c’est tout. Je suis croyant et je sais qu’il n’y a rien de bon dans la passion. C’est juste de la musique. En tout cas, ils ont eu tort.

« Un groupe lyonnais va bientôt se révéler »

Le rap a–t-il un rôle politique à jouer ?

Il y a des sujets à développer pour faire prendre conscience de certaines choses. Mais le rappeur n’est plus un vecteur de valeur. Notre style doit être contestataire mais il ne faut pas contester pour contester. Il faut être constructif. Je reviens alors sur la citation de Calbo d’Arsenik : « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? ».

Quand on rappe et qu’on ne dénonce pas ce qui se passe, ce n’est pas la peine d’essayer.

Lyon a-t-il une chance dans le rap français ?

Tu peux avoir autant de moyens que possible mais tu ne peux pas obliger le public à te plébisciter. A Lyon, on ne sera jamais entouré. Nous les Lyonnais, nous devons nous prendre en charge tout seul. Les maisons de disque parisiennes, c’est l’Everest à conquérir.

Lyon est performant dans le rap : Gerri Madani ou Casus Belli sont plus forts que 85% des rappeurs parisiens qui passent à la radio. Un groupe lyonnais sortira bientôt du lot car on ne peut pas toujours nier le talent. Je pense notamment à Nanoo de Vaulx en Velin (Vainqueur du Buzzbuster Rhône Alpes en 2011) dont le texte « Sahbi » est d’une grande profondeur. Ce morceau m’a vraiment fait quelque chose.

Parles-nous de ton premier album Barbare sorti en 2008 ? Quelle est son histoire ?

A ce moment précis, je voulais sortir tout ce qui me passait par la tête. Passi m’a prêté son studio à Alfortville (94). C’est la seule fois que je voyais un rappeur parisien faire ce geste. J’avais comme ingénieur du son Toops. J’avais déjà écrit mes textes, j’avais mes connexions avec Arsenik ou les Neg Marrons. La collaboration la plus marquante a été le featuring avec Lino du groupe Arsenik sur le morceau « Lardu ».

Niveau ventes, il ne fallait pas espérer des monts et des merveilles. Entre 1 000 et 3 000  exemplaires en indépendant, c’était pas mal. Il y a encore des gens qui découvrent des titres sur internet comme « Mon combat » qui a été clippé. On y voit voit Eric Tudor (Eric et Ramzy). J’ai bénéficié aussi d’une bonne promotion, avec des gens qui m’ont posé des affiches partout. Ma photo était à l’arrière des bus des TCL !

Après il y a eu la compile BII « Star Versus RebeLyon » en Avril 2013…

J’ai pu faire venir La Fouine, Medine, les Neg Marrons. Kerry James ou Seith Geiko entre autres. C’est un peu mon réseau. Je n’ai pas eu Rohff et Booba malheureusement. Cela m’a permis de passer vraiment à la production. Je ne suis pas mécontent du rendu.

Il paraît que tu as été le garde du corps de Dieudonné. C’est surprenant vu l’actualité !

C’est vrai, j’ai fait sa sécurité en 2005 sur son spectacle « 1905 ». Il avait eu des difficultés un an auparavant avec des manifestations. Alors je lui ai proposé mes services. Il était normal, sympa.

Tu n’as jamais quitté les Minguettes, le fief de La Marche pour l’égalité et contre le racisme

Pour certains, s’en sortir, c’est quitter le ghetto et partir au soleil. Quand tu vis heureux là où tu es, tu ne peux pas quitter ton coin comme ça. Il faut penser à tes enfants. Pour ce qui est de La Marche, les gens ne savent pas tous que, grâce aux marcheurs comme Toumi Djaidja et les autres, ils ont obtenu la carte de séjour. Elle était aussi destinée aux Espagnols et aux Portugais. La plupart des beurs étaient eux-même déjà Français !

Des gens comme Harlem Désir ont utilisé ce mouvement et ont fait de la récupération pour faire leur business avec SOS racisme. Lorsqu’on voit la manière dont sont traités les députés d’origine maghrébine au PS, ça laisse à réfléchir. La Marche des beurs était aussi la marche des blancs. Mais comme ces derniers avaient la confession religieuse ou la même couleur que les français de souche, les choses sont vite passées. Ils se sont écartés du débat.

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr