Le Palais de justice de Lyon vit au rythme des petites et des grandes affaires. Récit d’un après-midi au tribunal de Grande instance, dans une salle unique en son genre : celle des comparutions immédiates.

Rez-de-chaussée. Salle G. Les premiers visiteurs commencent à prendre place dans la salle d’audience. Sans doute des proches de prévenus. Soudain, un groupe de collégiens franchit la porte, accompagné de leur professeur. Une leçon de droit, qu’à première vue, ils sont impatients d’expérimenter. C’est ensuite au tour des avocats de « s’agiter ». Certains se pressent d’enfiler leur robe noire et d’ajuster leur cravate.

14h. Comme au théâtre, une sonnerie retentit. Chacun se lève. Le Président du tribunal, l’assesseur et le procureur entrent en scène. Le top départ pour une après-midi d’audiences est lancé…

Dans la salle, la clim tourne à plein régime. Le président du tribunal annonce la première affaire. Tous les regards se tournent vers le box des prévenus. Un jeune homme s’avance, le regard baissé, entouré par quatre policiers. Le cas semble sérieux. Il s’agit d’une agression par couteau datant du 1er mai. Comme le prévoit la loi, le juge demande au prévenu s’il souhaite bien être jugé en comparution immédiate. Réponse positive. L’audience peut se poursuivre. Selon les procès verbaux, le garçon de 19 ans a porté deux coups de couteau à la cuisse du beau-père d’une jeune fille de son quartier.

Comme un père qui s’apprête à gronder son fils, le président observe le jeune homme et rappelle les évènements « Rappelons que, dans cette affaire, tout le monde se connait. La jeune fille, qui en a assez de se faire importuner par un groupe d’adolescents, décide d’aller prévenir son beau-père, qui va s’expliquer avec les garçons en question. Parmi eux, se trouvent votre petit frère. Ce dernier affirme que la victime l’a tiré par la capuche. Il monte alors vous chercher, en larmes, en vous disant qu’il  a été frappé. Et vous, sans réfléchir vous descendez avec votre couteau caché sous votre tee-shirt. Vous commencez à vous disputer, une gifle part, puis des coups et vous planter à deux reprises la victime au niveau de la cuisse ».  L’assemblée écoute dans un silence religieux la présentation des faits. Le prévenu ne montre pas de réactions. « Vous vous rendez compte que vous auriez pu le tuer !  Au cas où vous ne le sauriez pas, il y a à ce niveau de la jambe ce que l’on appelle l’artère fémorale. Si vous aviez touché la victime à cet endroit, elle serait morte aujourd’hui ! »

La victime est présente. Avec ses béquilles, elle s’approche des juges pour réitérer son témoignage et exprimer ses craintes quant à d’éventuelles représailles. Une ambiance pesante s’installe alors dans le tribunal. Chacun peut percevoir le fort ressentiment qui se dégage du prévenu et de la victime. Comme si cette histoire était allée trop loin et que l’honneur des deux hommes devait être préservé. Un drame, conséquence d’un engrenage, survenu durant la fête du travail.

Le travail. Voilà un mot que nous entendrons souvent au cours des audiences. Dans cette affaire, comme dans celles qui suivront, le juge posera inlassablement la même question. « Que faites-vous dans la vie ? ». Que cela soit dans le cas de l’agression par arme, comme pour celui du vol de canettes de soda (« Une affaire qui va nous détendre un peu », s’amusera le juge) ou encore, dans celui de la fabrication d’un engin explosif, le profil des prévenus est, à quelques détails près, le même : des garçons, entre 18 et 20 ans, la plupart déjà condamnés, parfois avec des problèmes familiaux et en décrochage scolaire. « J’ai fait un apprentissage en serrurerie pendant deux ans mais j’ai raté l’examen final. » ; « Je cherche du travail, je vais à la mission locale, à pôle emploi. » ;  « J’ai un projet de formation qui devrait aboutir »…

Fatigués par leur longue garde à vue, déstabilisés, dans l’attente d’une sanction… les jeunes prévenus sont tantôt insolents, tantôt taciturnes. Ils entrent et sortent, dans l’espoir que leur avocat, le plus souvent commis d’office, aura été convaincant. Quant au public, assis dans la salle, face aux déclarations des deux parties, aux phrases cinglantes du procureur, aux questions glaciales du juge, aux « ballets » des avocats et des proches des prévenus, aux ricanements et aux ronflements des visiteurs, aux sonneries de portables… il perd vite toute notion du temps.

Il est déjà 17h. Pas le temps de connaître les sentences de ces « jeunes en déshérence », comme les avocats aiment à les qualifier. Pour certains, c’est sûr, ce sera la case prison. Pour d’autres, les TIG (travaux d’intérêts généraux). Le président du tribunal ouvre alors un nouveau dossier. “J’appelle la 5ème affaire. Monsieur…

Pour en savoir plus : lire le livre “Comparution immédiate” d’Angèle Christin

 

Pascale Lagahe

La rédaction

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