Edwy Plenel était à la Maison des passages, jeudi 14 juin, pour une rencontre débat sur le pouvoir et l’indépendance des médias. Il nous a accordé une petite demi heure où il revient sur la mission sociale de Mediapart et la nécessité d’une refondation démocratique du système des médias en France. Il prévient : « On va continuer à faire notre travail ».

photo plenelIssu de la vieille presse comme il aime le dire, Edwy Plenel a fait de l’indépendance des médias son cheval de bataille. « L’indépendance est une culture, c’est un écosystème. On doit créer les conditions de l’indépendance. » Nombreux sont ceux qui saluent le courage de Mediapart, que ce soit pour ses enquêtes ou son indépendance vis à vis de gros groupes industriels. Pour l’ancien journaliste du Monde, « Ça fait plaisir mais ça fait aussi pitié. Nous sommes des petits poissons contre des gros requins dans une mer polluée. » Il veut donc d’abord dépolluer cette mer infestée. Concrètement, « Un marchand d’armes ne doit pas être propriétaire d’un journal, une entreprise qui vit de la commande publique ne doit pas êter propriétaire d’un grand média. Les aides de l’Etat aux médias ne doivent pas être des aides directes mais indirectes. » Le Monde perçoit 17 millions d’euros d’aides directes de l’Etat, Libération 14 millions.

Le directeur de la publication de Mediapart revient par ailleurs sur l’opportunité formidable de la révolution numérique pour regagner la confiance du lecteur. Ce dernier peut à présent contribuer, alerter, critiquer, discuter.  « Nous ne sommes plus au dessus de lui, en train de lui donner des leçons. Nous ne sommes plus dans le monopole de l’opinion. Les journalistes sont donc renvoyés à leur mission sociale. A savoir trouver des informations d’intérêt public, par l’enquête, par le reportage, par l’analyse. Le lecteur est notre partenaire. »

« L’indépendance, c’est maintenant »

A ceux qui se questionneraient sur la capacité de Mediapart à enquêter sur un gouvernement et un Président de gauche, Edwy Plenel nous donne la formule de sa rédaction pour se donner du courage : « L’indépendance c’est maintenant »

S’il avoue avoir une sensibilité de gauche, il ne définirait pas Mediapart comme un journal de gauche. Il prône plutôt les valeurs d’une République authentiquement démocratique et sociale. « Tout ce qui est d’intérêt public doit être publié », enchaine-t-il.

Il met par ailleurs en garde : « Ce n’est pas en se débarrassant de Sarkozy qu’on se débarrasse du Sarkozysme ». Le présidentialisme français est insuffisamment démocratique selon lui. « Dans beaucoup de quartiers populaires, la moitié des habitants n’ont pas voté aux législatives. » La réalité : On laisse la politique à des professionnels : des hommes blanc de cinquante ans en majorité. Les batailles à mener sont donc nombreuses pour le site payant.

68 000 abonnés à Mediapart

On aurait pu craindre une perte de lecteurs après le départ de Nicolas Sarkozy, ce que réfute le président et fondateur de Mediapart. Les internautes continuent de venir. « On a gagné 10 000 abonnés net en un an, avec une croissance continue ». Il assure que de plus en plus de lecteurs ne viennent non pas sur les positions éditoriales, mais sur les enquêtes que réalise le pure player. Il annonce d’ailleurs que les internautes vont découvrir que l’obsession n’était pas sur l’ancien Président, mais de répondre à l’immense crise à laquelle nous sommes confronté. « Il ne faut pas jouer petit bras, » enchaine-t-il. Plus de détails dans la vidéo suivante.

« Pas d’arnaque vis à vis des blogueurs »

Sur les blogueurs dans les sites d’information, il combat le « modèle scandaleux » du Huffington Post, dont « la logique est purement business, et qui se fait sur le dos des blogueurs. » A Mediapart, il y a d’un coté le journal, et de l’autre le club. L’abonnement au journal donne le droit de contribuer, avec des passerelles entre le journal et le club. Par exemple, deux blogueuses contribuent maintenant pour le journal sous forme de piges. Ce système est emmené à s’améliorer dans les mois et années à venir. Pour lui, c’est clair, « je ne crois pas qu’il ai d’arnaque vis à vis des blogueurs. » Plus de détails dans la vidéo suivante:

Pour conclure, nous lui avons demandé si le rachat de Rue89 par le Nouvel Obs marquait la fin de leur indépendance. S’il dit qu’il faut faire confiance à Rue89 sur la question, pour lui, c’est l’échec du tout gratuit sur les sites d’informations. Qui aurait cru il y a quatre ans qu’un journal en ligne payant pourrait se targuer d’être pérenne, quand ceux qui ont uniquement misés sur la publicité peinent à assurer leur avenir économique, pas grand monde à part Edwy Plenel.

Journalistes : Naïma Arroussi et Sébastien Gonzalvez.