A l’occasion de la fête du cinéma, je me suis précipitée dans les salles obscures afin de voir le premier film de Roschdy Zem « Omar m’a tuer ». Cette pellicule relate l’histoire de Ghislaine Marchal, une femme assassinée le 24 Juin 1991. Elle aurait écrit sur un mur avec son propre sang, le jour de son meurtre : « Omar m’a tuer »; son jardinier portant le nom de Omar Raddad…

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La police a dès lors passé outre le principe de présomption d’innocence pour arrêter ce père de famille qui a eu le malheur de s’appeler Omar, sans aucune autre preuve que ces traces d’hémoglobines murales. Les juges et une bonne partie du public ont de suite soutenu cette thèse de culpabilité avec cet accusé venant d’une terre inconnue, avec pour seul motif d’accusation son prénom. On entend alors des «il travaillait pour elle et il avait besoin de beaucoup d’argent », « on dit qu’il allait voir les prostituées, ce n’est pas quelqu’un de confiance » ; voici les pensées qui peuplent les crânes de ses concitoyens. C’est alors une succession d’idées fausses et de preuves sans valeur juridique qui confortent cette vision d’un faux coupable servi sur un plateau d’argent par les médias. Ces derniers recherchant seulement le coup médiatique et le chiffre d’affaire.

Dans les bureaux de la police scientifique chargée de l’affaire, ce sont des rapports qui ne concordent pas et des preuves se contredisant qui suppriment toute notion d’innocence. Et ces faits seront isolés de tous médias afin de ne pas discréditer la police et bien sur le pouvoir judiciaire, 3ème pouvoir si faible et influençable de notre chère République. On peut alors se gratter l’oreille en se demandant « et si certaines personnes emprisonnées aujourd’hui étaient dans cette situation ? ». Cela bousculerait les idéologies sociologiques sur les personnes peuplant les Prisons de France.

 

On se demande si l’Etat a choisi ce bouc émissaire car en vue du contexte sociopolitique de l’époque (années 90’s), il serait normal d’accuser un immigré africain. Mais Mr Raddad lui-même nie toute idée de racisme dans son jugement, n’y a-t-il pas eu des affaires d’Outreau où des dizaines de français d’origine française ont été arrêtés ?

Dans ce cas, pour quelle raison avoir choisi Mr Raddad ? Il était une proie facile : accro aux casinos (demandant souvent une avance sur son salaire pour des dépenses astronomiques), ne sachant parler que le marocain et ne connaissant pas le système judiciaire français, et il faisait vivre sa grande famille avec son revenu mensuel et était un proche de la victime.

 

Ce jeune père de famille passant son temps à tailler la haie sera emmené dans une histoire populaire médiatisée. Vu que les parties civiles et l’Etat le considèrent coupable d’office, seul un avocat se lèvera : Jacques Vergès. Ce célèbre avocat du diable qui a sur son Curriculum Vitae Klaus Barbie avouera « c’est la première fois que je défends un innocent ». Le Maître Vergès déclarera également : « Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d’être juif, aujourd’hui on condamne un jardinier car il a le tort d’être maghrébin. ». Mais cette prose ne suffira pas pour sauver Mr Raddad des barreaux.

 

Car de nos jours, ce dernier est toujours considéré comme coupable, tous les appels en Cour de Justice sont systématiquement rejetés, et Mr Raddad est encore à l’heure qu’il est considéré comme un meurtrier libre (gracié par Mr Chirac en 1996 mais toujours sous liberté conditionnelle) sans preuve de culpabilité ayant pour seul et unique faute d’être vu comme le « Omar [qui] m’a tuer ».
Quant au film? Il faut souligner la merveilleuse interprétation de Sami Bouajila qui a su passer du desespoir de la grève de la faim et du suicide jusqu’au au bonheur de retrouver ses enfants et ses racines après tant d’années emprisonné. De plus, l’idée de présenter une enquête parallèle orchestrée par cet écrivain engagé, Pierre Emmanuel Vaugrenard, reste une bonne façon de nous montrer les failles de l’enquête, qui n’était pas connue du public. Mais une chose est à regretter: un scénario comme tourné au ralenti. Si l’intrigue n’était pas tirée d’une réalité si exceptionnelle, cela ferait lontgtemps que la salle de projection serait vide. De plus, le réalisateur ne présente pas un point de vue des plus objectifs. En  effet, tous les protagonistes soutiennent le prévenu : Maître Vergès (qui a défendu les pires coupables), les prisonniers, le peuple, l’écrivain Pierre-Emmanuel Vaugrenard et même son assistante qui était au départ refractaire à toute idée d’innocence, donc aucune opinion contraire.

 

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