Depuis quelques années, Rafika remarque que le nombre de divorces chez les chibanis s’est multiplié. Dans la plupart des situations, c’est la femme qui prend l’initiative. Enquête.

 -- Cliquez pour voir l'image en entier Depuis un certains temps, je remarque un phénomène nouveau dans mon entourage. Arrivées à l’âge de la cinquantaine, voire plus, des femmes décident de prendre leur indépendance et de demander le divorce. On sait qu’en France, un mariage sur trois se solde par une séparation mais ici, la situation est particulière. Ces femmes en question, toutes habitantes de mon quartier, sont de culture maghrébine et bien sûr, le divorce y est tabou, surtout lorsque l’on approche de l’âge de la sagesse.

Quand les premières femmes ont décidé de passer à l’acte, le voisinage voyait cela d’un très mauvais oeil et certains ne comprenaient pas toujours le choix de ces “femmes pionnières”. Pourquoi prendre cette décision à un âge aussi avancé, quand d’autres ont peur de vieillir seuls ? Comment, après des années de vie commune, peuvent-elles tout recommencer à zéro ? Attendent-elles que leurs enfants quittent le nid familial pour oser sauter le pas, afin que ces derniers ne soient pas déstabilisés par la séparation de leurs parents ?…

Pour en savoir un peu plus sur leurs motivations, je suis allée interroger l’une de ces femmes, qui a souhaité rester anonyme : « Quand les femmes vieillissent, les hommes s’en débarrassent et en prennent une plus jeune. Autrefois c’était lors du décès d’un des époux qu’il y avait un remariage. Mais, aujourd’hui, les femmes veulent la liberté, elles ne veulent plus qu’on les retienne. Elles veulent sortir, être tranquilles ». Elle ne m’en dira pas plus, préférant restée discrète sur la question.

Serait-ce une revanche sur la vie ? Il est important de souligner le fait que très jeunes, ces femmes passaient, le plus souvent, de l’autorité du père à celui du mari. Sans vouloir parler de mariage « forcé », mais plutôt « arrangé », l’avis de la femme comme celui de l’homme n’était pas une priorité à l’époque. Le mariage de raison primait sur le mariage d’amour :  c’était la volonté des parents et il fallait s’y plier.

Les traditions en matière de relations de couple seraient-elles donc moins contraignantes aujourd’hui en ce qui concerne le divorce ? Ou bien est-ce seulement une tendance locale ? Je m’entretiens avec un chibani, divorcé la cinquantaine passée. “Ces femmes en ont marre de leur mari, et inversement. Elles préfèrent être seules et avoir la paix et je les comprends. Il y en a qui se disent : “Si j’avais eu plus de courage il y a trente ans, je ne me serais pas mariée avec lui”. Les raisons sont matérielles, morales mais il y a toujours plusieurs raisons à cela. On n’a jamais ce qu’on veut de toute façon. Et quand on voit qu’au bout d’un moment on n’a rien du tout de ce qu’on attendait,  on abandonne, on divorce.”


La monotonie de la vie de couple, les attentes non comblées, le courage qui vient avec les années, les enfants qui sont devenus grands et autonomes seraient donc les raisons qui expliqueraient la multiplication des divorces. Ce phénomène ne touche évidemment pas que les femmes d’origine maghrébine. Selon les chiffres de l’Institut National d’Etudes démographiques, le nombre de divorces chez les femmes de plus de 60 ans a augmenté de 28 % en 10 ans.

Auteur : Rafika Bendermel

La rédaction

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