Près de 5 mois après l’application du décret anti-tabac, les établissements de chichas voient enfin le bout du tunnel.

Samedi après-midi, le soleil brille sur Lyon. Les tressasses sont pleines de badauds venus se désaltérer et se dorer au soleil. Pourtant, je ne m’arrête pas, j’ai rendez-vous avec Houari Belkeroubi, 39 ans. Il est le propriétaire de fond d’une charmante Chicha, Sud Tendances, située dans le 1er arrondissement de Lyon. Vous savez celle juste à coté du commissariat de police.

Sur la porte du magasin, un autocollant donne le ton : « Narguilé libre ! » Houari arrive et m’invite à entrer. Une odeur de fruits m’envahit les narines, celles des pipes à eaux rangées pour le moment. Il est seulement 16 h, les clients n’arriveront pas tout de suite. Tant mieux, le propriétaire pourra parler en toute tranquillité.

“Cela fait cinq ans que je travaille dans cette chicha” commence Houari. “Avec mon bac pro de vente, j’ai bossé dans les vêtements pour enfants pendant huit ans avant d’arrêter. Puis j’ai cherché à nouveau du boulot. J’ai donc postulé dans une boite de lumières où l’entretien d’embauche s’est bien passé”. Pourtant, quelques jours plus tard, l’homme reçoit une lettre indiquant : “vous ne correspondait pas au profil recherché”. C’est le choc !“Ça m’a dégouté, j’étais sûr d’avoir réussi. Du coup, j’ai choisi d’être mon propre patron. A l’époque, sur Londres et Paris les gens se lançaient dans les chichas. Sur Lyon, il n’y en avait qu’une” reprend Haouri. “Alors, je me suis formé à l’IFG, un organisme de formation professionnelle pour créer mon entreprise”.

En 2004, l’ouverture de Sud tendances sonnera le départ d’une nouvelle vie. Durant quatre années, tout ira bien. “Ma clientèle est composée à 80% de maghrébins qui se sentent comme chez eux, ici. Les autres clients recherchent cette ambiance orientale qu’on trouve dans les chichas”. Mais c’est sans compter sur le décret de l’interdiction du tabac dans les lieux publics entré en vigueur le 1 janvier 2008.

“Les deux mois qui ont suivi l’application de la loi, j’ai été contrôlé deux fois. D’abord à titre préventif par la BAC. Ils sont arrivés à 15, il était 0h45. La deuxième fois, les CRS ont été plus courtois avec la clientèle mais ils m’ont quand même donné une amende de 68 euros” se souvient le propriétaire.

Face à la multiplication des amendes, à Lyon comme à Paris, les patrons de chichas ont décidé de réagir en rencontrant des élus politiques pour réclamer des dérogations comme en Italie et en Allemagne. “On était en plein campagne municipale, il fallait faire du bruit. Ils nous fallaient des dérogations pour continuer. Dans mon établissement, la chicha, c’est environ 40 % de mon chiffre d’affaire. Sur Lyon, depuis l’application du décret, il ne reste qu’une dizaine de fumoirs. Trois établissements ont déjà fermé ! A Paris, c’est bien pire”. Mais Roselyne Bachelot, ministre de la santé reste ferme : il n’y aura pas de tabac dans les lieux publics !

Dans les lieux publics, vous-dites ? Voilà la faille selon un avocat parisien. Les patrons de Chicha décident de changer de statut. “En devenant, une association privée, on n’est plus un lieu public. La clientèle doit être membre du club.  Aujourd’hui, c’est beaucoup de paperasse mais la police nous laisse tranquille. Ils attendaient simplement qu’on entre dans les clous”, termine Houari.

Naïma Daira

La rédaction

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