CHRONIQUE JUDICIAIRE : Nouvelle rubrique avec Sébastien qui vous emmène au cœur du TGI de Lyon, en comparutions immédiates.

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Photo by bloomsberries – source Flickr Creative Commons

Michel* comparait pour vol par effraction dans un magasin. Il est né au Maroc et vit depuis deux ans en France en séjour irrégulier. Il ne parle pas français. Il demande, par l’intermédiaire de l’interprète, s’il va aller en prison ou retourner chez lui. « Le Tribunal en décidera ! », répond le juge.

Les faits sont simples, « extrêmement simples, voire simplistes ! ». L’accusé a jeté un caillou dans la vitrine du magasin puis rentre. Il prend ensuite des barres de chocolat, qu’il mange encore à l’arrivée des policiers dans le magasin.

La partie civile réclame 290 euros. La somme dans la caisse selon le gérant du magasin, qui n’est pas présent à l’audience. La caméra de surveillance et la caisse enregistreuse seraient par ailleurs endommagées.

Le dossier ne contient pas de trace de fouille formelle de l’accusé. « On n’a pas été fichu de le fouiller (sic) ! » Tempête le juge. Michel reconnaît tout sauf les 290 euros. Il s’exprime toujours à travers son interprète : « J’ai essayé d’ouvrir la caisse enregistreuse. Je l’ai pas cassée. J’ai pas pris l’argent mais le chocolat. » Le juge regarde le procureur en souriant : « Le chocolat reste au dossier ! » L’interprète enchaine : « J’ai pas cassé la caméra, la caisse un peu. J’étais sous l’effet de l’alcool, je n’étais pas conscient. »

Pour cette « importante affaire », comme le faisait ironiquement remarquer le juge quelques instants plus tôt, le proc veut 12 mois de prison dont six avec sursis. Michel est dépité. On doit avouer qu’il n’est pas le seul dans la salle. « Les bras m’en tombent ! Débute l’avocate de la défense. Il est poursuivi pour vol par effraction de chocolat, pas d’argent. Il a été interpellé dans le magasin, pas dehors ! » En outre, on est fouillé pendant une garde à vue. « Il n’est pas fait mention de billets au dossier. On ne peut pas retenir le vol de billets ! » Enchaine-t-elle.

Michel n’a par ailleurs pas de casier judiciaire en France. « Il fait partie des invisibles. Ca ne lui donne pas plus de devoirs que les autres. Il a une vie que personne ici ne lui envierait. Je demande un sursis ! » Plaidoirie terminée.

Dernière question avant les délibérés : « Vous voulez ajouter quelque chose ? – Je suis malade. Je ne supporte pas les conditions de détention. Je veux aller en Belgique ! »

Finalement, Michel est reconnu coupable des faits. Etant donné son manque d’antécédents en France, il écope de six mois de sursis et repart libre. Concernant l’action civile, une audience aura lieu dans moins de deux mois pour chiffrer le préjudice. Le président lui explique : « Cinq ans sans condamnation. Sinon, vous avez du ferme plus six mois au dessus de la tête. – Merci Monsieur ! – Oui oui oui… » Le président est passé à l’affaire suivante.

*Tous les noms sont changés