Ali Benosmane veille sur une génération dorée d’humoristes Lyonnais. Le patron du Graine de Star Comedy Club a ouvert en septembre 2013 un établissement qui leur permet de se révéler et de trouver leur public. Le café théâtre du quartier Gratte-Ciel à Villeurbanne est devenu une institution.  Le père de l’humoriste Bouchra Beno qui fait partie du Jamel Comedy Club se livre au LBB.

 

Ali Benosmane

 

La création du Graine de Star Comedy Club s’est faite d’une manière originale…

L’idée m’est il y a six ou sept ans en arrière déjà mais je reportais toujours au lendemain. Comme c’était une passion que je nourrissais, il a bien fallu l’aborder un jour. Je jouais dans des cafés théâtres comme Le Nombril du Monde ou Le Complexe du Rire. J’ai sollicité François un ami à moi qui travaillais dans le bâtiment et je lui ai demandé son avis pour changer un peu le restaurant. Il était au courant de mon désir de créer un café théâtre. Il est partit un instant pour me ramener un sabre et il a détruit tout le plafond. C’était un message clair pour m’inciter à commencer les travaux.  On a mit six mois à tout refaire, passer les câbles, installer les lumières, la climatisation, la régie.

Il a fallut vite trouver les artistes pour engager ce projet. Est-ce que ça été facile ?

Bouchra Beno

Bouchra Beno

Ma fille Bouchra et ses sœurs Selma, Sherazade, Yasmine m’ont entraîné à concrétiser ce projet et elles sont encore derrière. Il a fallu donc chercher les artistes comme Nassim Bombo à Vaulx Premières Planches. C’est à l’occasion de leur concours annuel dans le cadre de leur festival qu’on a put le trouver. L’année dernière ma fille Bouchra connaissait l’humoriste Lionel Lacroute qui y participait. Et par la même occasion, j’ai découvert Nassim qui a fini deuxième. J’avais détecté un véritable talent chez lui mais il fallait travailler encore. VPP découvre les talents et travaille avec eux puis Graine de Stars Comedy Club met ces artistes sur la scène. Il faut être devant un public, faire des erreurs et continuer de travailler. Si on reste sur le banc, on n’y arrive pas. Je reprenais donc le relais après VPP pour les aider à aller au concours Mort de Rire de l’Espace Gerson une fois tous les mois. On les rappelle trois ou quatre mois après. Mais ces jeunes, où vont-ils évoluer ?

« Notre public est composé en majorité de femmes »

 

Avec Bouchra sur scu00E8neVous avez trouvé un autre concept pour sortir les talents de l’ombre…

Le catch de rire est un concours organisé  tous les premiers mercredi du mois. On appelle tous les jeunes ici pour les découvrir : c’est un vivier. Cela leur permet d’écrire leur texte, affronter le public. Et c’est à eux de nous dire s’ils sont faits pour la scène. Une fois qu’on prend le virus de la scène, on ne plus s’en débarrasser. J’ai créé le catch du rire en mars en partenariat avec La Vie est Bulles une société d’évènement qui propose des prestations dans l’évènementiel. Le vainqueur du catch du rire gagne la résidence au Graine de Star Comedy Club. A savoir que c’est le public qui juge avec stylo et papier à la main. Et celui-ci est impartial ! 

Votre public est bien différent de celui des cafés théâtres traditionnels…

Il y a un public banlieusard qui commence à découvrir le théâtre. Certains m’ont fait la remarque de la présence de « jeunes bizarres » et ça m’a vraiment choqué. Ce sont en fait des gens respectables et respectueux qui viennent pour rire et se distraire. C’est un public comme un autre. On a toutes les couches sociales ici ! Le plus étonnant c’est que le public est composé de 70% de femmes. Elles se sentent manifestement en sécurité et à l’aise et cela est c’est très important pour moi !

« Au Graine de Star, on peut rire de tout ! »

 

A quel genre de vannes va être confronté ce public ?   

On vanne tout le monde et toutes les communautés que ce soit les Maghrebins, les Asiatiques, les Rroms.  On a le droit de rigoler des autres et faire de l’autodérision. On peut tout dire sur la scène. Je pars du fait que si ce n’est pas drôle, c’est une insulte. Cela dépend de la manière avec laquelle, on s’y prend. Si on arrive à se moquer de soi même, on peut se moquer des autres. C’est la caricature des clichés. Par exemple, quand on prend le spectacle de Rman avec les naines, il dit au public « oui, vous rigolez, mais pourquoi ? J’ai le droit d’aimer les naines ! ».  Après il développe son point de vue. Ici, il n’y a pas de tabous mais la méchanceté pour la méchanceté ça ne passe pas.

La mairie de Villeurbanne vous soutient-elle ?

Les élus sont toujours derrière nous, ils adhèrent complètement à notre concept. Ils nous encouragent. C’est la seule manière de supporter le froid et la crise. L’humour c’est comme des essuies glaces, ça n’empêche pas la pluie de rentrer mais ça fait avancer !

« Je suis l’ami des artistes »

 

Comment Graine de Star Comedy Club assure t-il son rayonnement au-delà de la région ?

Les réseaux sociaux nous permettent de nous faire connaître d’humoristes venus d’ailleurs. Nous ne fermons jamais la porte à des artistes venus de Paris ou de Marseille. Voilà pourquoi Graine de Star Comedy Club est connu en France. Rman Meva, Bouchra Beno et Nassim Bombo qui jouent dans des cafés théâtre à Paris servent également d’ambassadeurs. Et encore, il y a un projet de spectacle en Suisse et en Belgique pour la troupe de Graine de Star. Ce sera la plus belle manière de faire de la promotion.   

Bouchra Beno, Rman, Nassim Bombo révélés au Graine de Star Comedy Club

Quel rôle occupez-vous pour ces artistes ?   

Je suis leur conseiller, leur ami. J’ai tous les rôles. Je donne mes avis sans m’imposer sous prétexte que je suis le patron. Dans certains café théâtres, il y a des restrictions et des règles mais chez moi tout est permis au départ et c’est à nos artistes de voir en fonction de leurs spectacles là où ça marche ou pas.

Quel est votre meilleur souvenir ?

C’est quand une femme est venue me voir après un spectacle dans la salle et m’a dit « je vous remercie, ça fait si longtemps que je n’avais pas autant ri ! ». Ca a été ma meilleure récompense. Je pense qu’on a atteint le paroxysme à la première de Nassim Bombo le 18 Novembre avec une standing ovation et un rappel. J’en ai eu la chair de poule. Dans ce spectacle le public riait tellement qu’il fallait faire des pauses.

Est-ce difficile d’être le père de Bouchra Beno au Graine de Star Comedy Club ?

Les gens sont très respectueux mais quand on vient se détendre, on n’est pas agressif. Ils sont des mendiants du bonheur. On demande à ma fille et donc à son père aussi. Un jour je l’ai filmé avec une caméra et là j’ai su qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire qui se dégageait en elle. Il y a quelques années elle a fait Starting Over avec TF1. Elle a obtenu tellement de succès qu’elle était obligée de se cacher. Je voulais l’inscrire au théâtre des Iris à Villeurbanne, elle n’a pas voulu. Un jour j’ai fait un one man show au complexe du rire et elle s’est permise de me critiquer alors je l’ai mise au défi de monter sur scène avec moi. Elle a mit une semaine pour l’écrire. Quand elle a joué, elle a fait un carton puis elle a envoyé son texte au Jamel Comedy Club. Jamel Debbouze a dit : « c’est la fille qu’il me fallait ! ».  Il y a des gens qui ne savent même pas que je suis son père, je ne leur dis pas. Je suis le patron des lieux, elle fait son travail. Le rapport père-fille reste personnel même si l’humour tient une très grande place dans la vie de famille.   

Ali Benosmane

       

Mohamed Braïki pour Lyon Bondy Blog

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

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