Superposition occupe temporairement le Fort Saint Laurent, situé dans le 1er arrondissement de Lyon, rebaptisé pour l’occasion Fort Superposition. Depuis deux mois, artistes, peintres, dessinateurs, tatoueurs, sculpteurs, locaux ou nationaux, réalisent des œuvres d’Art au premier étage du bastion. L’occasion de découvrir les projets de l’association et d’aller à la rencontre d’une partie des résidents du lieu.

La muraille du Fort Saint Laurent, bâtie au cours du XVI ème siècle, devenue par la suite un couvent, une caserne militaire et un Service de Santé de l’Armée de Terre, est aujourd’hui un lieu d’inspiration artistique. Structure d’hébergement gérée à partir de 2015 par le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri , Superposition investit de manière artistique le lieu. Le fort sera prochainement amené à devenir un hôtel de luxe.

« Mettre de la couleur dans la ville »

Pour Orbiane Wolff, présidente de Superposition, l’association se donne pour objectif de promouvoir les cultures urbaines sur Lyon. Il s’agit d’accompagner une trentaine d’artistes locaux et émergents sur des cycles d’exposition, du management de projet rémunéré, leurs carrières personnelles. « Une de nos missions est de mettre de la couleur dans la ville », confie t-elle en conférence de presse. « On accompagne un certain nombre d’artistes depuis 3 ans et il y a une demande très forte des ateliers pour des résidences ». La direction de l’association a été sollicitée par les artistes car ces derniers ne parvenaient pas à trouver d’endroits pour faire des ateliers. L’opportunité d’occupation du Fort est née de la rencontre entre Superposition et un acteur privé. « Nous voulons transformer cet espace en pépinière de talents émergents », ajoute la présidente de Superposition. Créer un écosystème culturel passe par la variété des artistes locaux présents mais aussi par l’intégration d’auteurs internationaux.

Maïlys Febvre, chargée de communication de l’association, présente les prochaines activités se déroulant dans le fort: l’inauguration de la terrasse au public vendredi 19 juillet à partir de 18 heures. Elle sera ouverte du jeudi au samedi. Quant à la soirée « Point of View », prévue le samedi 20 juillet, elle offrira l’occasion aux Bamboo Shows et Spirale Dance de faire résonner leurs musiques psychédéliques dans l’enceinte.

La singularité des profils artistiques

Chaque artiste possède ses propres clefs et vient quand il le souhaite. Parmi ses résidents du Fort, Mani, dessinateur. Cet adepte du noir et blanc cultive un imaginaire empreint d’absurdité et d’étrangeté non dénué de sens. « J’aime traiter de la complexité de l’humain. Je m’inspire de l’incohérence des gens », affirme Mani. Une de ses sources d’inspiration, l’oeuvre du graphiste suisse Hans Ruedi Giger, designer de la créature extra-terrestre d’Alien, le huitième passager (1979) de Ridley Scott. « Giger a un univers sombre. Je suis plutôt du côté de la lumière », ajoute t-il sourire aux lèvres. Pour Mani, travailler à l’intérieur du Fort Saint Laurent est une chance. « Ici, je peux stocker et créer. Le lieu est prévu pour cela. Nous sommes entre artistes. On peut aussi s’isoler. Avant, j’étais introverti car je travaillais chez moi. Aujourd’hui, je le suis moins car je côtoie d’autres artistes ». Si l’isolement est nécessaire dans l’acte de création, il peut aussi être vécu avec pesanteur sur une longue durée. L’installation de son propre atelier au Fort Saint Laurent permet à Mani de fréquenter des personnes partageant, comme lui, un univers riche et singulier. Par exemple, celui de Spirale. Sa spécialité: le dessin graphique et l’illustration. Si les deux hommes ont pour point commun un goût prononcé pour le dessin, leurs sujets de prédilection divergent. Pour Spirale, la thématique de la place des réseaux de communication dans notre société est centrale. « J’essaye de montrer qu’on interagit avec internet. Mes œuvres sont liées par des câbles, représentant la connectivité des médias ». Spirale salue la possibilité de pouvoir louer un atelier et d’exposer librement ses œuvres dans la rue. Assis à son bureau, pinceau à la main, le jeune artiste se confronte à la page blanche. Il esquisse des traits au gré de son inspiration. Sur les murs de son atelier, des traces de peinture. Une manière de souligner sa liberté personnelle dans un espace qui lui est consacré. « On ne peut pas faire n’importe quoi à l’extérieur du fort », reconnait Spirale. Chaque artiste possède ses propres obsessions, thématiques, un espace réservé lui permettant de s’enfermer dans son univers. Entre les différentes pièces se trouve un couloir. Ce couloir représente le lieu de rencontre et de partage de ces imaginaires individuels. Le Fort Superposition, c’est l’alliance de l’atelier et du couloir, de la subjectivité personnelle de l’artiste et du partage collectif de celle-ci.