Rencontre avec Lcysta, MC Lyonnais de 20 ans originaire de Villeurbanne qui rappe depuis ses 13 ans et a sorti son EP « ANORMAL » le 3 juin 2015. Accompagné de son crew les Fayaboy’Z, composé de Izenberg (Beatmaker, caméraman, photographe) et Vers’O (Graphiste, Rappeur), il répond aux questions du LBB.

 

Dans le groupe FayaBoy’Z, comment vous avez débutés ?

Moi j’ai commencé dès 2009 mais les sons étaient enregistrés grâce au micro intégré de mon ordinateur portable et le logiciel Audacity dans une qualité pas très bonne. En 2010, on a vite acheté le matos, on s’est installé chez Izenberg. On a pris le minimum : un micro, une carte son, et on a commencé à enregistrer. J’ai fait une mixtape — qui j’espère n’est plus dispo sur le net — de 17 ou 18 titres, mais bon, c’était les débuts. Certains textes qui sont dans cette mixtape je les ai écrits quand j’avais 13 ou 14 ans donc ça ne vole pas très haut. Mais au moins ça a eu le mérite de nous lancer en terme de savoir-faire avec un micro et en gestion de logiciels. Le 3 octobre 2014, on a sorti la mixtape « Training tape » de 19 titres qu’on a enregistrés nous-mêmes. Ça ne ressort pas en qualité de studio pro parce que c’est Bami Bassi qui a mixé mon projet et ce n’est pas son métier de base, il est rappeur, mais là il a pris la peine de mixer mon projet ça me faisait un bon rapport qualité-prix.

Tu travailles actuellement sur d’autres projets ?

Le dernier projet « ANORMAL » est sorti le 3 juin, c’est un EP 8 titres où il y a notamment le son M.V.P.

En ce moment, je travaille déjà sur le prochain projet. La date de sortie de l’EP « ANORMAL » a été fixée par rapport au temps de faire la cover, faire le mixage, mais le projet était terminé avant. Je suis déjà sur d’autres titres.

Est-ce que vous tournez avec d’autres collectifs ?

Avec Vers’O on a posé dans une « Summer Tape » qui est sortie avec plein de rappeurs Lyonnais (Disponible sur Haute-Culture). Le but était de réunir des MC Lyonnais sachant qu’on n’est pas la ville où il y a le plus de collabs. Quand on a vu ça, on a accepté direct. C’est une belle initiative, tout n’est pas parfait, loin de là. Mais Bami qui a dirigé le projet a le mérite d’être aller jusqu’au bout des choses.

Et sur la scène lyonnaise ? Tu as des influences ? Des gens avec qui tu aimerais bosser ?

J’ai dans l’idée de collaborer avec un ou une chanteur (euse) à voir. Pour l’instant rien de concret en collaboration directe pour un de mes futurs projets.

Est-ce que tu tournes un peu sur scène ? Tu fais des concerts sur Lyon ?

Pas des masses, c’est le prochain axe sur lequel je vais me pencher. On a fait la première partie des Psy 4 de la Rime fin 2013 à L’Isle-d’Abeau, et entre-temps on a eu un freestyle à la Marquise (à voir sur YouTube). Pendant l’Original je suis monté sur scène vite fait, mais c’était un kiff, pas une scène.

La première vraie scène avec un set de 10 titres s’est déroulé à Marquise le 17 septembre dernier en première partie des Parisiens du Panama Bende. C’était une vraie satisfaction parce qu’on a travaillé avec Vers’O et Izen en répétition et on a eu de bons retours. On sait sur quoi on doit bosser maintenant, les axes de progression sont bien définis.

Tu définirais comment ton univers par rapport aux thèmes que tu abordes ?

Pour l’instant, je ne me suis pas vraiment penché au niveau des textes sur des thèmes précis par exemple un storytelling où je vais raconter une histoire imaginaire ou pas. Ça je n’ai encore jamais vraiment fait, même si j’ai commencé à écrire là-dessus. Me pencher sur un thème précis qui me concerne ou pas je ne l’ai pas encore fait. J’ai plutôt commencé par l’egotrip et ce qui me touche au premier abord comme ma famille, la religion ou alors des choses qui vont m’interpeller dans la société. Tout ça va se retrouver dans mes textes. Mais je n’ai pas encore fait un son sur un seul thème.

Quel est ton objectif à long terme ? Trouver une Major, une maison de disque ?

Gagner en exposition sans que ça touche la musique. C’est un des gros soucis. J’ai de bons retours sur ce que je fais globalement, mais il n’y en a pas assez pour avoir un avis général. Ça ne va pas s’étendre à beaucoup de personnes. Il faut élargir l’auditoire. Il y en a peut-être qui tapent aux maisons de disques, mais moi je préfère d’abord convaincre et me convaincre moi-même. On est plus dans le délire auto-prod. Ce que permettent bien les outils actuels. Il suffit d’un téléphone aujourd’hui et tu peux faire 5000 vues sur Facebook. Nous, la vraie question qu’on se pose c’est par rapport au mixage. On a d’abord privilégié du bon rapport qualité-prix parce qu’on est étudiant. L’idéal c’est que ce soit plus professionnel même si on a que 20 ans. On aspire à se perfectionner, déléguer à quelqu’un qui maitrise vraiment ça ou faire des formations.

Pour tes textes, est-ce que tu suis l’actualité ou tu restes sur des sujets vraiment personnels ?

Ça m’arrive forcément de lâcher une phrase, par petite touche. J’avais fait un son par rapport aux attentats de Charlie hebdo qui devait être dans le projet. Je l’ai écrit le jour des attentats, j’ai commencé à écrire et c’est venu tout seul, mais on ne l’a pas sorti. Ça, c’est vraiment une des premières fois où il y a un évènement qui m’a tellement choqué que c’est venu tout seul.

« Je ne me limite pas au Rap »

Quelles sont tes influences musicales ? Tu es plutôt rap US ou rap français ?

Ça a commencé par le rap US (TuPac, Eminem), le R’N’B aussi et forcément Michael Jackson. Le rap français c’est plus venu vers 2007 avec Sniper, IAM, Booba. J’étais bien dans ce truc-là. En termes de jazz, ça me fait kiffer si je veux mettre autre chose que du rap. En reggae, des artistes comme Damian Marley et Peter Tosh ont eu une grande influence sur moi

Ce ne sont pas vraiment des artistes qui m’ont marqué, mais si la musique me parle et me plait, je ne me limite pas au rap. Il y en a pas mal qui dénigrent le fait d’être rappeur et qui se disent artistes.

Est-ce que c’est pour élargir le public ?

On est dans le pays des cases donc si tu te mets toi-même dans la case rappeur après faut l’assumer et t’es obligé pour garder ta crédibilité de parler de tel ou tel sujet. Aujourd’hui, je ne trouve pas que ce soit un problème d’assumer d’écouter autre chose parce que ça peut tellement t’apporter dans ta musicalité. Par exemple, le rappeur qui ne se cantonne qu’au rap sera quand même content d’avoir un beatmaker qui écoute autre chose pour sampler autre chose. Une instru oldschool c’est souvent du soul derrière. Il n’y aurait pas de diversité dans les sons sinon.

« Beaucoup de rappeurs n’assumeraient pas que leur propre mère écoute leurs sons »

Est-ce que vous avez l’ambition de commencer en local ?

Je me pose des questions tout le temps et je ne trouve pas vraiment de réponses. Je ne sais pas si c’est le bouche-à-oreille ou un mec qui a son label, mais commencer local, pour l’instant, ça n’a pas réussi à Lyon. Le seul qui a réussi c’est Casus Belli, je ne connais aucun autre Lyonnais qui a réussi à s’exporter. En tout cas, ceux qui sont connus dans Lyon ont commencé localement. Mais tout le monde a sa définition de la réussite. Il y en a qui ont signé avec La Fouine (Banlieue sale), mais je ne sais pas si je pourrais tout accepter. J’aurais du mal. On me dit que je devrais mettre un cul dans mes clips et que ça passerait peut être sur TRACE TV, mais au final ça montre ce qu’on pense du milieu de la musique et comment réussir. Là, c’est plus une vision commerciale. Du coup, j’ai fait un truc inverse en mettant ma famille dans le clip. Il y a beaucoup de rappeurs qui n’assumeraient pas que leur propre mère écoute leurs sons parce qu’ils disent ou font tellement de sale dedans. Comme Booba qui parle à sa fille en anglais pour ne pas qu’elle comprenne ses textes en français. J’assume tout devant ma mère et je serai fière devant elle. Je ne veux pas faire des thunes en mettant des culs, je trouve ça un peu dommage.

 

Pour suivre Lcysta : https://www.facebook.com/Cookeofficiel

Pour télécharger la mixtape « ANORMAL »

Pour télécharger la training Tape

 

La rédaction

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