En quête de “revalorisation” permanente, les villes sont reconstruites, rénovées, renouvelées. Comment se définit la valeur d’une ville ? Enquête.

Comment pense-t-on la ville et ses transformations aujourd’hui ? Comment le projet urbain modifie le rapport au temps, à la mémoire et à l’avenir? La revalorisation de la ville se pense-t-elle comme une continuité ou comme une rupture avec les passés? En s’appuyant sur un travail mené avec les habitants du quartier de La Duchère dans le cadre des “Cafés partagés” et d’une recherche-action ethnologique, l’exposition “Questions de ville” restitue les échanges et les croisements de regards d’habitants, d’élus, d’urbanistes, de techniciens et d’acteurs socio-culturels. Tels sont les mots que Marie Burdin, (animatrice coordinatrice des projets culturels du quartier de La Duchère,)  utilise pour définir l’exposition en cours à la MJC de La Duchère.
Témoignages, images, sons de ville sont les matériaux de ‘’La Duchère en (re)construction’’

Rencontre avec Marine Burdin et avec Sarah Rojon, anthropologue stagiaire et bénévole au sein de la MJC Duchère ; à l’occasion de l’expo ‘’Questions de ville, la Duchère en (re)construction’’.

Quelle a été la genèse de cette initiative, et en somme de cette exposition ?

“Nous réunissons, depuis 2007, des habitants des différents quartiers de La Duchère, autour de ‘’Cafés Partagés’’, qui se tiennent à la Mjc, au centre social de la Sauvegarde ou au centre social du Plateau. Là, nous parlons des différents quartiers, de la manière dont les habitants ‘’vivent la ville’’, des structures (écoles, transports, rues, parcs, commerces…). Il est important pour nous de parler de ces espaces urbains, parce ce sont ceux qui les vivent qui savent le mieux en parler. Les habitants nous confient ce qui représente pour eux des lieux d’échanges, de passages, d’intimité ou encore de rencontre. Aussi un père  de famille ne nous parlera pas d’un  quartier de la même manière qu’une jeune ado. Nous notons tous cela, et l’archivons. Il y a un café partagé par trimestre. Cela fait deux ans que nous tenons une sacrée matière qu’il faut mettre en valeur. Cette année, les cafés portaient majoritairement sur l’espace public, donc.
L’exposition semble se concentrer sur les problématiques dues aux nouveaux aménagements des quartiers…
Oui, au fil des conversations, nous nous sommes rendues compte que les habitants avaient des inquiétudes sur ce qu’allait devenir le quartier de La Duchère. Certains semblaient aussi très heureux que le quartier soit réhabilité. Et nous avons eu aussi envie de travailler sur ces enjeux, c’est donc naturellement que les paroles ont bifurqué vers la réhabilitation des quartiers”
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Vous  êtes vous fait aidé par d’autres personnes, pour réaliser cette exposition ?

“Oui, tout d’abord, Bianca Botea-Coulaud, maître de conférences, scientifique-anthropologue à l’université Lyon 2, a coordonné la conception de l’exposition. Bien sûr, nous avons fait appel à une scénographe, Arianne Réquin. Nous bénéficions d’un partenariat avec l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon, et plus précisément les sections ‘environnement’ et ‘photo’. Ainsi, les étudiants on travaillé sur la partie photographique de l’exposition, et sur l’environnement sonore (interviews et dialogues avec les habitants, disponible en écoute libre avec l’exposition).
Il faut signaler qu’à la fin de l’exposition, nous mettrons toute sa ‘’matière brute’’ à disposition des chercheurs, au musée Gadagne de Lyon.
Autour de l’exposition il y a aussi les ‘’balades urbaines’’, lors des journées du patrimoine et chaque 3e dimanche du mois, 2 balades urbaines sont proposées dans le 9e arrondissement, organisées par le musée Gadagne, elles se terminent à La Duchère”.*

Qui sont ces habitants que vous avez interrogés, avez vous pris une liste  de gens au hasard, s’agit il d’un échantillon ‘’significatif’’ ?


“Nous avons interrogé une vingtaine de personnes, des militants associatifs, des habitants de longue date, aussi des habitants arrivés plus récemment, des personnes qui travaillent à La Duchère, des jeunes. Nous voulions aussi une réelle mise à égalité entre les habitants de longue date et les plus récents. Autant nous sommes prêts à nous positionner sur la manière dont est faite la réhabilitation du quartier, autant je ne m’engagerai pas à ‘’faire dire des choses’’ aux habitants (se prononçant pour ou contre la façon dont est faite la réhabilitation)  interrogés”.

    L’exposition se termine le 20 décembre, pouvez vous aujourd’hui parler de la fréquentation de l’exposition ?


“Nous avons reçu une centaine de personnes le jour du vernissage, 480 adhérents de la MJC ont vu l’expo. Les scolaires viennent régulièrement voir, lire et écouter les témoignages. Bien sûr nous accueillons avec plaisir les visiteurs et sommes présents pour répondre aux questions, discuter des enjeux urbains que représente la réhabilitation du quartier de La Duchère”
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Avis aux étudiants, habitants, lyonnais, promeneurs en tous genre, l’exposition qui se tient en ce moment à La Duchère vaut le détour : des Grands Ensembles au Grand Projet de Ville, la colline de la Duchère a profondément changé de visage. La réalisation d’une “cité nouvelle” par l’architecte François-Régis Cottin surprend plus d’un Lyonnais. On s’étonne de ces nouveaux “gratte ciels” et on craint la conception des logements dans les barres, ces “cages à poule”.  Aujourd’hui, en 2010 un nouveau projet sort de terre.

Extrait d’un texte apparaissant dans l’exposition :

« Le quartier a toujours été sur lui même, en autarcie. On voit bien, en 1995 quand ça a explosé… La Duchère n’a jamais été un quartier de Lyon, c’était la banlieue lyonnaise. Tout ce qu’on ne connaît pas fait peur et puis voilà on a cultivé cette différence, c’est ça aussi. Tous ceux qui étaient mauvais en ville montaient à La Duchère, c’était plus un camp disciplinaire. Il a fallu qu’on vive avec cette différence et voilà on l’a cultivée, à outrance peut être. Il ne faut pas qu’on soit pareil parce que le jour où on va entrer dans la normalité, on existera moins. 
» Jardinier de la ville de Lyon, travaille à La Duchère.

*Elles sont programmées le 21novembre et le 19décembre à 15h, point de rendez vous de la balade : tour panoramique de La Duchère.

Laura Tangre

La rédaction

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