Il n’est pas bon d’être étranger par ces temps qui courent. Après une étonnante perquisition à emmaüs à Marseille, zoom sur une chasse aux chômeurs sans-papier bien ouverte. Une conseillère assedic (pôle emploi aujourd’hui) nous livre son expérience.

Nous entrons de suite dans le vif du sujet. Ma première question est, certes, directe mais essentielle :  “Comment contrôlez-vous les chômeurs étrangers ? ” – “Eh bien, avec un détecteur de fausses pièces d’identité installé dans nos bureaux et visible par le demandeur” me répond-elle. En effet, pour instruire une ouverture de droits, une pièce d’identité en cours de validité doit être présentée ainsi que les documents liés au travail. Et lorsqu’une pièce non valide est repérée, une procédure de signalement est mise en route. “Le conseiller ne doit rien dire à la personne, tout se fait à son insu. Il transmet la copie du titre de résidence au service des fraudes de l’assedic qui contactera la Police de l’Air et des Frontières”.

Elle se rappelle même d’un collègue qui, appliquant la procédure, a permis l’arrestation d’un étranger qui fut menotté à sa sortie de l’Anpe. Face à cette pratique, cette professionnelle n’hésite pas à dire : “moi, je ne me sers pas du détecteur systématiquement et quand je découvre un titre de résidence non valable, j’explique à la personne qu’il vaut mieux pour elle qu’elle s’en aille”. Le travail des agents est pourtant lui-même extrêmement contrôlé, le moindre contact informatique sur tel ou tel dossier, les appels téléphoniques… Malgré cela, elle souligne justement :  “je suis conseillère, pas policier!”. Cette prise de position serait partagée par la plupart de ses collègues.

La conseillère revient sur la très forte contestation et les grèves du personnel, refusant d’appliquer le décret du 11 mai 2007 de la loi Sarkozy sur l’immigration, prévoyant la consigne pour l’Anpe et l’Assedic de transmettre systématiquement aux préfectures la copie du titre de séjour et de travail des demandeurs d’emploi étrangers pour vérification. Pour les syndicats, il s’agissait d’ “une chasse aux étrangers “, d’ « une nouvelle mission d’auxiliaire de police », de « contrôle qui prend le pas sur le conseil ». Finalement l’Unedic, dont le conseil d’administration est composé de représentants du patronat et de salariés, s’y oppose à l’unanimité, seule l’Anpe n’y échappe pas.

 

Depuis la fusion des deux organismes, une crainte se profile. Les réticences des agents Assedic risquent de sauter car la fusion se fait aussi dans les procédures. Le système de contrôle de l’Anpe est bien en place et “comme cela a été bien pensé” les partenaires sociaux sont minoritaires au sein du conseil d’administration du tout nouveau Pôle Emploi.

Fouzia Othman

La rédaction

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