Ce jeudi 8 mars est la journée internationale des droits des femmes. Une occasion propice pour dresser un bilan sur la situation des femmes à travers le monde. Les groupes et associations de militant·e·s font entendre leur voix et leurs revendications, pour fêter les victoires et continuer la lutte.  Pour commémorer cette journée, la rédaction du LBB a décidé de mettre en lumière deux femmes qui luttent et œuvrent socialement dans des domaines très différents, par le biais de leur association.

 

Julie Le Gaillard : « Je pense que cette journée c’est juste un prétexte»

©JulieLeGaillard

D’origine nancéenne, la boxeuse âgée de 28 ans aujourd’hui a enfilé ses premiers gants de boxe à l’âge de 15 ans et fait ses gammes dans le club de Dombasle Boxe. Un club dans lequel elle a pu découvrir le monde associatif et social : « Quand j’ai commencé la boxe, je n’étais pas dans une optique de compétition, c’était vraiment pour m’imprégner au projet du club qui était de travailler avec un public plutôt social ». Passée au rang amateur en 2011, elle a fini par susciter l’intérêt de l’équipe de France seulement deux ans plus tard : « et c’est là que tout s’est enchaîné, j’ai commencé à faire des compétitions de plus en plus importantes ». Julie Le Gaillard, accumule deux titres de championne de France en 2015 et 2016, et une demi-finale en 2014. Cette épopée a malheureusement pris du plomb dans l’aile à la suite d’une grave blessure au genou. La championne a été contrainte de s’éloigner des cordes pendant près de deux ans : « Quand j’ai appris que j’allais être opérée et qu’il fallait que j’aie minimum 6 à 8 mois de rééducation derrière, je me suis posée beaucoup de questions, je me demandais ce que j’allais bien faire pendant cette longue période de rééducation, j’avais l’impression que ça allait être très dur à gérer ». Après la blessure vint le moment de panser les maux et de chasser les idées noires : un changement de cap s’imposait.

Aujourd’hui c’est une nouvelle vie qui se profile pour Julie dans la capitale des Gaules : « Ça s’est décidé sur un coup de tête ». Avec la boxe toujours dans un coin de sa tête, Julie se consacre à la reprise de ses études et à l’obtention de ses diplômes d’entraîneuse : « Le fait que je sois dans une autre ville, que je reprenne une formation ça m’a beaucoup aidé à surmonter tout ça ». Mais difficile pour une championne de ne pas céder à l’appel du ring. Cette frustration, Julie la comble en passant de l’autre côté des cordes et en organisant divers ateliers sur le thème de la boxe : « On a déjà fait des interventions régulièrement dans des clubs sportifs à Lyon, mais ce jeudi 8 à l’occasion de la journée des droits des femmes, j’ai décidé d’organiser un atelier de boxe exclusivement féminin. J’ai rattaché à ce projet Anaelle Angerville, championne de Muaythaï car on est plusieurs boxeuses de la région lyonnaise à vouloir mettre en valeur la vitrine de la boxe féminine ». La reconversion dans le domaine associatif devient alors naturelle pour la Lorraine qui a notamment monté sa propre association « Noble art de vie » lorsqu’elle évoluait à Dombasle. Une association qui prône la boxe pour tou·te·s où elle intervient dans les clubs sportifs, dans les structures d’hébergement sociaux, dans le milieu carcéral.

Dans son atelier prévu ce jeudi au gymnase de la Fraternité, Julie compte faire passer le message aux femmes que la boxe féminine doit s’imposer davantage pour être reconnue comme son homologue masculin. Car même si elle sort de l’ombre l’espace des Jeux Olympiques, cela reste une façade. Son sentiment concernant cette journée du 8 mars ? « Je pense que cette journée c’est juste un prétexte, faudrait davantage que cela coule de source au quotidien, que les femmes aient les mêmes droits, qu’elles aient les mêmes prétentions salariales par exemple, qu’elles soient au même niveau que les hommes tout simplement que ce soit au niveau professionnel, sportif et autre. Les femmes sont encore loin d’être les égales des hommes et je trouve cela bien dommage ».

 

Marion Athiel : « Tant qu’on ne travaillera pas en profondeur avec la jeune génération, on n’arrivera pas à faire changer les choses. »

©MarionAthiel

Marion Athiel est militante du planning familial du Rhône œuvre depuis maintenant 15 ans auprès du collectif de défense de l’IVG. Féministe et d’éducation populaire, c’est ainsi que s’affirme Le Planning Familial. Car avant tout informer et inculquer doit se faire à la source et ce, dès le plus jeune âge. Ce besoin d’engagement, Marion le définit par le désir d’apporter sa contribution dans le combat sur l’égalité entre les hommes et les femmes : « Je recherchais une association qui travaille ou qui œuvre sur l’égalité et sur la question des droits des femmes et ce que j’ai trouvé super intéressant au planning familial c’est qu’en fait on allie à la fois les revendications sociétales et politiques ». Défendre le droit à la contraception, à l’avortement, à l’éducation et à la sexualité, dénoncer et combattre toutes les formes de violences, lutter contre le SIDA et les IST, contre toutes les formes de discrimination et contre les inégalités sociales, c’est là tout le militantisme du planning familial. Un militantisme rendu possible par les bénévoles : « Les raisons qui poussent nos bénévoles à s’engager peuvent être très diversifiées. Nos dernières bénévoles par exemple sont venues car elles avaient ce besoin d’engagement. Elles nous disaient qu’elles en avaient marre d’être derrière un ordinateur et qu’elles voulaient simplement réagir et faire quelque chose de pratique et d’important ».

Sur l’année 2016 ce sont près de huit mille personnes qui ont été accueillies au centre et plus de sept mille cinq cents par entretien téléphonique : « On est sur une très grosse majorité de femmes puisqu’on est à quasi 95% des femmes. Globalement sur la grosse majorité des personnes on a 50% des 18-24 ans et 27% de 25-39 ans ». Si les hommes ne sont que si peu représentés dans ces chiffres, c’est tout simplement que le taux de violences chez les hommes est extrêmement rare. À titre de comparaison, en 2016, 29 hommes sont décédés à la suite de violence conjugales représentant un décès tous les 17 jours alors que c’est une femme tous les 3 jours qui succombe sous les coups : « On est sur des ampleurs qui ne sont pas les mêmes. Pour les hommes c’est encore mal vu et tellement peu connu qu’un homme qui va dénoncer par exemple avoir subi un viol, va batailler beaucoup plus pour le faire reconnaître car dans les mentalités ce n’est pas possible qu’un homme puisse être maltraité à ce point par une femme. Les mentalités sont habituées à l’inverse ».

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, Marion Athiel s’accorde à dire que la lutte pour l’égalité doit s’accentuer, que la parole de la femme soit libérée et qu’on ait une vraie prise de conscience concernant le travail dès le plus jeune âge sur l’éducation des stéréotypes de genre.

 

Cette journée du 8 mars est non seulement la représentation symbolique et physique de la lutte pour le droit des femmes mais aussi accroit et révèle son importance et sa nécessité à travers les mouvements #Metoo qui ont suivi les scandales comme l’affaire Weinstein. Preuve que la lutte pour le droit des femmes est loin d’être terminée et qu’elle ne se réduit plus à un seul jour dans le calendrier de la République française.