Les 9 et 10 juin dernier, le Lyon BD Festival mettait en lumière plus de 250 auteurs dans tous les quartiers de la capitale des Gaules. Jusqu’à la fin du mois, de nombreux lieux continuent d’inaugurer l’événement et proposent aux artistes de venir exposer leurs œuvres. Le Lyon Bondy Blog a rencontré l’un d’eux à la galerie Superposition. Nommé J.Personne, le jeune dessinateur explique son travail dont notamment sa dernière BD, constituée uniquement d’illustrations.  

Depuis les années 1950 et la création des éditions Lug, Lyon fait partie des villes françaises considérées comme un support d’expression pour les auteurs de bandes dessinées. Alors que le Lyon BD festival s’est achevé il y a quelques semaines, de nombreux événements off, en lien avec le comics book, continuent d’envahir la capitale des Gaules. Jusqu’au 30 juin, les artistes du 9ème art sont invités à s’exprimer dans les musées mais aussi sur les scènes des opéras et des théâtres, au sein même des équipements urbains de la ville. Plusieurs spectacles, expositions, et performances viennent alors s’intégrer au tissu culturel de la métropole. Pour sa 13ème édition, le festival regroupe 170 événements à travers une cinquantaine de lieux.

Superposition met à l’honneur la BD pour la première fois

Le Lyon Bondy Blog s’est rendu dans l’une des nombreuses galeries d’art qui expose, le temps d’une semaine, les ouvrages de plusieurs artistes de BD. Située à deux pas de la gare Perrache, dans le deuxième arrondissement de Lyon, Superposition est une association chargée de la promotion des cultures urbaines. Lancée il y a seulement deux ans, la galerie ne cesse de se développer et de s’ouvrir à de nouveaux événements. La rédaction du LBB s’est s’entretenue avec Orbiane Wolff, la directrice de l’association : ” Superposition a récemment changé d’emplacement. Ce nouveau lieu, baptisé le Sitio, est beaucoup plus spacieux que l’ancien. Nous couvrons désormais une multitude d’événements comme des conférences, du théâtre, des expositions mais aussi des animations « hors les murs » tel que l’Urban Art Jungle Festival. Auparavant, nous nous consacrions uniquement au street art “, informe cette dernière, qui souhaite rendre l’art urbain accessible à tous.

Le Sitio cherche également à mettre en avant des artistes émergents et locaux, qui font leur premier solo show. « Au-delà de leur proposer des expos, nous accompagnons nos artistes. On les aide par exemple à trouver un boulot », évoque la jeune femme avant de poursuivre : « Cette année, nous avons fait notre premier partenariat avec le Lyon BD Festival. La collaboration s’est faite naturellement puisqu’un certain nombre d’artistes avec qui nous travaillons touche au comics et à la BD. » Pendant une semaine, la bande dessinée était donc à l’honneur avec notamment des ateliers de sketching ou encore de graff. Plus qu’une simple visite, des permanences avec les auteurs eux-mêmes ont également permis au public d’échanger avec ces jeunes artistes afin de comprendre leur travail. Le Lyon Bondy Blog a alors interrogé l’un d’entres eux. Nommé J.Personne, ce nouveau lyonnais a édité sa première BD en 2015 avant de sortir en début d’année un livre d’illustrations en noir et blanc.

Une bande dessinée constituée uniquement d’images

J.Personne, de son vrai nom Martin Decayeux, a déjà effectué plusieurs collaborations avec Superposition, galerie où il a d’ailleurs été signé. Âgée de 28 ans et originaire de Normandie, le jeune homme vit à Lyon depuis un peu plus d’un an. Sa toute première BD, intitulée Junior a été éditée en 2015 par l’édition Les Enfants Rouges. La bande dessinée, à l’univers sombre, voire presque glauque a remporté un large succès dont n’espérait pas l’auteur. Néanmoins, après sa sortie, J.Personne a souhaité s’échapper du genre traditionnel, quelles qu’en soient les difficultés. « Après ma BD, j’ai un peu galéré à être réédité tout de suite. J’envoyais des projets par mail qui étaient refusés. De plus, j’ai commencé à évoluer graphiquement et je trouvais ça dommage que personne ne puisse voir mes œuvres. J’ai alors eu l’idée de me nourrir des réseaux sociaux pour me rendre visible ; comme la plupart des gens en 2018. Sans surprise, cela a bien pris, ça continue même toujours », s’enchante Martin, qui compte à ce jour 8 000 abonnées sur Instagram et une communauté de 1 500 personnes sur Facebook.

Le dernier livre de l’artiste remonte à janvier dernier. Intitulé BD en une case, l’artiste a choisi de réaliser sur chacune des pages un dessin en noir et blanc, sans texte ni écriture afin de stimuler l’imagination du lecteur. « J’aime me dire qu’il est possible de raconter une histoire qu’avec une seule image », confie le jeune Normand. Le livre d’illustrations a également d’autres particularités assez spécifiques, bien que légères pour l’œil inconnu du lecteur. Tous les dessins sont réalisés sur une tablette numérique et respectent le format carré des premières photos d’Instagram. J.Personne s’est également « imposé un code graphique assez simple avec un style entièrement black & white, né d’un séjour sur l’île de la Réunion ». Selon lui, le noir et blanc permet d’avoir une patte reconnaissable, tout en restant dans un style uni, qui lie chacun de ses dessins. « Il y a une multitude d’autres raisons pour expliquer ce choix. Je trouve que ces deux teintes opposées dégagent un sentiment fort, comme pour une photo. Surtout que mes dessins sont délicats, je peux donc explorer pleins d’idées. C’est aussi un style assez rapide à travailler. Je n’avais pas envie de me prendre la tête avec des couleurs, d’autant plus que je ne suis pas très bon dans ce domaine », avoue-t-il.

« J’ai toujours mille projets sur le feu »

Chacun des dessins de l’artiste est classé par ordre chronologique. Le jeune homme détaille : « Au tout début du livre, l’univers marin est très présent. On retrouve de nombreuses illustrations de poissons, inspirées de mon voyage à la Réunion alors qu’ensuite, un monde majoritairement citadin prend le dessus, avec des dessins plus intenses de la ville ». Le dessinateur ne se bride pas à un seul sujet. Pour lui, son style suffit à lui apporter une cohérence entre chacun des dessins, même s’il admet que la touche humoristique des images est souvent similaire. J.Personne joue aussi régulièrement avec un côté paradoxal qu’il tire notamment des peintures du surréaliste belge Magritte. « Les différents éléments que l’on perçoit dans mes dessins sont souvent référencés à plusieurs artistes renommés. L’aspect du noir et blanc, assez bourrin est directement rattaché à l’auteur américain Frank Miller mais aussi à Bastien Vivès. Les graphismes, quant à eux, peuvent évoquer certains mangas de Naoki Urasawa ou encore Ōtomo. Et évidemment, Ernest Pignon-Ernest est ma référence en matière de street art », s’éxclame-t-il, bien qu’il reconnaît aussi s’inspirer d’artistes en tout genre sur Instagram.

Martin Decayeux a aujourd’hui déjà vendu environ 300 exemplaires de son livre BD en une case. Le jeune homme, qui vit désormais uniquement de ses créations, continue à écouler son stock lors d’expositions collectives mais aussi tous les dimanches matin au marché de la création, sur les quais de Saône. « Ça me fait un peu d’argent et pas mal de pub », souligne Martin, qui vend son ouvrage au prix de 25€. Il propose également ses dessins en tirage papier ou en grand format “dibond”, pour permettre de gagner en compréhension et d’offrir au spectateur, un vrai rendu artistique. Toujours l’esprit en ébullition, J.Personne réfléchit déjà à ses futurs projets : « Je souhaite vraiment continuer mes illustrations en noir et blanc. J’en poste régulièrement sur les réseaux sociaux mais j’en ai aussi toujours en rab. J’ai déjà une centaine d’idées pour mes prochains dessins, toutes répertoriées dans un document. Après, je ne suis absolument pas fermé à la couleur, ma première BD en l’occurrence l’était, tout dépend du scénario. En outre, je remets un pied dans la bande dessinée. Je vais prochainement être édité chez Delcourt pour travailler au scénario avec une dessinatrice lyonnaise. J’ai toujours mille projets sur le feu, mais ça m’éclate », réplique l’artiste.

Avec un style bien personnel, J.Personne commence tout doucement à se faire une place au sein du 9ème art. Néanmoins, l’artiste compte bien sortir des sentiers battus et envisage également de créer des jeux de société.