Depuis des années, le milieu sportif est victime de nombreuses affaires de violences sexuelles. Le Lyon Bondy Blog a rencontré Roxana Maracineanu, l’actuelle Ministre déléguée chargée des Sports. Lors d’une interview, elle présente ses ambitions sportives et les dispositifs mis en place pour libérer la parole des victimes (interview réalisée le 24 juillet 2020).

Roxana Maracineanu, Ministre déléguée chargée des Sports. Crédit photo : Ministère des Sports.

 

Depuis 2006, le code du sport français punit les violences sportives : jusqu’à 15 000 € d’amende et 5 ans de prison.Selon l’article 212-9 du Code du sport, une personne condamnée pour un crime ou un délit à caractère sexuel ne peut entraîner des athlètes ou encadrer une activité sportive. Pourquoi ne pas proposer une loi autorisant la condamnation de faits de violences sexuelles sans prescription possible ?

Cette loi existe : dès que les faits sont avérés et connus et que les gens viennent en parler, des enquêtes sont ouvertes. Lorsque les personnes et leurs actes sont condamnables, ces personnes n’ont plus la possibilité d’exercer. Leur carte d’éducateur sportif, s’ils en ont une, leur est retiré. Ces personnes sont aussi inscrites sur le fichier FIJAIS (fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes) où l’on mentionne le fait qu’il ou elle a été condamné(e) à condition que la condamnation soit de plus de cinq ans. Cette inscription au FIJAIS dépend aussi de la volonté du juge d’inscrire quelqu’un ou non.

Ce logiciel est l’outil que nous pouvons utiliser afin de pouvoir vérifier lorsqu’un éducateur se présente dans une association sportive. Nous sommes dans l’obligation de lui demander son diplôme, sa carte professionnelle et lorsqu’il en a une, nous sommes en capacité de vérifier son casier FIJAIS. Nous vérifions donc si la carte est une vraie ou non et si depuis que la personne a eu sa carte, il n’y a pas eu d’inscription au fichier FIJAIS.

Le problème dans le domaine du sport, c’est que tout le monde n’exerce pas avec une carte professionnelle. Il y a donc couramment des personnes bénévoles et des parents d’autres enfants en contact avec des enfants. C’est contre ces usages qu’aujourd’hui on se positionne en disant : toutes les personnes de vos associations en contact avec des enfants doivent être déclarées. Nous allons contrôler leur honorabilité et leur inscription ou non au fichier FIJAIS afin de faire un retour si oui ou non ces personnes doivent s’éloigner des enfants.

 

Hier l’Équipe a consacré trois pages au harcèlement dans le milieu sportif. Une page est l’interview de Meriem Salmi, psychologue de nombreux champions français dont Teddy Riner et responsable du suivi national à l’INSEP. Elle s’intéresse aux comportements des entraineurs sportifs et remarque que certains entraineurs peuvent reproduire sur les autres ce qu’ils ont eux-mêmes vécus et souvent à leur insu. Allez-vous mettre en place une analyse psychologique par plusieurs psychologues pour tous les acteurs sportifs français ?

Nous allons travailler sur la formation des éducateurs sportifs et sur la formation continue de ceux étant déjà en postes pour les sensibiliser à cette thématique. Mais aussi pour les faire réfléchir sur leurs pratiques actuelles.

En effet, lorsque la parole s’est libérée sur les violences sexuelles, elle s’est aussi libérée sur les violences morales qu’ont subies certains sportifs et sportives durant leur carrière. Cela pouvait être des paroles ou des gestes déplacés pourtant légitimés par l’entourage que ce soit les collègues d’entrainement, les parents dans les gradins ou les autres bénévoles en place. Les violences subies par ces sportives et sportifs ont eu des effets néfastes dans leur vie d’adultes.

Nous voulons expliquer, que ce soit par de la communication grand public et des contenus d’informations accessibles aux éducateurs, ce qu’il est possible de faire ou non et de dire ou ne pas dire à des enfants. Nous voulons aussi mettre en évidence des comportements qui peuvent paraître classiques dans le milieu sportif mais qui ne le sont pas. Comme par exemple, la pesée des athlètes en public qui peut paraître normale pour des entraineurs mais qui peut être mal vécue par des sportives et sportifs. Cela pourrait très bien se passer autrement : nous pourrions faire un suivi individuel de son poids et le donner à son entraineur puis en discuter avec lui en tête à tête avec lui. Cela parait anodin mais ce sont des choses qui, s’additionnant aux autres, peuvent s’avérer discriminantes pour intégrer tel stage ou telle sélection.

 

Il est vrai que l’on parle beaucoup des violences sexuelles entre un entraineur et son/ses élèves mais il existe aussi d’autres types de violences sexuelles. Vous avez aussi confié à Closer mag que « Parmi tous les témoignages, la moitié concerne des faits qui se déroulent dans le cadre familial ». Comment faire pour résoudre tous les types de violences sexuelles sportives ?

Nous voulons être l’endroit et le tiers lieu dans lequel la parole peut se libérer. Nous voulons que les problèmes relevés, qu’ils soient anciens ou plus récents, servent à dire : plus jamais ça dans le sport. Pouvoir positionner le sport comme l’endroit où l’on peut raconter ce qu’il se passe à la maison et qu’on ne peut pas dire ailleurs.

Grâce aux douches et aux vestiaires, nous pouvons ainsi repérer sur le corps de l’enfant les marques de violences physiques. Nous pouvons également instaurer un programme d’aisance aquatique dès l’âge de trois ans à l’école afin de savoir le plus tôt possible s’il y a des violences faites ou non aux enfants.

 

Selon Romain Molina, journaliste sportif d’investigation luttant contre l’injustice et les violences sportives, « La plupart des scandales pédophiles que ce soit en France ou dans le monde, cela concerne généralement des personnes importantes ».Vous avez expliqué vouloir mobiliser les fédérations sportives ainsi que leurs acteurs mais s’il s’agit eux-mêmes de prédateurs, la libération de la parole ne pourra se faire. Comment résoudre ce problème ?

Je pense qu’il faut inverser le problème : c’est dans la presse parce que ce sont des personnes connues. En revanche, toutes les violences sexuelles concernent tout le monde dans la vie classique mais on en fait moins d’articles dans la presse. Aujourd’hui, toutes les personnes hautes placées dans les instances fédérales et associatives sportives, nous contrôlerons leur honorabilité. Les présidents, trésoriers et secrétaires généraux des associations seront systématiquement contrôlés. De même que pour les dirigeants des fédérations dès qu’ils se proposent à une élection pour être élus. Concernant les cadres et fonctionnaires d’État, qui sont la plupart du temps des entraineurs connus et reconnus, ils seront également contrôlés alors qu’avant ils pouvaient exercer sans carte professionnelle.

Cependant, on ne peut pas savoir si les sportifs de renom, qui se sont positionnés pour porter le message pour lesquels on les a sollicités, sont eux-mêmes mis en cause. J’imagine que quelqu’un qui a été mis en cause ou qui ne se sent pas à l’aise avec ce message-là, ne viendra pas participer à la campagne de communication car il se mettrait trop en danger. Pour l’instant, nous avons eu deux campagnes de communication avec une vingtaine de sportifs disant que les violences dans le sport ce n’est bien. La plupart sont des personnes qui ont entendu parler de cette thématique de près ou de loin et qui ont compris l’importance de celle-ci dans le milieu sportif.

Au travers de ce qu’il s’est passé dans la presse et la libération de cette parole, beaucoup de personnes qu’elles soient connues ou anonymes se permettent de dire ce qu’il se passe. Aujourd’hui, nous en sommes à plus de 200 cas anciens ou plus récents qui sont venus se manifester auprès du Ministère des Sports et de nos services déconcentrés. Il s’agit de toute la face immergée de l’iceberg dont on a vu une partie dans les médias mais qui a libéré la parole et que notre ministère gère depuis.