Grégory Doucet, tête de liste des écologistes sur Lyon et en course à la mairie du 3ème arrondissement, a été interviewé par le Lyon Bondy Blog. Avec des intentions de vote les plaçant en haut des sondages, les listes écologistes sont en position favorable pour prendre place dans le paysage politique lyonnais.  Travailleur humanitaire, il nous confie sa vision de Lyon en tant que ville verte et sociale.

Partie 1 à retrouver ici.

Pour le logement et les demandes de créations immobilières, comment répondre à la transition écologique ?

Vous savez, c’est le maire qui délivre les permis de construire. On va donc regarder ce que propose le privé. De plus , nous avons la possibilité d’imposer un cahier des charges pour les nouvelles constructions. Il ne faut pas simplement l’imposer, il faut s’assurer qu’il soit mis en œuvre. Il arrive fréquemment que certaines exigences notamment en matière de végétalisation ne soient que partiellement respectées. On a besoin d’avoir des services municipaux qui soient en situation de pouvoir contrôler les engagements pris par les promoteurs. Je ne fais pas de procès d’intention aux promoteurs. Je dis simplement : « vous vous engagez, vous devez être contrôlé ».

Et par rapport aux logements existants, avez-vous prévu de faire quelque chose ?

Il y a déjà un programme au niveau de la Métropole qui s’appelle Écoréno’v et qui donne de bons résultats. Pour ce sujet-là, c’est mon ami Bruno Bernard qu’il faudrait interroger. On souhaite investir massivement pour aider les particuliers et les copropriétés. Ce sont des rénovations difficiles car beaucoup de contraintes existent. Pour le bâtiment public, il y a un gros travail. Je vous parlais des écoles avec la débitumassions. Mais il y a aussi la question des isolations thermiques. La rénovation touche aussi la question de l’accessibilité pour les parents et enfants handicapés. Elles toucheront aussi les aménagements des salles pour correspondre au besoin de ce que devrait être une école aujourd’hui. Une partie de périscolaire se fait au sein des écoles, et cela nécessite des aménagements que l’on doit intégrer au sein de la rénovation des écoles. Tout cela ira de pair avec la construction de nouveaux établissements scolaires. On a établi un budget de 230 millions d’euros pour le mener à bien.
Sur le reste des bâtiments, nous sommes en train de finaliser le budget, mais ce seraient plusieurs centaines de millions d’euros, qu’il faudra investir sur la mandature, pour la rénovation thermique des bâtiments.

Comment le finance-t-on ?

La situation financière actuelle de Lyon est saine, du moins de ce que l’on en sait. Le niveau d’endettement de la ville est faible. On a même une capacité d’autofinancement qui est importante. Nous souhaitons l’utiliser. Nous avons déjà travaillé sur notre Plan pluriannuel d’Investissement, c’est-à-dire l’ensemble des investissements qui seront présents sur la mandature. Nous avons chiffré cela entre 900 millions et un milliard d’euros. Le plan précédent était entre 600 et 650 millions d’euros, donc on augmente la capacité d’investissement.
Pourquoi l’augmenter ? Comme je le disais précédemment, nous avons 10 ans pour agir. C’est donc maintenant qu’il faut investir pour que demain nous fassions des économies d’énergie, qu’il y ait moins de pollutions et pour qu’on soit une ville plus rafraichie.

Il faut agir maintenant, et grâce à la situation financière saine de la ville, nous n’avons pas besoin d’augmenter les impôts. Il faut réorienter un certain nombre de dépenses et accroître l’endettement de la ville. Quand vous achetez votre maison et que vous vous endettez sur 25 ans, vous faites un crédit et vous allez bénéficier de votre maison pendant ce temps-là. Là, c’est la même logique, on veut les investissements maintenant pour que cela bénéficie aux Lyonnais le plus tôt possible.

Pour vous, quelle place ont les questions sociales face aux impératifs écologiques ?

Je ne dissocie pas les questions environnementales des questions sociales. L’écologie c’est la prise en compte de l’environnement et du social. L’écologie c’est la défense des biens communs. Cette expression parle d’elle-même, les questions sociales y sont naturellement incluses. Ces dernières semaines, j’ai été manifester pour la défense des retraites avec d’autres organisations politiques et syndicales au nom d’EELV. Le projet des écologistes est par nature de redistribuer les ressources et les richesses. C’est l’accaparement des richesses et des ressources et notre modèle basé sur la compétition entre tous qui nous met dos au mur. Je défends un modèle de société basé sur la coopération. Je ne dis pas qu’il ne peut pas y avoir un peu d’émulation dans certains domaines, je ne dis pas qu’il faut passer à un régime communiste. Qu’il y ait une dose de compétition sur certains domaines cela me va, mais pas sur le commun et pas sur tout. Ce qui domine comme système doit être la coopération.

Sans vouloir faire du naturalisme caricatural, les scientifiques ont pu établir que 80% des relations au sein du vivant étain de nature coopérative. La compétition au sein du vivant n’est pas la norme, c’est la coopération. On ne fait pas exception. Les êtres humains sont sociaux et ont besoin des autres. C’est notre différence avec les soi-disant écologistes qui viennent de se repeindre en vert lors de ces élections, ils vous vendent de l’économie verte. Ils vous disent que l’on va passer du moteur thermique au moteur à hydrogène. La solution n’est pas que là, elle est aussi dans la manière de construire nos relations au sein de la société.

De changer de système ?

Oui, mais ça ne va pas se faire en un clin d’œil, le mythe du grand soir, ça ne fonctionne pas. C’est une question de nature intrinsèque. Les grands soirs ce sont des catastrophes. Moi je ne veux pas créer de catastrophe, je veux faire rentrer les gens en transitions. C’est-à-dire amener, petit à petit, à revoir les interactions entre les gens, l’organisation de la vie. Et ça vous pouvez le décliner sur les questions de logements, de mobilités …

Justement par rapport aux logements, les loyers ont considérablement augmenté à Lyon les classes populaires ont de plus en plus de mal à trouver des logements, qu’est-ce qu’il pourrait être fait ?

On fera appel aux dispositions légales qui existent. On peut mettre en place un dispositif d’encadrement des loyers. La loi le permet et nous comptons le faire. De la même façon, la ville a un droit de préemption, elle a son mot à dire quand un logement doit changer de nature. Prenez la Rue de la République, il n’y a plus beaucoup de gens qui y habitent. Il y a beaucoup de bureaux. On a laissé complètement filer les changements de nature, sans chercher à les maitriser. Maintenant, nous avons beaucoup de bâtiments qui ont vu leur nature être transformée sans que l’on se soit posé la question de l’équilibre et du sens que cela pouvait avoir par rapport à l’organisation globale de la ville. Quand vous videz certains quartiers de ses habitants, vous créez du flux, de la mobilité inutilement. La ville peut agir sur la nature des bâtiments. Il faut reprendre ce levier en main.

Et pour la question des logements vacants, êtes-vous pour la réquisition ?

Pour moi, dans certaines situations d’urgences, cela l’exige. Bien qu’il n’y ait pas de recensement officiel, nous estimons qu’il y a 350 enfants qui seraient sans toit à l’échelle de Lyon. Et 800 au niveau de la Métropole, en attendant une évaluation plus précise. Ce sont des enfants scolarisés, mais qui pourtant sont sans domiciles. Beaucoup de ces enfants passent la nuit au chaud grâce à la mobilisation des parents, des enseignants, des écoles, qui leur permettent de loger dans le gymnase ou chez eux. C’est la solidarité qui fait en sorte que ces enfants ne soient pas à la rue. Vous ne trouvez pas que c’est une urgence ça ? C’est impensable de l’accepter. On est à Lyon ! Nous ne sommes pas dans une ville sans moyen, sans bâtiments. S’il faut en arriver à la réquisition, on en y viendra, mais il y a aussi d’autres leviers que l’on peut actionner. La ville a du foncier. Il y a des bâtiments qui sont voués à être détruits ou transformés, ils peuvent servir temporairement de solution d’hébergement d’urgence pour certaines familles.

Il y a une vraie crise de l’accueil en France, et Lyon ne fait pas exception. Nous avons comme maire l’ancien ministre de l’Intérieur qui a fait voter la loi Asile et Immigration, qui n’était pas la loi la plus humaine que l’on ait pu voter ces dernières années, bien au contraire, c’est une loi indigne. Il faut arrêter avec la théorie de l’appel d’air qui est ridicule. Il faut se mettre en capacité d’accueillir les gens dignement. C’est la seule question qui mérite d’être posée. Quand on aura compris que la problématique n’est pas celle d’un appel d’air, mais qu’elle est liée à des problématiques des pays d’origine d’où les gens partent, peut être que l’on pourra retrouver un peu le sens de l’humanité que l’on a beaucoup perdu dans cette ville.

Pour élargir le débat, certaines personnes peuvent être confrontées à de la précarité, que préconisez-vous pour lutter contre ?

On sait que pour beaucoup, une grande partie du budget mensuel contraint est assigné au logement. Il faut donc avoir un regard sur le contrôle des loyers et l’accès au logement au niveau global, en faisant en sorte que vous puissiez vous loger dans la ville sans en y consacrer 90% de votre budget, c’est essentiel pour contrer la précarité de certains publics.

Je vous ai déjà parlé de la gratuité des transports publics pour les revenus des plus modestes afin de permettre aux gens de se déplacer en ville. Il m’importe aussi pour les étudiants de prévoir une carte culture qui rend gratuit l’accès au service culturel afin d’éviter qu’être précaire ne soit synonyme d’être exclue de l’accès à la culture.

Dans le même ordre d’idée et cela se travaillera au niveau du CCAS, il m’importe quand dans les accompagnements aux personnes en difficulté, l’accès à la culture en face parti. On parle souvent d’accès au soin ou à l’emploi, ce qui est nécessaire, mais il faut parler aussi de l’accès à la culture. C’est comme ça que l’on développe le sentiment de faire partie d’un corps social. Quand vous vous percevez vous-même comme quelqu’un qui a simplement besoin de soin ou besoin d’être accompagné pour trouver un emploi, vous perdez un peu confiance. Dans un parcours de vie, on a besoin de redevenir acteur de son histoire. Et la culture est un excellent vecteur pour ça.

Certaines personnes ont pu qualifier la liste écologiste comme étant une liste pour les “bobos”, que leur répondez-vous ?

Je suis très étonné que l’on puisse encore dire que les écologistes soient un parti de bobos, car ils se sont tous mis à faire de l’écologie. C’est bien que l’écologie ne soit pas le panache d’une catégorie sociale. Tout le monde attend de l’écologie dans son quotidien, même les classes populaires. J’ai discuté avec une dame du quartier des États-Unis qui me disait que ces enfants souffraient d’asthmes du fait de la pollution. Elle est consciente de la situation. Ce sont souvent les classes populaires, les plus modestes, qui souffrent du défaut d’écologie. Si vous regardez les grandes barres d’immeubles, elles sont près des voies périphériques. Cela fait partie des endroits où la pollution est la plus forte. J’ai envie de dire, si l’écologie n’était réservée qu’aux bobos, pourquoi ils en font tous aujourd’hui ?

Vous parlez dans votre programme de faire de la ville de Lyon une ville pour les enfants, qu’est-ce que cela veut dire ?

C’est une question de conception de la ville, donc d’aménagement et d’urbanisme. Les villes sont construites par des adultes pour des adultes. Or un pourcentage significatif de ses habitants ne sont pas des adultes, ce sont des enfants qui ont besoin d’un cadre de vie qui leur permettent de se développer, d’apprendre, d’explorer et d’expérimenter. Et c’est impossible actuellement avec une ville contrainte notamment par la prééminence de la voiture. Quels sont les parents qui laissent leurs enfants aller seuls à l’école avant l’âge de 8 ou 9 ans ? Les laisser traverser seul la rue nous semble impossible, parce que la ville est trop dangereuse. C’est quand même hallucinant. On a construit des villes où l’on s’est dit que 30% de sa population n’allait naturellement pas être en sécurité. Je pense qu’il faut revoir ça, et qu’il faut construire une ville à hauteur d’enfant. Je veux qu’ils puissent se déplacer en toute sécurité, qu’ils puissent explorer, qu’ils puissent expérimenter. Je vous parle de contact avec la nature c’est important, cela passe par là l’expérimentation. Tout n’est pas lisse comme nos objets manufacturés, et c’est ce qui permet d’éveiller nos sens. Un enfant en a particulièrement besoin. Il faut construire la ville pour qu’elle ne soit pas normée de toute part et qu’elle ne soit pas un danger permanent pour les enfants. Certaines villes en Espagne ou en Italie ont travaillé dans ce sens-là, mais malheureusement cela a peu été regardé en France. Il me semble que cela est nécessaire aujourd’hui.