Le Lyon Bondy Blog a rencontré Anne Prost lors d’une conférence de presse le 23 juin. Colistière de Yann Cucherat pour « La Force du Rassemblement », ils militent ensemble pour gagner la Mairie du 5ème. Issue de la liste Républicaine d’Etienne Blanc, elle nous explique son ralliement au groupe de Gérard Collomb pour gagner les élections municipales face à EELV et La France Insoumise.

Anne Prost, colistière de Yann Cucherat pour le 5ème arrondissement, 23 juin 2020. Crédits : Inès Mitanne

Vous êtes colistière avec Yann Cucherat pour le 5ème arrondissement. Il fait partie du mouvement « Un temps d’avance » de Gérard Collomb. Etienne Blanc, votre tête de liste, critiquait pourtant sa politique de sur-densification urbaine et ses mandats de longue durée. Quelles idées politiques partagez-vous avec eux ?

« J’ai décidé de travailler avec Yann Cucherat parce que c’est une nouvelle génération politique. Elle a beaucoup appris avec Gérard Collomb, tout comme ce dernier a appris de Raymond Barre. Nous avons fait une campagne bienveillante dans nos quartiers et nous avons eu toutes les occasions de rencontrer ses équipes sur le terrain et de comparer nos projets. Cette alliance a été un peu difficile à accepter car il a fallu laisser tomber certaines convictions mais n’oublions pas que ce sont des élections locales et non pas nationales. La topographie de notre arrondissement est particulière et implique des compromis. Nous avons les mêmes idées concernant le bien-être de nos habitants et les problèmes de mobilité douce. Nous n’avons jamais « cassé » Gérard Collomb. Nous avons seulement dit qu’il était temps pour lui de passer la main aux nouvelles générations. »

C’est aussi un moyen de s’imposer face à LFI et EELV, non ?

« Oui, les Verts n’ont aucun programme sur ce secteur. Ils ont de très bonnes idées mais si vous regardez leur projet il n’y a à aucun moment le mot « Lyon ». Ils parlent pour toutes les villes de France ! Ce sont des dogmes, des convictions qui surfent sur une vague. Nous n’avons jamais vu la tête de liste des Verts sur nos marchés. Nous la voyons que depuis quelques jours et elle ne s’est jamais investie dans nos conseils de quartier ! Alors que nous, nous allons nous impliquer ! Nous avons agi sur le quartier depuis des années. Je suis membre du CA d’un centre social, je suis dans un conseil de quartier, je suis administratrice d’un club d’entrepreneurs… Je suis prête à soutenir tous les acteurs économiques de notre arrondissement. »

Vous avez pourtant un programme assez proche des Verts pour reverdir la ville, qu’est-ce qui va vous permettre de gagner les scrutins ?

« Ce qui va nous permettre de gagner, c’est un travail de pédagogie. Il faut que les gens sachent que si les Verts passent au pouvoir à la Ville de Lyon, on va se retrouver dans la même configuration que Grenoble. Une boutique sur deux ferme, des caméras de télésurveillance sont démontées donc il y a un problème de sécurité… Les habitants de Grenoble sont ravis car la ville est plate et ils ont la chance d’habiter dans le centre-ville mais ceux qui y travaillent seulement se retrouvent dans des bouchons énormes ! C’est une “boboïsation” du centre de Grenoble mais pas une solution économique. Nous pouvons tout à fait gagner car nous voulons protéger la ville de Lyon en permettant une relance économique. »

Quel est le problème du programme d’EELV ?

« Il est certain que dans le domaine du tourisme et de l’évènementiel, je suis impactée et concernée (Anne Prost travaille dans le tourisme d’affaires, ndlr). Le tourisme réduit à des visiteurs locaux et régionaux ne va pas permettre à nos grands hôtels et restaurants de fonctionner. Que va-t-on faire des 45 000 emplois dans le tourisme à Lyon ? Des guides touristiques qui n’auront plus de travail ? Pas de personnes étrangères donc pas d’avions ? Parce que les avions polluent ! Les cars aussi ! Il faut trouver le juste équilibre. »

Comment comptez-vous gérer un tourisme national, voire international, combiné à une politique verte ?

« C’est simple. Prenons l’exemple des américains qui exigeaient d’avoir une température de 17°C en plein été dans leur bus. On dira à ces touristes, écologie et protection de l’environnement obligent, qu’on ne mettra pas la climatisation si basse et que les cars seront garés à 10 minutes à pieds du site. Comme à Rome, les cars viendront les déposer et reviendront après avoir attendu sur un parc relais hors de la ville. Les clients se doivent d’être à l’heure. Il faut une concertation et une préservation de nos quartiers, notamment au Vieux Lyon qui a un problème d’équilibre entre vie nocturne et vie touristique. »

Vous comptez fermer certains établissements dans le Vieux Lyon, des boîtes de nuits notamment, que comptez-vous dire à leurs travailleurs et clients ?

« Avec Etienne Blanc, on a parlé à de nombreux habitants qui ont créé des collectifs qui n’en peuvent plus de supporter les discothèques. Le problème, ce n’est pas le bruit des discothèques en soit mais les clients qui sont généralement saouls ou drogués et de fait, très violents. Ils se battent dans les rues et se jettent dans la Saône. Les habitants sont extrêmement choqués. Nous avons lancé une charte nocturne mais elle n’a pas été suffisamment suivie. Il faut la revoir pour qu’elle soit plus catégorique. Il y a un préfet qui donne des ordres de fermeture d’établissement. Il faut faire un sitting pour en obtenir l’ordre ! Je pense qu’il y a un manque de civisme total qu’il faut remettre en place. C’est un gros travail, quel que soit le parti. Il n’y a plus de bienveillance entre les citoyens. »

Vous n’avez pas peur que fermer ces établissements rende le 5èmemoins attractif pour ces jeunes qui vont dans les bars ou les boîtes ?

« Non, ces jeunes vont dans ces établissements parce qu’ils y prennent du plaisir. En général leur fermeture, c’est à une heure du matin. S’ils veulent aller dans les grandes discothèques, ils vont plus loin, dans des zones réservées à leur escient. Les gens qui sortent le soir peuvent comprendre qu’il y ait des habitants dans le coin. Avec Yann Cucherat nous avons prévu une réunion de concertation avec les acteurs de la vie nocturne, de la restauration et les commerçants. Il faut que tout le monde joue le jeu. »

Il y a deux auberges de jeunesse dans le cinquième, les fêtards peuvent aussi être des étrangers : des américains, des irlandais…

« Vous savez, il y a la question du décalage horaire, les américains vont se coucher tôt ! Les gens d’Europe du nord sont bienveillants, il faut les sensibiliser à la charte nocturne et au voisinage. »

Vous parlez beaucoup de bienveillance, de civisme, c’est surtout une question d’éducation.

« L’éducation, c’est ce qui me plait. Je suis une ancienne professeure d’anglais. Ce sont aux parents d’éduquer, puis à l’école. S’ils font des enfants, c’est pour les éduquer. Il faut leur apprendre ce qu’est le civisme, même au plus jeune âge. »

Anne Prost et ses colistiers : (de gauche à droite) Delphine Squinabol, Yann Cucherat, Damien Thiebaut. Crédits : Inès Mitanne

On a évoqué l’insécurité au Vieux Lyon mais qu’en est-il du reste du 5ème arrondissement ?

« Le bruit n’est pas le seul problème. J’ai des témoignages très précis de parcs à drogue, de lieux de cachette dans les boîtes aux lettres, dans les lampadaires… On a des témoins ! Aussi bien dans nos quartiers, on a des gens qui roulent vite la nuit et qui n’ont aucun respect pour les piétons. »

La solution peut-être une police de proximité mais le contexte sociétal est plutôt tendu, surtout entre les jeunes et la police. Comment faire pour que ce soit une police de proximité et pas d’insécurité ?

« La pédagogie ! Être à l’écoute, expliquer pourquoi, faire venir la police dans les écoles. Un enfant peut très bien comprendre en CM1 ce qui se passe. Il faut de l’explication avant la sanction. »

Pensez-vous qu’il faut faire ce travail de pédagogie avec la police également ?

« Alors oui, il y a un vrai travail de pédagogie avec la police. Il faut qu’ils soient suffisamment nombreux pour pouvoir faire un travail de pédagogie. C’est un sujet sensible. »

Le risque en augmentant la police, c’est d’augmenter les tensions non ?

« Je suis désolée mais il y a un manque de respect envers la police en général. Mettez-vous à leur place, c’est compliqué d’accepter les crachats au visage et de garder son sang-froid. Il y a un problème de respect de l’uniforme. Leur rôle est de nous protéger. Sur les réseaux sociaux, on monte en épingle des faits qui ne devraient pas du tout remonter. »

On les voit quand même frapper des vieilles personnes ou des infirmiers…

« Pour moi, c’est un peu truqué, après je n’y étais pas. Je ne sais pas ce qui s’est passé. La solution est encore de faire de la pédagogie. »

Concernant les bibliothèques, vous voulez mettre en place des climatiseurs pour lutter contre la chaleur ?

« Il y a déjà des climatiseurs ! On veut élargir les horaires d’ouverture pour créer des îlots de fraîcheur. La médiathèque est un lien social dans la fraîcheur. Une bibliothèque fermée le dimanche continue d’être fraîche. Idem pour le chauffage qui tourne en hiver ! »

Les climatiseurs restent les plus gros polluants en ville, vous n’avez pas pensé à une meilleure isolation des bâtiments ?

« Bien sûr ! C’est un vaste programme dont Yann Cucherat n’a pas eu le temps de parler. Les établissements scolaires et les structures sportives ont besoin de rénovation. Avant de construire de nouveaux lieux, il faut rénover et mutualiser les anciens. »