Avec 3,19 millions de publications en 2017 grâce au #Lyon, la capitale des Gaules est la deuxième ville de France la plus présente sur Instagram, derrière Paris, qui en compte plus de 57 millions. Lyon a ainsi son petit réseau d’influenceurs sur Instagram. Nous avons rencontré quelques-uns d’entre eux pour partager leur expérience particulière d’Instagram.

 

 

Lancée en octobre 2010 par Kevin Systrom et Michel Mike Krieger, l’application Instagram totalise aujourd’hui plus de 800 millions d’utilisateurs dans le monde. En 2012 Facebook a racheté l’entreprise pour un milliard de dollars. Parmi tous les réseaux sociaux et les applications de partage de photos, Instagram s’est vite imposé.

 

 

La course au followers

 

Le néologisme d’ « influenceur » fait référence aux nouveaux leaders des opinions digitaux. Comme leur surnom l’indique, ils influencent les comportements d’achats, parfois plus efficacement qu’un magazine.

 

Pour avoir cette étiquette d’influenceur sur Instagram, il faut généralement compter plus de 10 000 abonnés. Cela demande un certain travail. « Il faut y être à des heures où tout le monde est chez soi, explique Émilie une instagrameuse cumulant plus de 68 000 followers. Entre midi et deux, ou à partir de 17/18 heures, les gens sont chez eux, ils se posent sur leur téléphone. C’est le moment où il faut poster, faire des photos. Il faut publier plusieurs photos par jour au début. Maintenant, je peux me permettre de n’en poster qu’une seule. Quand ça commençait à prendre un peu d’ampleur, j’en postais au moins six ou sept par jour ».

 

L’échange régulier des commentaires avec d’autres utilisateurs est aussi important. « Petit à petit, en commentant les photos des autres, les autres commentaient mes photos, raconte Clara. Il faut, sinon personne ne vient voir ton compte, à part tes amis ». Autre enjeu crucial pour gagner en visibilité : que les photos soient repostées par des comptes plus suivis. 

 

Les influenceurs sont de vrais businessmen, ou businesswomen. Ils deviennent des personnages médiatiques, contactés par des entreprises et des sponsors. Le taux d’implication des grandes marques sur Instagram est 58 fois plus élevé que sur Facebook et 120 fois plus que sur Twitter. L’engagement des abonnés de l’application préférée des photographes amateurs dépasse tous les autres. De mars à septembre 2017, le nombre d’annonceurs sur Instagram a doublé.

 

Pour les annonceurs, savoir précisément quels sont les instagrameurs les plus influents est devenu chose facile. Minter.io ou Iconosquare apportent par exemple une vision générale sur un compte : mentions « j’aime », commentaires, personnes qui ont vu et republié les photos, tout est analysé. Les annonceurs cherchent également chez les influenceurs la capacité à générer une réaction. Pour que ces réactions se transforment en vente, les annonceurs se servent de l’influence des instagrameurs pour communiquer des codes promotionnels et des placements de produits.

 

 

Échange de bons-procédés entre influenceurs et marques

 

Être « la personne à suivre » ouvre la porte aux offres des annonceurs. Leurs offres sont variables : contrat rémunéré – généralement pour ceux ayant plus de 50 000 followers –, commissions sur des liens commerciaux, ou encore cadeaux des marques en échange de publications des influenceurs avec le produit en question – cela peut commencer à partir de 5 000 abonnés. « On peut appeler ça un petit job, parce que ça rentre vraiment dans le placement de produits. Je commence à les accepter, alors qu’avant je refusais », nous confit Émilie.

 

L’influenceuse est également invitée à participer à des soirées, « pour faire connaître de nouveaux produits ». Elle raconte : « il faut se déplacer à Paris. Il y en a qui ne payent pas forcément les billets de train, il faut faire l’aller-retour dans la journée. Sinon, sur Lyon, on peut faire des partenariats avec des boutiques. Elles veulent que tu essayes les vêtements, que tu te filmes avec. À la fin, tu repars avec ceux que tu veux.  On avait fait une soirée avec trois instagrameuses. C’était l’année dernière, avant le nouvel an. On devait porter trois tenues de fête de la nouvelle collection et on repartait à la fin avec nos tenues. On s’était faites coiffer, maquiller. Les clientes avaient -30 % durant la soirée, on les redirigeait vers les tenues qu’on aimait ».

 

Clara s’est aussi vue offrir des produits. « J’ai eu des partenariats pour des coques de téléphones, pour des petits trucs, dit-elle. J’ai eu du thé, des bijoux, ma montre également ». Elle a notamment participé à la soirée de lancement d’une application pour mobile. Il s’agit alors de médiatiser la marque non seulement grâce à son compte Instagram, mais également par sa présence à des événements. Les demandes des annonceurs peuvent être trop contraignantes, avec beaucoup d’exigences, ou ne correspondent simplement pas à ce que les influenceurs partagent. Ils sont alors libres de refuser la proposition, ce qui arrive régulièrement à Clara et à Émilie.

 

Contrairement à YouTube, Instagram ne rémunère personne. Les influenceurs sont financés par les annonceurs en fonction de leurs publications sur le réseau social. Les usagers de l’application se doivent de redoubler d’efforts en multipliant les post afin d’exister aux yeux des marques, cela pour des gains finalement minimes. Une opportunité professionnelle se profile parfois pour certains, comme Tony, qui s’est fait connaître grâce à ses photos publiées sur Instagram et qui rentre aujourd’hui dans le monde de la photographie professionnelle. L’application est alors un moyen de visibilité tant pour les utilisateurs que pour les marques.

Crédits : Clara Astori, Tony Noel, Émilie Descaillots

 

 

 

 

 

Une autre consommation

Si le but premier d’Instagram est de permettre à chacun de publier une photo, le succès de l’application et l’implication des utilisateurs en ont fait un réseau incontournable pour les marques. Consciemment ou pas, les influenceurs induisent de nouvelles façons de consommer. « Il y a des moments où j’achetais en me disant “ça fera joli sur ma photo” », se souvient Émilie. Pour Clara, « ça incite à consommer. Tu vas voir un manteau que tout le monde a, tu vas te dire qu’il te le faut alors que tu n’en as pas besoin. Moi aussi ça m’a parfois incité à acheter des vêtements. Maintenant, j’ai l’impression que même dans les voyages tout le monde va un peu au même endroit. Ça a un effet de mode ».

Être présent sur les réseaux sociaux est un atout pour les marques. User de l’influence des instagrameurs est devenu un fonds de commerce 2.0.

 

 

La rédaction

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