Un espace dédié aux enfants s’est transformé en « école » autonome dans le 8ème arrondissement, à Mermoz. Le squat « Hôtel Californie » est le fruit d’une longue observation fondée sur les besoins des enfants. Le LBB a participé à des cours afin de comprendre la spécificité de cette approche peu ordinaire.

Le squat Hôtel Californie existe depuis septembre 2015. Le bâtiment est occupé par une centaine de personnes originaires de France, Albanie et Roumanie notamment.

Il est 14 h. Les enfants arrivent peu à peu pour installer les tapis et arranger l’espace de « l’école ». Ce nom a d’ailleurs été donné par les enfants eux-mêmes, et non par l’institutrice principale. Solène nous raconte les origines de la création de cet espace.

« Quand on est arrivé à l’Hôtel Californie, il n’y avait ni jardin ni cour intérieure. Les enfants n’avaient pas d’espace pour eux. Ils s’endormaient très mal le soir. Du coup personne n’arrivait à dormir. Il y avait beaucoup de tension. »

D’abord les enfants se rejoignaient dans la chambre de Solène. « C’était un peu un espace de rêverie.» Se remémore-t-elle. Sur 100 habitants du squat, il y a une trentaine d’enfants qui voulaient tous participer aux activités quotidiennes.

« On a choisi un autre endroit pour les rassembler, où il y a la possibilité de faire des recoins : coin jeux, coin lecture, coin coloriage (…) Je me suis dit qu’il ne fallait surtout pas arrêter. Donc on a décidé de faire quelque chose de plus organisé. »

« 1-2-3 écrit le mot ! »

« L’école » a donc déménagé vers l’espace de cantine, qui contient 2 pièces. Un grand espace est dédié aux plus petits (2-7 ans). Des jouets et des matériaux de coloriage sont à leur disposition.

En début d’après-midi, tous les enfants commencent par le dessin et le coloriage. Ce n’est qu’après cette séance de calme et de tranquillité que les plus grands sont invités à passer dans une pièce à côté, prendre leur cahier personnel et se mettre droit sur une table. Ici on apprend à écrire.

Les cours de français sont une demande explicite des enfants. La méthodologie d’apprentissage est différente de celle des écoles :

« [Il n’y a] jamais d’évaluation. Par contre, on travaille les outils de mémoire spontanés en groupe. C’est-à-dire qu’on va travailler 5 minutes sur 2-3 mots. On apprend. Et après on ferme les yeux. On tourne la page, et après “1-2-3 écrit le mot !” Et du coup on est dans le speed. C’est toujours les jeux. […] On a créé les outils personnalisés et des outils généraux. Ce qui fait que n’importe qui peut reprendre ces outils-là. Ils sont très axés sur la langue albanaise et rom. »

« Dans cette école, on est tous pareils »

Les enfants de « l’Hôtel Californie » rencontrent beaucoup de difficultés à fréquenter l’école. Ils font souvent l’objet de moqueries de la part de leurs camarades de classe, à cause de niveau de la langue française et les apparences.

« Il y a plein de fois où ils vont rater l’école. Ça peut être quand ils font la manche ou que leur maman ne s’est pas réveillée pour les amener à l’école, il peut leur arriver d’avoir honte. Ça peut aussi être à cause des différences, comme pour les vêtements. »

L’ouverture de ce lieu alternatif leur permet d’apprendre à leur rythme. Ils ont besoin de ce réconfort après les cours en classe.

 

« Quand ils reviennent de là-bas, ils ont aussi leur école à eux. Et dans cette école on est tous pareils. Il n’y a pas de jugement. C’est un peu le cours de miracles. On rigole sur tout, mais on ne va pas se moquer. »

« C’est du partage, pas de l’éducation en soi. »

Le squat est aujourd’hui expulsable, et sera certainement « vidé » au printemps. Mais Solène est sûre que l’activité reprendra. Le besoin est trop fort.

« C’est du partage, ce n’est pas de l’éducation en soi. J’ai l’impression qu’on a quand même réussit à capter une espèce de méthode universelle pour la compréhension de la langue française aux Roms et aux Albanais. Cet outil peut être transmis à quelqu’un qui vit avec d’autres Roms. Mais c’est à elle de le faire. Je ne vais pas venir dans son squat, en disant : “Fais ci, fais ça”. N’importe qui peut prendre ces outils-là pour s’occuper des enfants de leur communauté. Mais je ne vais pas y aller, je ne vais pas aller faire un terrain en Afrique. Mais j’ai des méthodes que je veux bien publier sur Internet, pour que les gens dans leur propre squat le fassent. Chacun fait sa vaisselle. »

Pour ceux qui seraient intéressés, vous pouvez les contacter à : californie@riseup.net

Vous pouvez vous rendre sur place au : 69 avenue Mermoz, Lyon 8

L’école accueille par ailleurs des bénévoles souhaitant partager leur savoir-faire.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Jelena Dzekseneva

Née en Lituanie et ayant grandi au Kazakhstan, je suis arrivée en France en 2008. Pendant mes études d'anthropologie à Lyon 2, j'ai participé à divers projets associatifs qui m'ont fait venir au LBB en juin 2015.