A l’aube des élections Municipales, le Lyon Bondy Blog a souhaité partir à la rencontre de certains visages cachés qui œuvrent en sous-terrain pour l’élection d’un candidat. Ils tractent sur les marchés, s’affairent à la communication de la campagne, sont responsables d’une cellule, ils sont jeunes, passionnés de politique et consacrent la majeure partie de leur temps libre à militer au sein d’un parti. Le LBB est allé à la rencontre de plusieurs jeunes militants et les a questionnés sur les raisons et le sens de leur engagement, en voici les portraits.

militant fn

Damien Monchau, 27 ans, s’est engagé au Front National en 2011. Il a récemment pris la direction du Front National Jeunesse du Rhône et était tête de liste du Rassemblement Bleu Marine dans le 4ème arrondissement de Lyon (où il a totalisé 8,57% des suffrages).

À 27 ans, Damien Monchau n’a pas ramené une once d’accent de sa région d’origine (près de Toulouse). Élégant jeune homme blond, costume gris et gomina dans les cheveux, il a poussé la porte du Front National en 2011. Il a récemment pris la direction du Front National Jeunesse du Rhône et était le candidat du Rassemblement bleu Marine du 4ème arrondissement de Lyon (dans lequel il a récolté 8,57% des suffrages au premier tour des Municipales). On le sait policier dans la vie et manifestement policé. Il manie le langage avec précaution, veille à bien faire les liaisons et à s’exprimer dans une grammaire correcte. Conscient de l’image médiatique du Front National, il est vigilant quant à celle qu’il renvoie et semble souhaiter qu’au moins sur la forme, on ne puisse rien lui reprocher.

« J’ai passé mon temps à changer de formation le temps de me trouver »

C’est en quittant le cocon familial – un « cadre privilégié » – qu’il s’intéresse peu à peu à la politique. « J’ai commencé à découvrir le monde, la vie dans les grandes villes et je me suis dit qu’il y avait peut-être des choses qui étaient un peu déplaisantes et qui entraient en conflit avec ce que j’avais toujours connu jusque-là », dit-il. Les Présidentielles de 2007 accroissent son intérêt pour la chose politique et il décide d’entériner cette nouvelle passion en s’encartant : « Rester inactif n’est pas mon genre. Je ne suis pas du genre à rejeter les choses sans proposer de les changer ». Il dit s’être renseigné sur chaque parti « de la LCR au FN » et choisit ce dernier « pour son projet de société » et parce qu’il est séduit par « la juste mesure » de son programme, ce qu’il ne juge pourtant pas paradoxal. Intéressé par l’économie, il dit avoir cherché une « solution médiane entre le marxisme et l’utra-libéralisme » qu’il trouve chez le Front National. Le FN fut pour Damien ce qu’il voudrait qu’il soit pour les autres, une alternative en adéquation avec son parcours atypique : « Le lycée ça n’était pas ma tasse de thé, je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie et pour moi étudier sans but me semblait un peu vide de militant fn2sens », explique-t-il. Il n’achève pas son baccalauréat professionnel et se lance dans la vente avant de se réorienter vers… la pâtisserie. Il travaille quelque temps avant de réussir le concours qui l’amènera à travailler sur Lyon. « J’ai passé mon temps à changer de formation le temps de me trouver », dit-il. Mais sa quête ne semble pas achevée, puisqu’il va s’inscrire à la rentrée prochaine en faculté de Droit à Lyon 3 : « Je ne vais pas m’inscrire à Lyon 2, je ne suis pas suicidaire », dit-il un sourire en coin.

Refonte d’image

Damien n’est pas à un paradoxe près, au sein de sa famille, il a connu le grand écart politique : une mère « plutôt de droite » patronne de sa petite entreprise de couture et un père fonctionnaire, de gauche, ancien militant aux Jeunesses Communistes. Ses proches sont dans un premier temps effrayés par son choix, mais il parvient finalement à instaurer une quasi-unanimité dans la famille : « J’ai réussi à convaincre ma mère et mes frères et sœurs de voter Front National. Mon père, pas encore mais je pense que tôt ou tard je saurai le convaincre ». Durant tout l’entretien, on est face à un jeune homme verrouillé, bien rodé à l’exercice par le media training qu’il a suivi au sein de son parti. On ressent chez lui un tiraillement entre deux positions : la volonté de s’afficher dans son parcours et dans ses choix comme un personnage « atypique », hors des sentiers battus que le Front National aurait accueilli en son sein comme n’importe quel autre de ses militants. Et d’un autre côté, la volonté de se lisser, de sorte à s’intégrer, au même titre que l’UMP ou le PS, dans le paysage politique français. « Le problème n’est pas tant les idées que nous avons, mais la manière de les présenter (…) Je pense qu’il est essentiel de s’armer de toutes les manières possibles : avoir la meilleure communication, présenter au mieux, expliquer aux gens qu’ils n’ont rien à craindre. Parfois, les gens sont effrayés par l’image qu’on essaie de nous accoler de façon malhonnête. » Au quotidien, il dit effectuer un « travail de pédagogie » auprès des gens. À plusieurs reprises, il évoque la mauvaise image du FN véhiculée par les médias, perpétuant ainsi la tradition d’un rapport complexe entre le parti de Marine Le Pen et son image publique. Il oppose une « image médiatique » à la réalité et incarne, à l’image du Front National, une dédiabolisation en marche.