La 6ème édition du festival de l’AOD (Arts of Dance) a eu lieu du 26 au 28 Octobre 2012 sur Lyon. Des battles sont organisés autour du style de danse hip hop qu’est la « danse de debout ». De Paris à New York en passant Marseille, des artistes sont venus se mesurer devant le jury d’exception composé d’américains et de parisiens reconnus que sont Wolf, Walid, Link et Marjory Smarth.

AOD festival photo 1

L’AOD, c’est toute une histoire. En 2007, Gyom Demba, créateur du concept, se lance dans le rêve d’amener le véritable hip hop sur Lyon pour « le toucher et le vivre » en faisant venir les précurseurs de ces danses. Les lyonnais peuvent parler avec ces originaux, participer à des cours avec eux. Et surtout diffuser la culture hip hop. Le deuxième but du festival est de s’éloigner des guerres d’égo qui secouent la nouvelle génération, ce qui donne une mauvaise image de la discipline et l’empêche d’évoluer. En effet, le hip hop tourne autour de la célèbre maxime « peace, love, unity », les danseurs doivent toujours « penser à mettre l’amour de la danse avant l’amour pour soi » comme le précise Poppin Pete, un danseur reconnu. Avec cette idée de perpétuel échange, ces battles se révèlent être une excellent occasion « d’apprendre de l’autre » comme le souligne Link, un des jurys.
Gyom a choisi de diffuser la philosophie de l’AOD qu’est « le hip hop n’est pas unn phénomène de mode mais une culture » en appelant ses amis danseurs professionnels et de renommée internationale comme Big Mijo (voir video de Big Mijo), un des créateurs du style Krump, avec Tight Eyez, qui était venu l’an passé pour juger et faire partager leur expérience.
« Si j’avais le budget, je révolutionnerai Lyon »
La difficulté majeure rencontrée pour organiser ce festival a été la levée de fonds. Organiser un événement de renommée internationale demande des sommes importantes. Afin d’en obtenir, Gyom s’est armé de professionnels pour faire des demandes de subventions à la ville de Lyon. Cette dernière déclare suffisant de financer l’Original Festival chaque année (festival de rap et de hip hop organisé chaque année sur Lyon). Mais pour la première fois, la ville a donné assez de moyens pour…payer deux aller retour à deux membres du jury…
Au vue des difficultés monétaires rencontrées pour mettre en place l’AOD, du rythme de travail intense (15 heures par jour pendant plus d’un mois), du petit money price (les finalistes gagnent 200€, ce qui est faible comparé aux autres tournois français) qui empêchent d’attirer de gros danseurs, Gyom a chaque année envie d’abandonner l’aventure. Heureusement, des fans lui font part de leur soutien. Les jurys sont surpris chaque année et souhaitent retourner à Lyon.

L’AOD est un festival des plus complets. Il tourne autour des quatre styles de danse debout que sont le new style, le poppin, la house et enfin le krump. D’abord, une soirée est organisée pour introduire le festival dans le but de faire rencontrer les différents artistes, ensuite une journée de stage avec les professionnels qui se termine par une conférence le samedi pour se finir avec les battles tant attendus. Et pour juger ces talents, quatre personnes exceptionnelles sont venues de Paris et de New York :  Marjory Smarth (haïtienne d’origine, elle est la co fondatrice de la house dance à New York, chorégraphe de Diana Ross…), Wolf (vainqueur des plus grands battles européens de krump…), Link (membre du Elite Force Crew et chorégraphe de Michael Jackson…) et enfin Walid (premier français à gagner un prix international de hip hop, précurseur du poppin en France…).
Quand un large public se connecte avec les origines du hip hop
Comme le souligne Jessica, une danseuse lyonnaise, l’AOD « est un très bel événement qui permet de rencontrer des grands noms de la danse à petit prix (10€ l’entrée) ». Quant à Marjory Smarth du jury (la voir en vidéo), celle ci fut émue en voyant autant d’espoir, de talents et de motivation « tandis que le reste du monde s’en fiche ». L’AOD reste un excellent moyen d’observer différents styles, de connaître plusieurs écoles avec « des personnalités comme Link, qui sont humbles et passionnées, dans un festival plus diverse que d’autres » comme le décrit Jérome, un spectateur.
Pour arriver à trouver la crème de la danse debout en France, cela a été « d’une extrême difficulté » selon Marjory Smarth. Chacun des danseurs « ont leur « soul », leur âme et leur sensibilité, ce qui oblige à être subjectif car un choix correspond à une émotion, ce n’est pas scientifique » nous indique Walid. Leslie Black, une danseuse parisienne de house regrette un jugement toujours « basé sur des anciens codes à respecter ». Quant on voit que peu de lyonnais réussissent à passer les pré sélections, cela s’explique d’une part par le retard des Gones dans le développement de la danse debout, et au fait que selon Link, dont voici une vidéo, « les lyonnais bougent à chaque fois sur un temps de retard ».
Encore une fois, l’AOD a été une grande surprise pour les invités comme pour les spectateurs. Chacun a pu faire parti d’une véritable ambiance hip hop en faisant la chorégraphie générale improvisée, en venant à la conférence ou en allant au stage. C’est un bon moment passé en compagnie de pointures de la danse et d’espoirs français. On attend avec impatience l’édition prochaine, pour y voir la revanche des lyonnais…

 

Sofia Azzedine

Etudiante à l'Institut d'Etude du Développement après un parcours du combattant passé dans les méandres de la Science Politique, entre la Sociologie et le Journalisme et les Langues Etrangères. Je souhaite toujours explorer ces banlieues plurielles méconnues et mal traitées pour jeter au sol ces préjugés. Tout cela, pour éluder toute l'humanité vivace qui existe dans ces régions de la différence et de l'indifférence et faire parler cette jeunesse silencieusement bavarde.

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