Fatima Sissani, réalisatrice de documentaires, est venue présenter sa nouvelle œuvre « tes cheveux démêlés cachent une guerre de 7 ans ». Le mardi 6 juin, elle est venue à la rencontre de son public au cinéma Les Alizés.

 

Ancienne journaliste, Fatima travaillait pour Le Monde Diplomatique et France Culture. Originaire de la Kabylie, ses long-métrages offrent un regard nouveau sur la culture algérienne. Ce pays pour qui elle exprime un amour inconditionnel, est porteur d’une grande histoire. Entre immigration, exil et guerre, Fatima veut conserver la mémoire de son pays grâce à ses documentaires.

 

Un cinéma engagé

À ce jour, Fatima a réalisé trois documentaires. Son principal enjeu est de raconter une histoire différente sur l’Algérie. La langue de Zahra son premier film sorti en 2011, a été sélectionné dans plusieurs festivals. La sensibilité de ce documentaire, sur une mère d’origine algérienne privée de ses racines, lui vaut un prix au Festival Vues d’Afrique à Montréal. Sa seconde réalisation, Les Gracieuses, réalisée en 2014, qui retrace le parcours des jeunes filles en cité a également été sélectionnée dans plusieurs festivals.

Alors pour son dernier documentaire, Fatima a décidé de s’approcher au plus près de la Guerre d’Algérie en choisissant un aspect peu mis en lumière. Le destin croisé de trois femmes, qui, dans leur jeunesse, se sont levées pour l’indépendance de l’Algérie en rejoignant le FLN.

Zoulikah Bekkadour, Alice Cherki et Eveline Safir Lavalette ont décidé de s’engager contre la colonisation. Eveline était issue d’une famille bourgeoise installée en Algérie depuis des générations. Rien ne la prédestinait à quitter sa famille en se battant pour ce pays qu’elle affectionne tant. Silencieuses pendant des années, elles ont accepté de livrer les grandes lignes de leur combat au côté du FLN.

Battues, torturées, détours en prison et en asile psychiatrique, rien ne pouvait arrêter la détermination de ces battantes.

 

 

Un portrait de femmes aux grandes valeurs

 Dans son film La Langue de Zahra, Fatima Sissani met en lumière sa mère. Rempli d’amour et d’histoire, ce documentaire place un point d’honneur sur la transmission des valeurs d’une génération à une autre. Malgré la tendresse perçue dans le documentaire, une dimension politique s’en dégage. La mère tient un discours engagé. Même après 30 ans sur le sol français, elle refuse d’apprendre la langue de Molière. Elle pose son acte de résistance dans le film lié à la guerre d’Algérie qui a durement marquée sa famille. Ce phénomène n’étant pas un acte isolé, Fatima déclare être « passée par l’intime pour raconter une histoire collective ». La colonisation et l’indépendance algérienne a douloureusement impacté les familles algériennes. Parfois, sujet tabou, l’Histoire algérienne traverse les âges. L’exil, qui est l’une des répercussions de la guerre, est un élément central du travail de la réalisatrice. Elle est possédée, comme magnétisée par l’exil. À travers ses films, Fatima met en valeur la richesse de cette culture trop souvent généralisée.

Tes cheveux démêlés cachent une guerre de 7 ans, ce documentaire éprouvant à réaliser, n’a eu aucun mal à émouvoir le public qui ne cache pas ses larmes et remercie la réalisatrice pour ce film. Lorsqu’une question sur l’omniprésence de la femme dans son long-métrage se fait entendre par un spectateur, Fatima n’hésite pas à répondre : « bizarrement, ce genre de question n’aurait jamais été posée si le film ne montrait que des hommes ». La sublimation et la puissance de la femme est un sujet à valoriser chez la réalisatrice qui se bat pour que ces dernières soient à l’égal des hommes. Une raison pour laquelle ces trois documentaires ne proposent que des portraits de femmes sur différentes thématiques.

 

 

Souvent utilisés pour dénoncer, les documentaires apportent une nouvelle approche sur un sujet à mettre en valeur. Fatima Sissani, fidèle à ses origines et à ses principes, livre à ses spectateurs les secrets d’une culture sublimée par les femmes.