La 5ème édition des “Entretiens” de Caluire-et-Cuire se déroulera les 2 et 3 octobre au Radiant-Bellevue. Le maire Philippe Cochet est revenu pour le Lyon Bondy Blog sur le thème (l’Égalité) et les modalités de cette manifestation.

 

Depuis 2016, la municipalité donne rendez-vous chaque année aux Caluirards pour les Entretiens de Caluire et Cuire – Jean Moulin”. Cette manifestation se veut être un espace de réflexion et d’échange entre élus, citoyens et intellectuels. Pour Philippe Cochet, le maire de Caluire, il s’agit d’une opportunité de “relier la tête avec les jambes” : partir d’idéaux républicains pour penser des projets sur le territoire et développer des partenariats entre les différents acteurs de la ville. 

Lors des éditions précédentes, l’événement a accueilli des personnalités d’horizons divers pour évoquer des sujets comme la Laïcité, la Liberté, la Fraternité ou encore la Citoyenneté. 

Cette année, c’est le thème de l’Égalité qui est mis à l’honneur. Pour en parler, le maire a convié des représentants d’associations locales mais aussi des personnalités plus médiatiques comme l’homme d’Etat Jean-Louis Debré ou la Gilet Jaune Ingrid Levavasseur (le programme est disponible en ligne, sur le site des Entretiens).

Nous nous sommes entretenus avec le maire afin de mieux comprendre l’objectif de cette manifestation, à laquelle les Caluirards sont conviés.

L’édition 2019 avait mis la citoyenneté à l’honneur

Quel est l’objectif de ces rencontres, et pourquoi avoir choisi la thématique de l’égalité pour cette édition ? 

L’objectif est d’interroger et de donner du sens à ce que l’on fait, que ce soit en tant qu’élu, que fonctionnaire territorial ou en tant qu’habitant. Au quotidien, on a chacun souvent un peu “la tête dans le guidon”. Prendre du recul, et s’interroger collectivement sur une thématique qui concerne tout le monde, me semble nécessaire et sain pour la démocratie. 

L’objectif est de faire participer une vraie diversité d’intervenants et de publics. L’idée n’est pas de faire parler des spécialistes entre eux, mais que tout un chacun puisse apporter et s’enrichir de ces échanges. C’est aussi l’occasion pour nous de raccrocher une réflexion globale à une politique applicable localement. 

Dans les éditions précédentes, nous avions notamment traité les questions de liberté et de fraternité. Nous souhaitions compléter le triptyque républicain “Liberté, Egalité, Fraternité” en abordant cette thématique. C’est une notion qui est souvent passée un peu rapidement, ces rencontres devraient permettre de l’approfondir, sur le plan de la réflexion et de l’action. 

 

La crise sanitaire a creusé les inégalités, cette notion vous semble-t-elle particulièrement pertinente aujourd’hui ?

Nous nous étions arrêtés sur ce thème à la fin de la dernière édition, l’an passé. Nous n’avions bien sûr pas prévu ce qu’il se passerait avec la crise sanitaire, mais la situation actuelle renforce en effet le besoin de parler d’égalité, autant pour les territoires que pour les personnes dont la situation s’est dégradée. 

Au niveau gouvernemental, il y a d’ailleurs une remise en cause de ce principe d’égalité qui mène à une incompréhension. Les décisions ne sont pas les mêmes à Marseille, à Lyon, ou en Corrèze. Tout cela crée des situations d’inégalités.

 

Ingrid Levavasseur (Gilet Jaune) et le géographe Jérôme Fourquet interviendront notamment vendredi sur ce sujet de fracture spatiale.  

Oui, nous avons toujours souhaité être éclectiques au niveau des intervenants. L’Etat doit arrêter de se mentir à lui-même, il y a aujourd’hui une inégalité criante quand à l’application des décisions sur l’ensemble du territoire. Cette disparité est de plus en plus marquée en fonction de la ville, du quartier, ou même du niveau de revenus ou de détresse sociale de certains habitants. Cette situation peut créer des ruptures, comme celle des Gilets Jaunes qui n’étaient pas un feu de paille mais l’expression d’une colère. 

Mme Levavasseur, par exemple, s’était exprimée à l’époque sur les problématiques qu’elle connaissait en tant qu’aide-soignante et mère isolée. Elle avait partagé sa colère avec force, mais également de manière compréhensible par tous les Français : dans le débat public, il faut que la République puisse entendre ces colères sans que celles-ci ne se transforment en attitude de casse, ou autre. Il faut pouvoir entendre par exemple, que nous sommes dans une métropole qui peut être excluante. 

Dans son livre, Jérôme Fourquet a également pu discuter de ces fractures territoriales qui existent dans notre pays. 

 

Comment cette “fracture spatiale” se vit-elle dans une ville comme Caluire-et-Cuire ?

Caluire est une ville très diverse. C’est ce qui fait sa richesse : il y a des habitants aisés, certains qui vivent dans la précarité, d’autres dans la classe intermédiaire… Il y a donc des attentes diverses par rapport à un même territoire et c’est là que cette notion d’égalité doit s’appliquer. Nous avons huit quartiers à Caluire : c’est le rôle de la municipalité d’apporter dans ces quartiers les équipements et les services publics de manière égalitaire, équitable.

 

La journée de samedi sera davantage axée sur l’égalité des chances, la méritocratie et les inégalités scolaires. Doit-on aujourd’hui questionner le fonctionnement de l’ascenseur social ? 

L’école de la République, les “hussards” représentaient un certain idéal républicain. Le rôle de l’instituteur était de permettre à un enfant, quelque soit sa condition, de bénéficier d’un accompagnement ou même d’une bourse pour l’encourager à aller dans tel ou tel domaine. A travers ses institutions; la République permettait à des enfants peut-être défavorisés de connaître de très belles réussites. Aujourd’hui, il faut en effet nous interroger sur ce rôle et sur l’ascenseur social, c’est ce que fait par exemple François Dubet (qui interviendra samedi à 9h30) dans ses ouvrages. 

 

Qu’attendez-vous concrètement de cette édition ? Les caluirards verront-ils des projets se réaliser à la suite de ces échanges ? 

Bien sûr, je ne peux pas préjuger de ce qu’il va se passer ou des projets qui vont être mis en place. Il y a par exemple une dizaine de personnes qui viennent d’établissements caluirards spécialisés dans le handicap qui viendront réaliser une fresque des gens dits “différents”, qui sera affichée le samedi. Le but, c’est vraiment que ceux qui ne se sentent pas forcément à leur place dans ce genre d’événement disent au contraire que dans cette notion d’égalité, ils peuvent être participants et surtout acteurs de ces échanges.  

 

Dans quelles conditions pourrez-vous accueillir le public ? 

On a fait en sorte que toutes les conditions soient réunies pour que cela se passe sans problème, et le Radiant Bellevue permet de respecter les mesures de distanciation entre les personnes au niveau de la salle… Je ne peux pas préjuger la participation, mais les conditions sont réunies pour permettre au public de participer en toute sécurité et avoir de bons échanges.