Entretien avec Christiane Constant, secrétaire fédérale du PS dans le Rhône : Le retour d’un PS de gauche ?

Christiane Constant, secrétaire fédérale du PS dans le Rhône, revient sur les élections législatives. L’occasion d’aborder les enjeux locaux et nationaux ainsi que la question des dissidents, qui étaient nombreux chez le parti socialiste. 

Pour débuter nous voudrions revenir sur l’accord de la NUPES qui reste plutôt flou. De quoi il ressortait et tient-il toujours ?

Cet accord a été très rapidement négocié, ça a été mis en place juste après le second tour et l’annonce de Jean-Luc Mélenchon de sa volonté de devenir premier ministre. Le PS est le dernier parti de gauche à avoir rejoint l’accord, si bien que les premiers arrivés ont eu beaucoup de circonscriptions. En négociant on a obtenu environ 70 zones au niveau national. Ce qui est intéressant dans cette négociation, c’est qu’Olivier Faure, Pierre Jouvet et Corinne Narassiguin, ont soutenus des points forts autour desquelles nous sommes très attachés en tant que socialiste. Une fois les négociations finies, nous avons signé un contrat d’indépendance des partis politiques. La NUPES est un rassemblement de quatre partis, ce n’est pas une fusion. La NUPES est un rassemblement, ainsi qu’un formidable outil de dynamisation de la vie politique des territoires.

Cependant, nous avons eu, à la fédération du Rhône, les deux circonscriptions les plus dures (la 5eme et la 10eme), deux circonscriptions plutôt à droite. Nous nous sommes tout de même entretenus avec EELV, j’ai rencontré Bruno Bernard, mais il ne voulait pas lâcher les zones qu’ils avaient obtenues.  Nous avons été une variable d’ajustement dans les négociations, dû à notre manque de circonscription gagnante depuis 2017 et le raz-de-marée En Marche.

En revanche, on a fait une excellente campagne avec LFI et les Verts. J’ai travaillé dans la 10eme avec Michèle Edery, on a monté nos scores au maximum et les LFI ont vraiment joué le jeu, alors que la veille on ne pouvait même pas rentrer en manif car on était considéré comme des gens de droite.

La formation d’un groupe unique à l’assemblé fait débat, cela peut paraître nécessaire pour faire face à la présidence ?

Non ce n’est pas possible, jusqu’à présent tous les rassemblements des partis politiques de gauche ont fonctionné de la même manière. Dès que nous rentrons à l’hémicycle chacun à son groupe, il faut 15 députés pour en former un. Nous sommes plus de 30, on a fait beaucoup mieux qu’en 2017, moins qu’en 2012, mais c’était une élection particulière pour la gauche ont avait énormément de députés.

Là, il n’est pas question de créer un seul parti, d’ailleurs la NUPES n’en n’est pas un. Ce n’est pas une fusion mais un rassemblement de quatre partis : LFI, qui est un mouvement, le PCF et le PS, qui sont les plus anciens, ainsi qu’EELV qui est un parti en organisation. Nous allons tous vivre indépendamment, mais ce qui est intéressant c’est qu’ils vont gérer les projets de lois ou les propositions de lois ensemble. Ensuite, soit nous voterons d’une seule et même voix, soit nous aurons des divergences et auxquelles cas chacun présentera des amendements ou des propositions différentes. Il faut procéder par étapes, ce n’est pas de la division, nous avons chacun notre identité dans un rassemblement politique de gauche.

Concernant la présidence, vous comptez discuter avec eux ? négocier ?

Le président a commencé à rassembler tous les chefs de partis politiques. La discussion, vous savez ce que c’est, vous nous invitez, on vient. Mais, vous nous proposez quoi ? Vous attendez quoi de nous ? Il veut (le président) qu’on vote comme un seul homme ? Impossible ! La retraite à 65 ans, ça ne passera pas avec nous.

Comment ça va se passer ? Avec intelligence, dans l’intérêt des citoyens. Nous allons discuter et négocier.

Vous pensez qu’ils vont venir piocher chez vous ?

Je crois que dans un groupe comme le nôtre avec quatre formations politiques, on se tient tous par la barbichette, il ne faut pas qu’il y’en a qui quitte le navire. On se doit d’être loyaux.

Surtout au PS, en 2017 il y avait eu beaucoup de départs.

Ça a été le bal masqué… Je suis ravi que Castaner, Ferrand et d’autres aient perdu. Tous ces gens qui nous ont trahis du jour au lendemain, c’est très dur quand vous êtes loyal vous-même. On l’a vue, l’abstention montre que les électeurs en ont ras le bol de ces politiques qui ne sont pas fiables. Qui font tout et son contraire.

Concernant l’abstention, on sait qu’elle provient en majorité des 18-34 ans. On sait aussi que c’est une génération plus apte à voter à gauche. Finalement, ce manque d’intérêt de la jeunesse pour la politique, provient peut-être de la gauche qui n’arrive plus à leurs parler ?

Cette abstention des 18-34 ans aux législatives m’a beaucoup étonné. C’est la jeunesse qui a poussé Mélenchon au présidentiel, il n’aurait jamais fait 23% sans eux. Les jeunes étaient déchaînés autour de lui. Pourquoi entre la présidentielle et les législatives ils ne continuent pas à pousser. Autour de moi, tous les jeunes votent Mélenchon, ils ne votent pas pour le PS. Finalement, c’est la société des seniors qui ont voté.

Durant la campagne, énormément de jeunes ont travaillé avec nous sans pour autant intégrer un parti. Ce que j’ai compris, en les écoutant, c’est qu’aucun projet ne les intéresse. La retraite ne les touche pas, ils considèrent qu’ils ne la connaîtront pas. Ils sont dans une logique de rejet du système sociétal, alors pourquoi ils accepteraient notre système de vote. Je comprends leur révolte.

Le politique qui veut être député, ministre, il ne peut pas voir dans l’immédiat. Il doit avoir une vision globale de la société. Les 18-34 ans ne sont pas au rendez-vous, car ils ne se sentent pas concerné par les projets portés.

Quel va être le message du PS pour attirer du monde et notamment les 18-34 ans ?

J’ai été très étonnée par les prises de position d’Olivier Faure lorsqu’il est rentré dans la NUPES. Il a vraiment affiché une libération, affirmant sans ambiguïté que nous sommes à gauche. Les jeunes LFI m’ont dit à son sujet : « Il est génial ». Je ne le quitte plus depuis 2017, lorsqu’il s’est battu à la Rochelle contre les politiques qu’il ne partageait pas.

Depuis, énormément de jeunes socialistes adhèrent au PS, avec cette volonté de reconstruction du socialisme. Premièrement, on a un travail à faire au niveau des facultés, des étudiants. Ensuite on va avoir, je pense, beaucoup d’adhésion à la suite de notre campagne dans les quartiers populaires. Ensuite concernant les jeunes, c’est tout bête mais on a déjà besoin d’eux pour travailler sur les réseaux sociaux, il faut qu’ils nous aident à porter le socialisme sur ces plateformes.

Ces jeunes viennent et travaillent avec nous, au fur et à mesure qu’ils apprennent les concepts politiques du socialisme de base. Ensuite ils viennent avec nous dans les quartiers populaires pour toucher de près à ce qu’est un quartier populaire, il faut toucher la pauvreté de près pour comprendre pourquoi on est militants. Ce n’est pas pour avoir pour avoir un mandat ou être élu, on l’est pour des valeurs profondes auxquelles ont croit, mais faut savoir les transférer ses valeurs. Les anciens militants doivent être des passeurs de mémoire pour attirer les jeunes. Il faut un travail de fond sur la concrétisation de nos valeurs, on doit les montrer pas besoin de les nommer. Par exemple, se dire pour l’égalité et la liberté et ne pas participer à la manifestation pour le mariage des homosexuelles en 2013, n’a pas de sens. La valeur faut savoir l’incarner et la faire vivre sur le terrain.

Militer c’est, pour moi, transférer jusqu’à point d’âge ma conception de cette société. C’est tout un travail de fond que chacun va recommencer.

Pour revenir sur un aspect local, dans la 6eme circonscription, on entend sur le terrain que c’est surtout le PS qui aurait fait campagne pour Gabriel Amard, qu’il n’aurait donné que les ordres ?

La 6eme a été un territoire de grandes discussions, de polémiques et de divisions. Cela ne vous a pas échappé, et j’imagine, que vous avez vu les différentes déclarations dans la presse.

Gabriel Amard a été géré au niveau national, au PS et comme partout les législatives relève du siège. On ne peut pas négocier au niveau local. Cédric Van Styvendael a tout fait pour que la 6eme revienne au PS, mais il n’y est pas arrivé.

Gabriel Amard est un parachuté et tout le monde le sait. On a donc négocié pour obtenir la suppléance. Au début, nous n’avions aucune suppléance. La perception des autres partis politiques du PS était tellement négative qu’on était considéré comme des sociaux-démocrates de droite. Par conséquent, j’ai eu à négocier avec tous les partis politiques, pour avoir nos circonscriptions. J’ai démontré qu’on avait l’habitude de travailler en union de la gauche, on a négocié pour les régionales, pour les départementales, les métropolitaines. La NUPES n’est pas un concept nouveau, on l’a juste décliné.

Sur Villeurbanne on a négocié la suppléance, Christina Martineau n’a pas voulu partir avec la Nupes. C’est donc Melouka Hadj-Mimoune qui a pris sa place. Melouka, n’a pas travaillé sous les ordres, elle est connue comme un loup blanc dans tous les quartiers populaires. Une foule de personnes l’entourent et c’est elle qui a mené la campagne dans la 6eme. Gabriel Amard a pris le train en marche. Il n’est pas élu localement, il est conseiller régional en Isère. Donc oui, c’est Melouka qui a fait rentrer un maximum de voix et à démontrer que le PS avait une force de frappe importante sur Villeurbanne. On aurait dû avoir cette circonscription, c’est incontestable.

Donc ce n’est pas monsieur Amard qui donnait des ordres et le PS qui s’exécutent, c’est une perception erronée.  Melouka a vraiment porté la campagne.

Sans le PS à Villeurbanne, Gabriel Amard n’aurait pas remporté la circonscription ?

On peut se poser la question et avoir des doutes.

Nous voudrions revenir sur la 7eme circonscription et particulièrement madame Hélène Geoffrey. Va-t-elle être exclue du PS ?  Comment va se dérouler l’après législative ?

C’est un sujet très complexe, vous avez observé que ce sont des grandes élues, qui sont des « suppôts d’Hollande ». Les suppôts d’un système qui, pour nous, n’a plus court car ils sont minoritaires. Cette minorité agissante est composée de personnes ayant eux des postes très importants. Que cela soit Bernard Cazeneuve 1er ministre ou encore François Hollande. Ils pensent avoir la vérité pour tout le monde. Cependant, beaucoup de jeunes sont entrés au PS, ils ont gagné des villes, des régions et ils n’ont plus les mêmes modes de pensées, ils voient le futur différemment. Sauf Hélène Geoffroy, Jean-Paul Bret, notre amis François Hollande et même Lionel Jospin. La société ne veut plus de ces élues, vous avez remarqué qu’Hollande plus personnes ne veut l’entendre, il est très sympa, il fait rire, mais bon… Nous on a subi des conséquences de cette ère, on a dans notre fédération des enfants de F.Hollande… Tel qu’Helène Geoffroy qui en tant que maire de Vaulx-En-Velin prend des libertés qui sont insoutenables pour nous en tant que fédération. Si on observe encore mieux, des dissidents ont été portés par Jean-Paul Bret dans la 6eme circonscription. Il n’aime pas Mélenchon, mais si tu fais de la politique en fonction des gens que tu aimes, autant ne pas en faire.

Pour en revenir à Hélène Geoffroy, elle est montée au créneau et a présenté un dissident avec Stéphane Gomez, pour faire perdre la NUPES. Évidemment, il n’y a pas que sur cette fédération, nous avons eu des socialistes dissidents qui ont fait perdre plusieurs zones à la NUPES. J’ai publié un premier communiqué de presse où j’explique aux dissidents qu’ils ne sont pas dignes d’être des élus de la république. On obtient un statut quand on intègre un parti politique et on respecte la démocratie interne. Si vous êtes minoritaire, vous respectez la majorité.

Hélène Geoffroy se permet de faire des publications ou elle dit ; n’être ni de gauche, ni de droite. Mais alors tu votes pour qui ? Tu laisses passer monsieur Vincendet ou tu appel vraiment à voter pour Lamar ? Elle a préféré ne pas se positionner. Je n’ai rien dit et j’ai fait un dossier que j’ai envoyé à la direction nationale, car pour les élections législatives les exclusions ou les passages en commission des conflits ne relèvent pas du local. Ce n’est pas la première fois, je l’ai déjà envoyée en commission des conflits, lorsqu’elle a soutenu le maire EELV de Givors, alors qu’on avait voté pour soutenir la liste PS-PC. Si ça ne lui convient pas qu’elle s’en aille.

C’est moi qui suis allé présenter le projet d’Olivier Faure à Vaulx-En-Velin, dans le fief de madame Geoffroy, elle n’était pas là. J’aurais aimé qu’elle soit face à moi, lui demander ce qu’elle propose…Une sociale démocratie ? Va la construire ailleurs, nous on n’est pas sur la sociale démocratie au PS. Pourquoi rester là ? Elle veut foutre en l’air le PS ? On ne la laissera pas faire. Je n’ai rien à gagner, rien à perdre, je suis socialiste, je défends cette fédération sinon je n’aurais pas pris le poste.

Nous au PS on a un statut il faut le respecter, si vous ne savez pas respecter la démocratie interne et que vous pensez pouvoir continuer vous vous trompez. Je peux paraître très sévère mais un pas de côté et ce sera un pas de trop. Je ne les louperai pas et les dossiers partiront aux nationales.

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Léo Ballery / Etienne Aazzab

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