A quelques jours des élections, les candidats engagés abordent la dernière ligne droite de leur campagne. A Vénissieux, le communisme est dans la ligne de mire de prétendants revendiquant un changement radical. Lotfi Ben Khelifa (PS) et Christophe Girard (Divers Droite), se rebellent et s’expriment. Tour d’Horizon.         

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Pour beaucoup, la prise de la citadelle vénissianne est un mirage dans un nuage de brume. Un rêve rendu aléatoire par soixante quinze ans de communisme. Ils sont dix à glaner le siège remporté en 2008 par André Gérin dès le premier tour avec 52% des voix.

A Vénissieux, on se forme souvent à l’AS Minguettes ou au Lycée Jacques Brel, comme Lotfi Ben Khelifa (43 ans) candidat PS né dans le Sud de la Tunisie. C’est donc sur le plateau, berceau de La marche de l’égalité en 1983 et qui compte vingt mille âmes, que l’ancien cantonnier a grandi.

Adjoint à l’Etat civil et aux formalités administratives depuis 2008, il arbore une voix militante qui porte loin dans les quartiers de la commune.

« Je me suis engagé pour faire vivre le milieu politique à Vénissieux. Les communistes ont la main mise sur la vie associative ou les régies. Il fallait faire en sorte qu’il y ait le choix. C’est le cas aujourd’hui : un paradoxe malheureux au vu de la multiplicité des choix qui se présentent aux électeurs ! »

 

Ben Khelifa-Picard : le derby de la gauche vénissianne

Ardemment opposé à André Gérin, l’ancien syndicaliste n’hésite pas à le comparer à un gourou tirant encore sur les ficelles en déplorant un manque de discernement de l’équipe actuelle. Pour lui:

« Les gens ont leur mot à dire, les conseils de quartiers ne doivent pas servir de chambre de réclamation pour le Grand Lyon. Les élus actuels gèrent les dossiers à trois dans un bureau. Les gens ont le choix entre une gauche stalinienne avec Madame Picard et une droite villieriste avec Christophe Girard. Avec la liste Ensemble pour Vénissieux je propose de nouvelles alternatives avec toutes les sensibilités de la gauche au centre gauche. »

imagesEgalement issue des Minguettes, le maire sortant Michèle Picard, amenée à remplacer André Gérin en 2009, s’invective et monte au créneau face à son ancien adjoint en rappelant:

« Mr Ben Khelifa a fait partie pendant six ans de l’équipe municipale sortante donc il fait parti du bilan. Il a voté toutes les décisions aux conseils municipales. Toutes ces années de présence du PC à Vénissieux, c’est la création d’associations, des relais restaurants d’enfants, la cantine scolaire qui a été créée après guerre pour que tous les enfants puissent manger. En 2000, nous avons eu les premiers services de médiation créés au niveau national et une médiathèque reconnue. »

Elle défend une politique de proximité pourtant ironisée par les représentants du PS ou de l’UMP.  « Nous avons toujours travaillé en proximité, assure –t-elle, que ça soit dans les conseils ou les assemblées de quartiers avec des délégués élus par les habitants. Nous voulons élargir les débats avec des différents thèmes. Même si on parle du quotidien des gens dans nos permanences, nous évoquons aussi les budgets, les PLUH (plan climat Grand Lyon). »

Le Grand Lyon : un enjeu du débat politique

Restrictive quand à l’idée d’une rentrée de Vénissieux dans Le Grand Lyon en 2015, elle n’exclue pas l’idée de travailler avec la communauté urbaine.

« Nous sommes contre les métropoles et cette réorganisation du territoire national faite sans aucune concertation des élus ou de la population. C’est la mise en concurrence des territoires et c’est donc de la non équité. Nous avons toujours été opposé au Grand Lyon depuis les années soixante et cela ne nous a pas empêché de travailler avec eux. »

Soutenu par Gérard Collomb, Lotfi Ben Khelifa se félicite d’être en phase avec le sénateur maire sur le thème de La Métropole :

« Ce serait une bouffée d’air pour la commune de Vénissieux notamment au niveau de l’emploi qui demeure notre premier objectif. Un jeune sur trois est au chômage. La mission locale ne répond actuellement pas aux besoins de nos jeunes. Nous voulons mettre en place une Maison de l’emploi pour l’accompagnement dans la recherche et les formations professionnalisantes. Faire en sorte qu’il y ait une interactivité entre toutes les institutions et créer une pépinière d’entreprises. »

Déplorant « le dogmatisme des communistes demeuré trop dictatorial » à ce sujet, il veut redonner son statut de troisième ville du Rhône à la commune avec l’aide également de son colistier Bernard Rivalta, président du SYTRAL.

Christophe Girard, le perturbateurgirard

Déjà candidat en 2008 et ancien conseiller municipal, le chef de liste Divers droite Christophe Girard (47 ans) fait parler de lui avec sa détermination à faire vaciller la gauche régnante.

« Les jeunes comprennent vraiment qu’on les a instrumentalisés et les choses sont en train de changer. La victoire viendra par les quartiers populaires contrairement à ce que l’on peut croire. Il faut mettre un terme à cette souffrance. On maintient la misère pour qu’on y reste et pour maintenir un vote révolutionnaire donc un vote communiste. »

Il présente sa candidature comme celle d’une liste « qui rassemble cinq membres de l’UMP, deux membres de l’UDI et 80% de gens qui sont sans étiquettes. C’est une liste qui n’oppose pas les gens mais qui les rassemble. »

Egalement très critique à l’égard de la politique à laquelle il a participé, il propose « d’améliorer l’efficacité de l’équipe municipale ayant une tendance à diviser pour mieux régner. Je ne veux pas de la politique de Bernard Rivalta ou Gérard Collomb, mais une politique de proximité. Il faut un élan positif à Vénissieux.»

Tous d’accords sur l’extrême droite

Salle1L’extrémisme et la discrimination sont des thèmes qui inquiètent dans cette ville comptant près de soixante dix nationalités. Le liste du FN “Vénissieux fait front” menée par Yvan Benedetti avait terminé troisième en 2008, réalisant 11,16% des voix.

La campagne du chef de liste PS Lotfi Ben Khelifa s’est trouvée parfois confrontée à de nombreuses intimidations, notamment avec des affiches taguées.

« Les candidats Mr Gabriac et Mr Benedetti n’ont aucun de programme et sont dangereux pour leurs propres votants, dit Lotfi Ben Khalifa. A Vénissieux, il n’y a pas de place pour le nazisme ou le fascisme. C’est une terre de gauche et de démocratie. »

Christophe Girard prévient :

« Moins on en parle mieux on se porte ! On fait de la pub pour ces gens-là sans jamais les voir sur le terrain. Ils sont là pour récolter les voix des gens exaspérés, et cela ne servira qu’à maintenir le système en place. »

Pour combattre l’extrémisme grandissant, il préconise « d’écouter plus attentivement les vénissians, arrêter de les rejeter perpétuellement et leur proposer plus de solutions sur l’avenir. Enlever ce carcan communiste à Vénissieux qui nourrit les extrêmes. »

Madame Picard ne perçoit pas la liste FN comme un buzz. Elle rappelle qu’Yvan Benedetti a été aussi élu en 2008 au conseil municipal puis exclu par la suite pour des propos racistes et xénophobes.

« Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac ont le droit de se présenter dans le système républicain même si leur mouvement Jeunesse nationalistes a fait l’objet d’un décret d’interdiction en juillet 2013 par Manuel Valls. »

Avant de souligner : « Par contre la candidature des nationalistes est un pied de nez à André Gerin qui s’est opposé aux manifestations hitlérienne de La Part-Dieu le 23 Juin 2012. C’est une offense et une insulte à toute l’histoire vénissiane. La ville s’est libérée d’elle-même des nazis, suite a un mouvement d’insurrection des ouvriers. Voir des affiches « la France aux français », je trouve cela insultant. »

D’autres élus sortants en lice

D’autres candidats sont issus de l’équipe municipale sortante : Eléazar Bafounta (Liste Divers) ancien adjoint aux déplacements urbains, Maurice Iacovella (Liste Union Démocrates et indépendants) conseiller municipal et Samia Hamkidem Le Desert (Divers gauche) en tant que conseillère communautaire. L’expérience du contexte politique sera-t-elle un atout ?

Marie Christine Seeman (Liste Extrême gauche) et Mounir Grami (Liste Divers) qui n’ont pas cette étiquette tenteront de ne pas être que des observateurs dans cette compétition de gauche.

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr