Le Kenya fête le cinquantenaire de son indépendance. En France, les ressortissants de ce pays touristique sont rares. Le LBB a rencontré un couple d’athlètes kényans vivant à Vénissieux. Il livre sa vision d’un pays marqué par la crise et la pauvreté. Découverte sur longue distance.   

photo kenya Une

Le Kenya va fêter le cinquantenaire de son indépendance. En France, les ressortissants de ce pays touristique sont rares. Le LBB a rencontré un couple d’athlètes kényans vivant à Vénissieux. Il livre sa vision d’un pays marqué par la crise et la pauvreté. Découverte sur longue distance.

Là bas, les animaux sont rois. On vit en hauteur, au-dessus de tout. Les rugissements sont des offrandes. Le Kenya a bien dépassé l’âge de raison. Ce 12 Décembre, sera fêté le cinquantième anniversaire du jour de l’indépendance : le Jamhuri Day. Une émancipation qui survint après une période coloniale britannique de près de soixante-huit ans. Un anniversaire fêté dans un contexte difficile avec la crise économique, la corruption et le terrorisme grandissant. Une longue lutte pour l’indépendance qui permit à sa quarantaine de tribus de se faire connaître aux yeux du monde.

Les bijoux et les lances de ces guerriers invitent plus à l’évasion qu’à la peur. Les tribus, dont les plus connues sont les Kikuyu – celle du président de la République Umuru Kenyatta – les Luhyas ou les Kalenjins demeurent des vitrines locales, fiertés de la République.La culture du Kenya se démarque aussi par le sport. De nombreuses générations ont découvert ce pays dans les compétitions d’athlétisme avec ces coureurs de fond élancés et si fins qui laissent le journaliste de France Télévisions Bernard Montiel à chaque fois au bout de son émotion. Une telle aisance dans la foulée,qu’au fil des années, on a attribué ces disciplines de forçats exclusivement à ce pays, quand ce n’est pas à l’Éthiopie ou au Maroc.

Courir derrière une autre vie

Cette nation demeure encore un mirage pour beaucoup à travers les documentaires télévisés. Mais quand on ouvre les yeux, les témoins ne sont pas si loin. « Je n’avais jamais entendu parler de la France, même pas à la télévision .» Pour Jacob Kipsang (27 ans), il n’était pas question de s’exiler en Grande Bretagne, le « pays ennemi » de ses ancêtres. Des plateaux vertueux et des parcs nationaux aux tours des Minguettes, le changement de climat et de contraste a été motivé « par une situation politique rendue compliquée pendant le mandat du président Mwai Kibaki (2002-2013). Le chômage devenait trop important pour les jeunes

Ce Kalenjin a sauté le pas en 2007 et s’est installé avec sa femme Suzan (26 ans) en France. Tous deux sont originaires d’Eldoret à 600 km environ de Nairobi. Ils ont convolé en 2006. Après un mois passé en transit à Paris, Jacob et Suzan se dirigent vers la capitale des Gaules. Une nouvelle vie faite de doutes et d’indécisions. Ce sont les aléas de l’asile politique.

Lui, n’était pas destiné à la course à pied. Il avoue n’avoir pas été formé au pays «où la concurrence est très rude à cause du nombre de coureurs.» C’est à l’ASVEL qu’il a été repéré par l’un de ces managers français de plus en plus nombreux à faire venir des athlètes africains venus entre autres, du Burundi ou de l’Ouganda…

Beaucoup d’athlètes compatriotes cherchent donc une autre vie voire un eldorado en France. Car les grands champions comme Paul Tergat (recordman du monde de marathon en 2003) sont ultras protégés au Kenya ou défendent d’autres couleurs comme celles du Danemark ou du Qatar. Encore une fois pour des motivations financières. Sur le plan physique, Jacob a du talent à revendre. Ses 31’46’’ sur 10 kilomètres sur route lui suffisent pour se faire une place sur les podiums régionaux sous le maillot de l’ Athlé St-Julien. Et gagner quelques centaines d’euros.

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Quand il ne parcourt pas les deux cent kilomètres hebdomadaires d’entraînement au Parc de Parilly ou sur le plateau des Grandes Terres de Vénissieux, il gagne sa vie comme agent des espaces verts pour une régie de quartier. Il appuie sur le fait que le Kenya ne lui manque pas au point d’être déchiré : « C’est vrai qu’on parle beaucoup de crise ici mais au Kenya c’est pire. Il y a les armes et le vol. Aux Minguettes, nous sommes heureux. Les autres communautés africaines ou autres, qu’elles soient catholiques ou musulmanes sont attachantes.» Et d’avouer que le Parc de la Tête D’or ne vaudra pourtant jamais une de ces grandes réserves animalières comme chez lui où il a déjà croisé des éléphants et des girafes en liberté.

Une femme d’Afrique

Suzan (26 ans) surveille sa petite Mercy (3 ans) en recevant les félicitations des coureurs. Ce 17 Novembre, elle vient de gagner le semi-marathon de la foulée vénissianne en 1:15’47’’, un rendez incontournable dans la région. Au pays, elle a été formée par Abraham Kiprotitch (vainqueur des marathons d’Istanbul et de Daegu en 2012 et 2013) alors qu’elle était en junior. Un niveau qu’elle ne retrouve pas en France. Elle ironise : « Au Kenya, j’aurai bouclé le semi en 1:12’ ! »

Le petit bout de femme souriante et à la voix timide avoue être heureuse « de ne peut avoir à vivre le stress du pays. La sécurité c’est le plus important pour la famille. […] Aux nouvelles amies françaises ou d’origine africaine du quartier qui ne comprenaient pas pourquoi j’ai quitté un si beau pays, j’ai dû leur livrer certaines vérités sur la crise et le terrorisme. Elles ont été surprises ! » Hormis les paysages, c’est le climat que la coureuse regrette le plus. Ici, il fait froid.

Comme Jacob, la culture française lui était inconnue. « A cause de la barrière de la langue. Nous ne parlions seulement que deux langues : le Swahili et l’Anglais.» Après quelques cours de français à l’Institut de Formation Rhône-Alpes (IFRA) de Vaulx en Velin, le couple a acquis des bases. Depuis, Stromae fait partie de l’un des artistes favoris de la jeune femme qui s’est laissée aussi séduire par le film La Vie d’Adèle. Elle travaille également en effectuant des heures de ménage entre les entraînements. Selon elle, la condition de la femme en France est aux antipodes de ce qu’elle a vécu dans son pays d’origine où « les tenues vestimentaires étaient trop restrictives et les femmes ministres quasi-inexistantes

Une vie nouvelle en banlieue

« Hakuna Matata » (Pas de Problème). C’est l’inoubliable devise swahili que les personnages du film Le Roi Lion (1994) répétaient au rythme d’une chanson de Jimmy Cliff. La banlieue lyonnaise a ouvert des perspectives inespérées à Jacob et Suzan qui aspirent désormais à la nationalité française. Ils se sentent chez eux aux alentours du quartier de La Rotonde. Celui-ci se trouve sur un plateau mais plus à deux mille quatre cent mètre d’altitude.

Le couple assure ne pas vouloir fêter le Jamhuri Day avec la ferveur de grands patriotes car leur nouvelle vie et celle de leur fille Mercy est en France. Même si pour Jacob le désir de retourner voir ses dix frères et sœurs se fait parfois ressentir entre deux foulées…

La République du Kenya

Devise nationale : Harambee (travaillons tous ensemble)

Hymne nationale : Ee Mungu Nguvu Yetu (O Dieu de toute création)

Jour de l’indépendance : 12 Décembre 1963
Forme de l’Etat : République

Président : Uhuru Kenyatta

Vice président : William Ruto

Langues officielles : Swahili, Anglais

Capitale : Nairobi

Autres grandes villes : Mombasa, Kisimu

Superficie : 580 367 km2 (classé 49ème)

Population : 43 013 341 habitants (en 2012) (classé 31e)

PIB nominal : 32,092 Milliards de $ (en 2010) (classé 85ème)

Monnaie : Shilling

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr