Le souffle coupé, jamais notre arrivé au camp ne fut aussi riche en émotions. Le dimanche 19 août, les autorités ont opéré à la première d’une série d’expulsion. Retour sur les faits en récit.

desperate vacances« La place des roumains».  Petit dialecte du jour, la formule est utilisée par les Roms pour désigner le camp d’où ils ont été expulsé. Cela fait quelques mois que nous intervenons dans ce camp, après un long travail de proximité, notre présence parait normale et les autochtones nous ont accepté en temps qu’amis. Durant ce mois d’août, l’on a dû trouver un roulement au sein de notre groupe d’intervenant étant donné les demandes de congés estivaux. A cause de ce roulement nous sommes passés très près du déni d’information.

En effet après avoir pris une semaine de vacances, à notre retour au camp nous apprenons que la police est passé au camp et qu’un ordre de quitter les lieux avant expulsion avait été communiqué à tous ses membres. Nous sommes tombés des nues dans le sens où nous avions espoir qu’après la passation de pouvoir d’une droite, qui avait une politique de rigueur vis à vis de la question Roms, à une gauche, qui nous semblait plus souple à leur égard, le gouvernement trouverai d’autres solutions que l’expulsion bête d’une place à une autre.Cela n’était qu’un faux espoir. Quand nous sommes arrivés, il ne leurs restaient que trois jours pour quitter les lieux.

Une attente interminable

Une série de questions nous vint alors à l’esprit, la première était : « Où allez-vous partir après cette expulsion ? » Personne n’en savait rien. Cette réponse nous a ému, mais comment cela se fait-il ? Devoir partir mais ne pas savoir où. Pour le comprendre, il faut se mettre à leur place. Ils n’ont rien, juste un baluchon qu’ils vont pouvoir emmener avec eux mais rien d’autre. Alors pourquoi ne pas chercher une autre place où s’établir ? A cette autre question, les Roms ont répondu qu’ils avaient l’habitude de vivre au jour le jour, qu’ils ne pourraient pas tomber à un niveau d’insalubrité et d’illégalité plus bas et qu’en conséquence il aviseraient le jour même.
Le jour venu nous nous sommes rendus au camp, à 6 heures du matin pour supplanter les CRS. Les habitants, baluchons à proximité, sont prêts à partir. Les soutiens extérieurs, que l’on vous a déjà présentés précédemment, étaient présents. Une question logique peut vous venir à l’esprit : Pourquoi ne partent-ils pas avant l’arrivée des CRS et le traumatisme de l’expulsion ?
Il ne faut pas voir le problème sous cet angle. Le fait de rester jusqu’au bout est un comportement très social. Effectivement au sein de notre société la plupart des expulsions se passent de la même manière : les personnes sont prévenues à l’avance mais pour divers raisons ne partent qu’au dernier moment.

Les expulsions

Dans cette tragédie, il faut bien insister. L’on parle d’expulsion d’enfants, de familles, de personnes malades, vulnérables sans relogement. Ce qui veut dire que l’on met sur le trottoir ces familles dont les enfants sont si vulnérables, qu’ils vont devoir dormir dehors, qu’il vente ou qu’il pleuve.

Le Roms se sont laissés faire, il n’ont commis aucune opposition physique à cette expulsion, leur seul souci étant le lieux qu’ils doivent trouver pour s’établir à nouveau. Certain ayant perdu goût de rester en France à cause des expulsions à répétition, se sentant traqués sans espoir de pouvoir s’établir de manière correcte et durable en France, repartent dans leur pays d’origine. Les autres cherchent sans relâche une nouvelle « place des Roumains » où s’établir pendant que les mères et enfants les attendent sur un chantier laissé à l’abandon.

La Brigade anti-criminalité, ayant eu vent de ce squat temporaire, les a expulser l’après midi même mais cela sans aucun document d’avis d’expulsion. En fin de soirée après avoir erré toute la journée dans les rues de la ville baluchon et bébé sur le dos, ils finissent par trouver un emplacement dans un parc de la ville de Villeurbanne.

Deux jours après leur établissement précaire dans ce parc, à l’image de ces lits de camp improvisés avec des feuillages, la police est venue pour les informer que la mairie a mis en œuvre une procédure d’expulsion du parc et que dans deux jours ils devront quitter les lieux. Comme motif à cet avis d’expulsion : la menace d’incendie dûe à l’usage de petit feu pour faire la cuisine durant cette période estivale.

Un jour plus tard, la communauté a décidé, en une sorte de concertation populaire, de quitter le parc avant que la police ne les déloge. Certains ont taché de trouver une autre « place » où s’établir avant une autre expulsion, les autres ont rejoint d’autres camps établis depuis plus longtemps et donc peu susceptibles d’être vidés par les autorités.
To be continued…

Les précédents articles de Desperate Roms Life :
1.0 Un premier contact fort en impressions
1.1 Un quotidien précaire
1.2 Les occupations des grands

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