Aux Minguettes, des citoyens s’organisent collectivement pour se réapproprier le débat public et devenir force de propositions. En se basant sur leur expérience personnelle, ils veulent donner une réponse audacieuse à la crise démocratique.

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De g à d : Yannis, Rhida, Bassim et Thomas.

« Le système politique est sclérosé. Si on veut que la démocratie perdure, il faut changer la méthode. Si on ne le fait pas, le changement se fera de manière violente. » Devant l’urgence de la situation politique, les organisateurs des ateliers de l’espoir, dont le premier volet était consacré à l’éducation, « veulent redonner la parole aux citoyens, loin des considérations partisanes. » Il s’agit de permettre à chacun d’être force de proposition et ainsi rentrer dans l’espace public par le haut. Le quartier des Minguettes à Vénissieux est le premier lieu de résidence de ces ateliers, avec l’objectif d’en essaimer d’autres. Thomas Delpech, l’un des animateurs explique : « On a considéré  que si on voulait parler d’espoir, de reconstruire la République, il fallait commencer par là où celle-ci a le plus à faire. »

L’origine des ateliers de l’espoir est à chercher dans le pèlerinage du député Jean Lassalle (moDem). Élu à l’Assemblée nationale, il s’y considère inutile . Il décide alors de battre la campagne, parcourant 6 000 km, pour rencontrer ses concitoyens et recueillir leurs craintes et aspirations, dans une version 2.0 des cahiers de doléances pré-révolutionnaires.

Contrairement  à ces rencontres – principalement en tête à tête, les ateliers de l’espoir ont pour objectif de créer une dynamique collective où le témoignage personnel à vocation de servir de base de travail.

Un pied dedans, un pied dehors
Thomas Delpech, est également responsable des jeunes démocrates dans le Rhône. Mais au sein de ces rencontres, il affirme « ne pas porter la casquette des jdem.» Paradoxale ? Le cadre se défend : «je ne suis pas dans le politicien. C’est une démarche citoyenne. Je veux qu’on réfléchisse sur un sujet propre,loin des pré-supposés et de l’idéologie.» Cependant, il estime que pour faire avancer la démocratie, il faut être « des deux côtés », arguant de la nécessité du politique pour faire remonter les propositions dans les instances républicaines.Opportuniste ? « Non, il faut marcher sur les deux jambes » rétorque t-il.Et d’ajouter : «Si on sort du système pour se laisser aller à la révolte, c’est accepter qu’on ne peux plus sauver la démocratie en France.»

« A 13-14 ans, on te condamne presque »

Le parcours scolaire de Yannis ou de Bassime permet de poser les maux et de dresser un constat réel sur les dysfonctionnements de l’Education nationale.

Yannis, 23 ans, revient sur son itinéraire : «  Je suis tout d’abord allé dans un collège privé où j’avais de bonnes notes, où l’ambiance était propice au travail et à la solidarité, à l’envie d’avancer, où les professeurs et l’encadrement étaient vraiment derrière nous. » Lors de son passage en 4ème, il change d’établissement et se retrouve dans une structure publique, en Zone d’éducation prioritaire (ZEP). « C’était la jungle ! » Explique- t-il aux quatre autres participants. Face à des professeurs démunis, voire insuffisamment formés, seule l’autorité paternelle et son environnement familial lui permettent de rester à flots.

C’est  l’étape de l’orientation qui symbolise le plus la défaillance de l’enseignement public et son manque d’encadrement. « En 15 minutes, le CPE décide de ton avenir, sans te connaitre, sans savoir ce que toi tu veux faire. » Explique Yannis. « A 13-14 ans, on te condamne presque. La marche arrière est ensuite très difficile » souligne Rhida. Il ne s’agit pas de nier la réalité mais simplement « d’être à l’écoute des élèves, de favoriser et de valoriser l’échange, d’essayer de comprendre le pourquoi d’une situation délicate. » Renchérit Bassim, 32 ans. Yannis ne veux pas écouter la CPE (conseillère principale d’éducation) qui l’oriente vers un BEP automatisme. Il décide alors de redoubler sa 3ème pour se donner une nouvelle chance. Pari gagnant. Après un Bac pro avec mention, il intègre le monde de l’entreprise et le groupe ERDF par la voix de l’alternance.

Un constat clair et alarmant se dessine : les moyens dédiés aux ZEP ne sont pas à la hauteur des enjeux éducatifs et sociétaux, en dépit des grands discours. Depuis 1981 et la création de ces zones scolaires,  les politiques n’ont pas assumé l’échec de ce dispositif. D’un autre côté, Rhida note que les réformes imaginées se heurtent au corporatisme de l’Education nationale.

Faire rentrer le monde de l’entreprise dans les collèges

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Yannis et Rhida lors de la 1er rencontre.

Les ateliers de l’espoir ne sont pas des ateliers de plaintes stériles. Au contraire. La réflexion est vivante. Il s’agit d’avancer. Au cœur du débat apparaît la critique de la carte scolaire, jugée « sectaire » par Rhida. Notamment car elle cloisonne des personnes issues d’un environnement difficile arguant de la nécessité de la supprimer. Ce dernier propose aussi une meilleure formation des professeurs, notamment dans le domaine de la gestion du groupe : « Actuellement, il n’y a pas de management dans les classes. Il faudrait se rapprocher de la logique anglo-saxonne où les professeurs reçoivent des cours de management. » La force collective s’affirme au sujet de l’orientation et de la professionnalisation. Les suggestions fusent, notées soigneusement par Thomas Delpech. L’idée centrale est de permettre au collégien de prendre en main son destin, en proposant un cheminement d’orientation sur le long  terme. Et surtout,  faire rentrer l’entreprise dans les collèges comme remède au manque de professionnalisme. D’autres proposent de multiplier les stages, de la 6ème à la 3ème, dans différents secteurs afin que le jeune puisse découvrir plusieurs métiers.

Il ne s’agit pas de décupler les désastreux séminaires d’observations en vigueur actuellement mais d’associer réellement les entreprises dans un projet nouveau. Thomas avance même l’idée du tutorat où « une fois par mois, l’élève serait intégré et associé réellement à l’entreprise ». Et pourquoi  pas instaurer un système de loterie pour l’attribution des stages, et ainsi éviter la discrimination, rêve Bassim.

Le rêve est fait d’espoir. L’espoir se façonne, à l’image du logo des ateliers, « l’espoir est entre nos mains.» En espérant que les semences déposées par les citoyens germent de résultats concrets, avant que le vent de la révolution n’arrache tous les espoirs.

Prochain atelier au sujet de l’emploi :

Le 25 février 2014. Adresse : 25 avenue de la Division Leclerc, Vénissieux. Entrée libre sur inscription préalable à ateliersdelespoir@gmail.com

Maxime Hanssen

Ex Service civique au #LBB. Diplômé d'une maîtrise d'Histoire après un mémoire de recherche sur l'histoire politique de la Hongrie. Journaliste à Acteurs de l'économie - La Tribune. En formation professionnelle à l'ESJ Lille Pro. Contributeur éternel au LBB et citoyen européen.