Découvrez jusqu’au 27 mars, « Les châteaux d’ma mère », une exposition aux Archives municipales de Lyon qui nous offre un regard neuf sur le quartier Mermoz, soumis, depuis quelques années, à de nombreux changements urbains.

 C’est en 2008 que la M.J.C. Mermoz lance l’idée d’un projet de témoignages, fait par des femmes, sur le quartier Mermoz. Ce travail de mémoire a été encadré par le photographe/journaliste Pierre-Yves Ginet – connu pour ses travaux sur la condition des femmes dans le monde –  entre juin 2008 et juin 2009. L’idée est simple et originale à la fois : dix femmes, chacune munie d’un appareil photo jetable, sont choisies pour témoigner, à leur manière, de leur vie, de celle de leur quartier, en y ajoutant quelques paragraphes complétant le tableau.

Ce qui intéressait le photographe, c’était d’offrir un point de vue original, dans les deux sens du terme, sur ce quartier de la banlieue lyonnaise. N’oublions pas que cette partie de la ville, née dans les années 50, a toujours comporté un grand nombre de logements sociaux, qui ont augmenté au fil du temps, et qu’elle demeure, quoi qu’on en dise, assez isolée du reste de Lyon. Celle-ci a connu de nombreuses mutations, modernisations ou autres plans urbains nécessitant le déplacement de nombreuses familles.

Depuis 2008, et jusqu’en 2013, un nouveau plan urbain a été mis en place afin de transformer les vétustes barres d’immeubles en de nouveaux et modernes logements. Pour cela, de nombreux bâtiments ont été détruits, obligeant une longue manoeuvre de relogement des familles touchées qui n’ont, d’ailleurs, pas toujours accepté de déménager. L’autre grande nouveauté est le détournement de l’autoroute qui coupe le quartier en deux depuis cinquante ans, détournement qui sera finalisée d’ici 2013.

Dans le but de marquer leur passage, Wahiba, Leïla, Juliette, Nadia, Mabrouka, Manuela, Laïla, Djamila, Rachida et Bérénice, ont pris le temps de mettre en forme leur témoignage. Un an de réflexion et de travail qui ont abouti à une exposition d’une vingtaine de photos (anonymes) accompagnées de leur commentaire.  « Elles se sont emparées de leur appareil jetable et ont témoigné. Pas de l’existence des ‘mamans des cités’. Non (…), elles ont juste témoigné de leur vie » déclare Pierre-Yves Ginet, qui annonce clairement la liberté de ton prise par les protagonistes.

Chacune avec son histoire, son passé, son rapport à ce quartier, elles nous offrent ici un réel et intéressant point de vue, vraiment hétérogène. Certaines sont très liées à ce Mermoz qu’elles ont connu, comme Nadia qui déclare que « (sa) vie est liée à ces tours, ces allées », et que « l’on a peur que  les souvenir partent avec les immeubles ». Juliette, quant à elle, insiste plus sur le travail effectué: « Je crois qu’avec les autres femmes du groupe, nous avons en commun un enracinement », ou encore « mes plus belles photos sont sans doute celles que je n’ai pas osées ». Ce qui évoque aussi la difficulté à se prêter à ce genre d’exercice, surtout quand on y a vécu plus de vingt ans. D’autres ont facilement accepté d’être relogés ailleurs, estimant les conditions de vie meilleures dans un nouveau logement.

Mermoz décortiqué, donc, par un regard intérieur et une volonté de sensibilisation qui touchent. Un regard important, car, même si une modernisation est jugée nécessaire, cela permet de sauvegarder un peu de vie de ces murs encombrants mais chargés d’histoires.

Pour en savoir plus : Exposition Mermoz

Auteur : Paolo Kahn

La rédaction

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