RÉGIONALES 2010. Jean François Khan a réuni mercredi soir à l’école normale supérieur quatre candidats têtes de listes aux régionales pour une discussion autour de l’alternative sociale. Un débat qui a vite tourné à la farce politique. Guillemin et Rafika étaient sur place.

 On nous l’annonçait comme une grande première.  Le débat initié par l’ex-patron de Marianne avait en réalité plus des allures de meeting que de réelle discussion politique. L’initiative était pourtant louable. Afin d’inaugurer concrètement son CRREA, (Centre de Réflexion et de Recherche pour l’Elaboration d’Alternative), Jean François Khan s’était entouré de quatre des têtes de liste aux élections régionales de mars prochain : Jean Jacques Queyranne, socialiste et président sortant de la région, Azouz Begag du MODEM et ancien ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, Philippe Meirieu d’Europe Ecologie et Elisa Martin du Front de Gauche.

Organisée en collaboration avec l’association Carrefour de la République, la soirée avait pour thème « L’alternative sociale, ou comment sur le plan régional contribuer à construire un nouveau modèle de société ». Après une introduction laissée aux soins des personnalités locales, le débat devait ensuite logiquement se poursuivre par une série de questions réponses entre les politiciens et le public.

Khan donne donc le coup d’envoi avec, en prélude, une question simple aux candidats : « Sur le terrain, comment commencer à esquisser un modèle de société ? » Les réponses affluent, fluides : de l’impératif d’Elisa Martin « d’arrêter ce pompier pyromane qu’est Nicolas Sarkozy» suivi des quatre piliers de la croissance de Queyranne, et puis le hic. Avant que ne soit exposé le credo de Meirieu, Begag prend à son tour la parole. Il ne la rendra qu’un bon quart d’heure plus tard, laissant une assemblée mi hilare, mi dubitative face à un discours assez décousu. Dans les rangs fusent des « il a bu », « ça y est, il a pété un boulon ».  Même Anne-Sophie Condemine, N°2 sur la liste MODEM ne semble pas vouloir en entendre plus et quitte la salle.

Mais les élucubrations du candidat orange ne sont pas les seules responsable de l’immense couac générale. Queyranne, à mi chemin entre peur d’Europe Ecologie (les stigmates des européennes ?) et bilan de fin de mandat a eu une possession de micro vigoureuse, allant même jusqu’à à couper un intervenant dans le public avant que celui-ci ait fini de poser sa question, non pas pour lui répondre mais bien pour poursuivre la palabre. Jean François Khan n’a pas su, hélas, faire son office d’arbitre.

Ajoutez à cela les questions du public à l’organisation anarchique et le dérapage verbal des cinq dernières minutes, et vous obtiendrez l’esquisse de ce qu’est une arène sous couvert de discussion de salon. Et puisqu’il était déjà bien établi que chacun des candidats prêchait ouvertement pour sa paroisse, notre blogueuse Rafika interpella les tribuns sur leur programme électoral, et plus précisément sur l’avenir  des quartiers populaires. La question n’eu malheureusement pas l’écho souhaité.

A la sortie de l’amphithéâtre, les avis du public convergeaient. « C’est positif de se faire rencontrer les gens pour discuter, mais de dire que ce n’est pas une débat politique, c’est une fumisterie » résume  Bruno Charles, vice président du Grand Lyon. « La parole n’a pas été assez donnée au public. Ils ont fait leur discours, et ça c’est poursuivi en débat électoral » estime lui aussi Renaud, qui repart un peu déçu. Pour la majorité des citoyens présents ce soir, l’objectif de Jean François Khan était loin d’être atteint. Du coté des pontifes, on était cependant plus mesuré, ou moins réaliste. Si Begag explique : « Je suis décalé. Ils ont parlé de philosophie, de concepts inaccessibles. Mon public, c’est celui qui n’est pas là ce soir », Khan lui juge la prestation « constructive, assez remarquable » et en ressort du « positif ».

Quelles est la leçon à retenir de cette soirée ? Premièrement, il est illusoire de prétendre animer un débat d’idées désintéressé en plein cursus honorum, un mois avant une élection. Cela n’avait rien d’un club de réflexion, et encore moins d’un « think tank », pour reprendre les mots d’Emmanuel Lemieux. Deuxièmement, un fois la première leçon retenue, quitte à faire un débat, autant inviter tout le monde. Nous aurions évité  la colère de Françoise Grossetête, tête de liste UMP en Rhône-Alpes, non conviée à la sauterie. Enfin, le public présent ce soir dans l’amphithéâtre Mérieux de l’Ecole Normale Supérieure était un public citoyen, qui s’intéresse aux questions politiques de ce pays, ou, tout du moins, de cette région. Les convier pour ne rien leur dire et leur demander d’aller voter un mois plus tard sont deux attitudes incompatibles. Encore une belle soirée pour la démocratie…

Auteur  : Guillemin Rosi

La rédaction

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