Il est 16h02, la quatrième affaire de l’après-midi commence dans le Tribunal de Grande Instance de Lyon. Philippe*, 26 ans, passe en comparution immédiate après avoir été arrêté à la suite d’une manifestation.

Le 1er mai dernier, à Lyon, se trouvait le cortège de point de rassemblement de Jean Macé jusqu’à Bellecour. Le prévenu est repéré par des caméras de surveillance et des photographies par la police des renseignements territoriaux sur lesquelles on le voit dégrader un panneau publicitaire. Interpelé à 15h45 dans le 7ème arrondissement, il reconnait directement les faits.

Dans son sac, les policiers retrouvent un foulard, un masque, un unique gant de chantier, une paire de lunettes de piscine, un stylo feutre mais aussi des tracts contre le capitalisme. Pour justifier ces derniers, il avoue « ce sont des tracts que l’on m’a distribués ». La présidente lui demande à plusieurs reprises « pourquoi un gant ? Un seul gant ». Ne sachant pas quoi répondre, il hausse les épaules et dit seulement « j’ai perdu l’autre », réponse que la présidente peine à croire.

 

Lors de l’énonciation des faits, même la présidente se perd dans son discours et commence à confondre cortège déclaré et non déclaré. Celui-ci, qui a été repoussé à cause des tirs lacrymogènes, fait demi-tour. C’est à ce moment-là que l’accusé a vu certains manifestants taper dans le panneau publicitaire, il s’explique « j’ai vu des gens le faire alors j’ai suivi ».

Déjà 5 condamnations pour violences, rebellions et outrages, son casier judiciaire n’arrange en rien les choses. Enfance difficile psychologiquement, il arrête l’école à 18 ans et joins l’armée en 2011 pour une durée d’un an. Touchant le chômage, il enchaîne les missions d’intérim. Dans l’optique de passer son code prochainement, il appuie sur ce point pour prouver son insertion à la Cour.

 

Avant de laisser la parole au procureur, Philippe désigne son geste comme un « acte idiot ». Il avoue même qu’il s’est laissé emporter par la foule. La présidente en profite pour le réprimander « et le libre arbitre Monsieur ? ». De la même façon, le procureur n’en croit pas un mot « c’est un Gilet Jaune depuis le début alors, au bout du 25ème acte, la masse il connait » dit-il avant d’exiger trois mois d’emprisonnement avec mandat de dépôt.

L’avocate, suite à cela, part dans un long discours qui commence par une voix très vive. Au fur et à mesure sa voix va devenir plus calme mais cassée. L’attaque étant la meilleure des défenses, elle va parler du procureur en déclarant que « Mr le procureur n’a pas dû participer à beaucoup de manifestations dans sa vie ». Appuyant sur le « petit casier » justifié par la vie compliquée de Monsieur, elle demande une peine plus légère. Le mot de la fin sera donné par l’accusé, « je ne veux pas que mon Gilet soit détruit ».

 

AU SUIVANT !

 

*Prénom modifié