Le vendredi 14 juin, Noham* est jugé, par le Tribunal de Grande Instance de Lyon, pour avoir révélé des informations de source policière à un homme recherché sur Marseille.

Aux alentours de 16 h, la troisième affaire débute dans la salle des comparutions immédiates de Lyon. L’accusé rentre dans le box, serein, décontracté, mais légèrement perdu. Il s’assied et enlève sa veste, jusqu’à ce que le Président du tribunal le rappel à l’ordre. C’est une première pour le jeune homme de 22 ans, expliquant sa méconnaissance face à l’attitude qu’il doit adopter dans une salle de jugement. L’accusé a divulgué  des informations policières à un suspect.

Le 20 mai dernier, Noham, en stage chez Direct Énergie, reçoit un appel de la police. Sans le savoir il discute avec un membre la DGSI. Ce dernier souhaite avoir plus de renseignements sur le lieu d’habitation d’un de leurs clients, habitant sur Marseille. Après l’échange téléphonique, Noham envoie un message à cet homme dont il a donné les informations, afin de le prévenir. Il lui fait comprendre que les policiers, qu’il qualifie de « chiens », vont  le perquisitionner et l’interpeller. Le jeune homme conseille au suspect, qu’il ne connaît pas, de prendre quelques vacances, mais le lendemain il est arrêté.

Un profil en inadéquation avec le geste

Du haut de son 1m93, l’accusé est obligé de se baisser pour répondre aux questions du président. Noham regrette son acte désormais et essaie de faire comprendre son geste. Pour lui, si la police appelle Direct Energie, c’est seulement pour histoire de drogue ou autres, mais rien de grave. Le nom de famille de l’homme recherché est à consonance musulmane, comme Noham, qui se sentait dans le besoin de l’aider, plus particulièrement des « appels de phares » comme il dit. L’accusé explique se faire contrôler régulièrement, une fois par semaine en moyenne, alors qu’il n’a rien d’anormale. Il sait que c’est à cause de ses allures d’immigrés ou de musulman et a l’impression d’être une victime des forces de l’ordre. Néanmoins, un membre de jury lui demande : « si le suspect en question s’appelait Pierre Dupont, lui auriez-vous envoyez un message ? ». Pour lui, la question ne se pose pas, oui c’est évident. Le jury ne comprend pas sa réponse.

Noham n’aurait pas dû se retrouver dans ce tribunal aux yeux du procureur et du public dans la salle. Tout le monde est attentif à cette affaire, puisque son parcours professionnel ne laisse pas paraître un enfant à problème. Diplômé d’un BAC scientifique au Lycée du Parc, avec mention assez bien, le jeune homme s’est ensuite orienté vers le commerce et le management. Actuellement en 2e année à l’EM Lyon-St Etienne, Noham réalise des stages à l’étranger. En ce moment même à Barcelone, il pour ambition de partir à Ottawa, au Canada pour 6 mois. Souhaitant travailler dans le marketing à l’avenir, sa mère, chez qui il réside, l’a qualifié de « bon garçon », « intelligent » et « naïf » aux policiers. Noham est musulman, il ne pratique que très peu la religion, mais la notion de fraternité dans sa communauté est très importante pour lui. Pouvant, ainsi, donné un sens à son geste.

Une peine qui sonne faux

Suite aux échanges entre le président et Noham, le procureur, qui rappelle les faits, illustre son geste. Pour lui, c’est un mouvement de solidarité, l’accusé se sent attaqué avec les nombreux contrôles de police, dû à ses origines. Au moment de l’acte, son devoir était de l’aider. Ignorant qu’il s’agissait d’une infraction, le magistrat souhaite adapter la peine à la hauteur du comportement, des risques et du profil. Ce dernier lui fait comprendre que ce n’est pas pour sa religion ou ses origines qu’il est dans ce tribunal, mais bien parce qu’il est un citoyen français. Le procureur requis une peine de 6 mois avec sursis, 800 € d’amendes au vue de ses revenus et d’un an de privation de ces droits civiques, suite à son comportement incivique. Le public, étonné, reste calme et intéressé. L’accusé, qui regrette et assume totalement son acte, ajoute : « Je me rends compte que ça aurait pu avoir des conséquences dramatiques ».  Et part du box la tête basse.

 

*prénom modifié.