La fondatrice de Vaulx Premières Planche émet une aura très forte auprès des espoirs du stand-up et de l’improvisation. Dans le cadre de l’association, l’adjointe administrative âgée de 50 ans et issue du quartier de La Thibaude guide les artistes dans leur carrière qui eux même n’hésitent jamais à lui exprimer leur reconnaissance dans les médias et sur scène. Le festival Rires D’automne, remporté cette année par Harry Nichen, demeure l’une de ses plus belles réussites. Entretien.

 

Cheia MiloudaPeux-tu me retracer la genèse de l’association Vaulx Premières Planches ?  

L’association a été créée en 2006. Moi et quatre des amis avions été contacté en tant qu’habitantes par la mairie pour créer une pièce pour l’école Frédérico Garcia Llorca. Une fois qu’elle a été achevée et présentée, nous sommes restées sur notre faim malgré le noyau qui s’était créé. Pour continuer, on nous a soumis l’idée d’une association et c’est de là que Vaulx Premières Planches s’est créée. Cela a germé tout de suite grâce à des spectacles d’improvisation suivis de débats. Mes amies et moi avions ce besoin de monter sur scène et de communiquer, débattre à travers l’humour. C’était plus ludique qu’autre chose. Au bout de deux ans, le maire de l’époque Maurice Charrier est venu à notre première création « Il fait trop froid dehors ». Il parlait d’une SDF qui vivait dans une allée et sympathisait avec les jeunes de cette allée. Ceux-ci la trouvent décédée dans cette même allée. On découvre la vie de ce personnage à travers les réactions des habitants de l’immeuble et des jeunes.    Les personnages qui racontent toute son histoire de son vivant.

Comment Vaulx Premières Planches est il devenu ce fameux tremplin pour les jeunes humoristes basés en banlieue ?    

Vaulx Premières Planche a revêtu cette cape en 2012 lorsque Rman s’est révélé. L’idée du festival Rires d’Automnes germait dans ma tête depuis bien longtemps déjà. J’avais présenté les grandes lignes d’un projet en 2007 qui a échoué pour des questions de budget puis j’ai été poussé par l’adjoint de la culture de l’époque et le duo d’humoristes Amine et Rachid qui forment le groupe Is no good. On a utilisé le cirque Imagine au Carré de Soie à Vaulx-en-Velin en 2012. Nous débutions en tant que novices avec de nombreuses questions à régler (techniciens, locations, budget…). La première année, on faisait le concours le vendredi et le festival le samedi. Aujourd’hui il est à une semaine du festival.

Toujours auprès de ses protégés

Le Festival Rire D’automnes que l’on a pu apprécier au début du mois d’octobre est un peu la clé de voûte du festival…

Il permet d’ouvrir la porte à des jeunes qui ne sont pas encore rodés, les mettre en contact avec des lauréats et même des pros. C’est très important que ces derniers discutent avec des lauréats pour leur expliquer l’envers du rideau. Il y en a toujours dix. La première année, ils présentaient deux ou trois minutes. Aujourd’hui, ils ont dix minutes pour présenter. Au Jamel Comedy Club, ils ont cinq minutes. On ne cherche pas que des humoristes, mais aussi des magiciens et des contorsionnistes. La première année, on a eu des chanteurs aussi. Les artistes sont payés avec un contrat. Le budget est de 6 000 euros cette année. Pour nous, c’est beaucoup. La mairie et l’Etat participent à hauteur de 3 600 euros.

C’est difficile de faire venir une grande personnalité comme Booder en tant que maître de cérémonie ?

Il faut avoir les contacts. Depuis deux ans, c’est grâce à Amine d’Is no Good que sa présence est possible. Et puis il est très accessible, c’est quelqu’un qui discute volontiers avec les jeunes et c’est très important pour eux. C’est mieux qu’une vitrine.

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Certains de ces artistes issus de Vaulx Premières Planches et même du concours du festival amorcent leur carrière…  

Rman, Nassim Bombo et Lionel Lacroute réalisent un beau parcours. Fayss to Face, qui a fini deuxième de cette édition 2014, a un avenir très prometteur. Lui qui est déjà dans la vidéo est très perfectionniste et il n’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas atteint un très bon niveau.

Tu dis avec beaucoup d’humour que tu es celle qui leur donne les coups ! Que leur apportes-tu concrètement ?  

Je suis plus présente au niveau pédagogique. Au niveau artistique c’est Mehdi Ait Hamoudi qui est coach, car il a un diplôme de comédien. En termes financiers, nous sommes présents pour les déplacements lors des concours qui ont tout de même un coût. Ils ne pourraient pas se l’offrir tout seuls. Nous sommes une grande famille et il faut se soutenir les uns et les autres ! Quand on se déplace à Clichy sous Bois ou ailleurs, on nous remarque, car nous sommes très soudés. Ce n’est pas chacun pour soi.

Tu dois gérer aussi de vraies personnalités…

Ils ont chacun leurs traits de caractère et leurs histoires aussi. Rman, il ne faut surtout pas le caresser dans le sens du poil. Lui dire que c’était bien à la sortie de la scène alors que ce n’était pas le cas, c’est s’exposer à un regard en trois temps ! La première fois que je l’ai vu, il m’a été présenté lors de matchs d’improvisation et j’ai trouvé en lui un vrai potentiel. Je l’ai incité à s’inscrire au concours et il a gagné. Nassim Bombo, je l’avais remarqué à la salle Victor Jarra il y a bien longtemps auparavant et je lui ai trouvé également du potentiel. Je l’ai revu il y a deux ans devant un bureau de tabac et je l’ai incité à venir. L’année dernière il a fini par se présenter au festival et il a fini deuxième au concours puis a remporté le concours de Clichy. Lionel Lacroute est là depuis l’année dernière. Il n’a pas été placé sur le podium. Il est venu pour se perfectionner.

Penses-tu que la situation des artistes intermittents du spectacle va s’améliorer ?

D’ici deux ou trois ans, les choses vont bouger, mais pour l’instant on est ralenti par la crise. C’est pour cela qu’on a fait des tarifs d’entrée très bas au festival Rires d’Automnes (10 euros). Lyon est une plaque tournante de l’humour. Paris est saturé. Le festival Rires d’Automnes est entré dans sa phase de maturité. On commence à y croire.

 

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