Depuis un an, un collectif de citoyens réunis au sein de l’association La Bagage’rue travaille d’arrache-pied à ouvrir dans le quartier de la Guillotière à Lyon une bagagerie sociale, un lieu où les SDF pourront venir déposer leurs affaires dans des casiers sécurisés. Au lendemain de leur assemblée générale, nous avons rencontré Jacques et Pierre-Antoine, tous deux membres de l’association.

« Ce projet, il répond à un vrai besoin du territoire ». Assis à la terrasse de La Fourmilière, bar bien connu du 7e arrondissement et qui soutient l’initiative, Pierre-Antoine nous explique que des bagageries sociales, il en existe à Paris, Marseille, Nantes ou Grenoble mais pas encore à Lyon. Pourtant, ici comme dans les autres villes, il y a une vraie nécessité : « dans nos sacs il y a tout ce qu’il nous reste. Alors il nous faudrait un endroit sûr où les poser », confirme Jacques, ancien SDF qui participe activement à l’élaboration du projet. À l’heure actuelle, sans bagagerie sociale où laisser leurs affaires pour ne pas se les faire voler, les SDF n’ont ainsi d’autres choix que de « se les trimballer toute la journée ou alors trouver un endroit pour les planquer », comme nous l’explique encore Jacques. Cette situation rajoute évidemment une difficulté dans un quotidien qui en comporte déjà un bon nombre. De surcroît, le sac à dos devient rapidement un véritable « marqueur social » qui identifie son porteur comme sans domicile, ce qui peut entraver la réalisation de la moindre démarche. Richard, qui a participé en 2007 à l’ouverture de la bagagerie sociale « Mains Libres » à Paris, témoignait à l’époque : « quand vous cherchez du travail et que vous vous présentez avec votre sac et votre duvet, la première chose que les patrons et les employés vous disent, c’est Dehors ! ».

Faire changer les représentations

Né d’une initiative citoyenne, notamment de personnes travaillant déjà dans le secteur de l’accompagnement social, ce projet s’est construit dès le départ avec une ambition participative : « le pari de l’association, c’est de faire en sorte que les personnes qui vivent ou qui ont vécu la rue en soient partie prenante », rappelle Pierre-Antoine.

Ainsi, une enquête de terrain a été réalisée en amont auprès des SDF et des personnes aidantes pour bien définir les besoins et cerner les contours de la future bagagerie. Un diagnostic qui a permis de faire ressortir un élément clé : l’importance pour les usagers d’avoir confiance dans le lieu. Comme le résume Jacques, « pour l’utiliser, il faut que l’on sache que nos affaires sont en sureté et que personne n’ira fouiller dedans ». Une inquiétude bien comprise par l’équipe, qui a prévu de sécuriser l’accès aux casiers et d’identifier les sacs par des numéros. L’association, qui entend ouvrir la bagagerie 7 jours sur 7 avec une permanence tôt le matin et une autre le soir, compte aussi impliquer les usagers dans le fonctionnement du lieu. Les permanences seront tenues dans la mesure du possible par des binômes d’adhérents bénévoles, composés d’un SDF et d’un ADF (Avec Domicile Fixe) afin de mixer les publics. Un moyen aussi d’essayer de casser les stéréotypes qui pèsent sur les gens à la rue et montrer que chacun d’entre eux est capable de mettre la main à la pâte et d’apporter ses compétences pour faire vivre le lieu.

Un local à trouver

Désormais, la dernière étape consiste à trouver un local susceptible d’accueillir la bagagerie sociale, c’est-à-dire d’ « au moins 150m² » et situé idéalement dans la zone comprise entre les deux principales gares lyonnaises, Perrache et Part-Dieu. Déjà accompagnée et soutenue financièrement par la fondation Abbé Pierre et la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS), l’association va rencontrer d’ici quelques jours la mairie de Lyon, en espérant faire avancer le dossier rapidement et pouvoir ouvrir ce lieu innovant et solidaire d’ici à la fin de l’année 2017.

Contact : bagageriesocialelyon@riseup.net