Rencontre avec Bescri, membre fondateur du label WQ Productions et MC Beatmaker. Nous revenons avec lui sur son premier album solo « J’étincelle » et sur ses influences notamment.

Tu peux nous raconter tes débuts ?

Le début c’est l’écriture, les rencontres avec Oz Dezeta, avec Earler, avec Acromik avec d’autres personnes qui font que je commence vraiment à rapper.

Comment tu définirais ton style, que ce soit dans l’écriture ou la manière de rapper ?

Je dirais que c’est un plane mi-conscient mi-mystique. Je peux définir ce que ce n’est pas : pas punchline, pas égotrip. C’est un regard sur l’humain et un regard à l’intérieur de moi-même et sur l’autre.

Tu écris, tu composes, tu fais des instrus, du mastering, mixage… tu t’arrêtes de temps en temps ?

Non franchement je m’arrête jamais. Des fois je me dis que je me laisse une après-midi de pause, mais je commence à faire du son à 14 h et je m’arrête à 22 h. J’ai du mal à partir en vacances, du mal à quitter Lyon, à partir 3-4 jours. Donc je te dis pas, partir 3-4 mois ou un an pour un voyage, c’est inenvisageable. C’est un gros problème.

L’album « J’étincelle » vient de sortir, c’est ton premier album solo… Pourquoi ce titre ?

Il y a plusieurs sens. On rejoint le côté mystique comme un étincellement de moi même. Ces morceaux pour moi c’est de la magie. La parole est créatrice. Toutes les religions le disent à la base. Quand tu dis des choses, elles s’envolent dans l’air, comme des étincelles qui partent. Comme moi au fur et à mesure je vieillis, je me décompose. Et puis il y a le côté égotrip, c’est-à-dire que c’est l’étincelle avant le feu de forêt. Je voulais à la fois un truc mystique profond et égotrip. Ce que j’ai voulu faire dans l’album, garder ce côté fier du hip-hop.

« Je me veux magie blanche même si mes textes sont sombres »

Est-ce que « J’étincelle » serait quelque part une sorte d’oxymore par rapport à des textes qui vont être un peu plus sombres ?

Oui carrément ! Je me veux magie blanche même si mes textes sont sombres en fait. Je me réclame de la lumière tandis que je décris l’ombre. L’étincelle va aussi avec le sens mystique c’est aussi si ce n’est pas une bougie une chandelle, une lumière. Avec une étincelle tu peux distinguer quelque chose dans le noir. C’est un premier éclairage.

Dans le morceau “187 code rime” : objectif tuer le game d’entrée de jeu ?

Tous les gens qui attendraient de la technique dans mon album, je leur donne 187 rimes. Je suis né en 1987, j’ai fait en sorte que ça coïncide. C’est une démonstration mathématique pour dire « toutes les rimes étaient la maintenant concentrez vous sur le sens ». C’est pour ça que je l’ai mise en première dans l’album. Objectif tuer tout auditeur qui attendrait trop d’égotrip, trop de technique dans l’album même si j’en mets dans tous les morceaux. Une manière de dire je sais le faire, mais je ne vais pas le faire tout le long.

« Le hip-hop ne s’apprend pas à l’école »

Le morceau « J’étincelle », tu termines sur la phase « ma zik elle est à toi », tu vois le hip-hop comme une culture du partage ?

Je vois même ça comme un passage de relai. Tout ce que j’ai appris dans le hip-hop ne s’apprend pas à l’école. C’est comme le graffiti, tu l’apprendras pas aux beaux arts ni dans une école d’art. Ça s’apprend dans la rue en prenant des bombes et en graffant.

Le but est juste de reposer une pierre et après de partir, c’est ça dont parle aussi la chanson quand je dis : « Avant de partir chacun fait ce qu’il peut avec sa tête ou ses mains. » Quoi que tu fasses, tu vas juste apporter une pierre. Ensuite c’est cimetière. Tous les gars avec trop d’égo se font bouffer. Au moment où ils ont pensé être les prophètes de cette musique, ils sont morts artistiquement. Morts dans leur âme.

Quelle épitaphe aimerais-tu voir inscrite sur ta tombe ?

Il a aimé.

Dans le morceau « Mille Mondes » tu parles de richesse intérieure ?

Particulier « Mille Mondes ». En fait c’est un pressentiment que j’avais eu et c’est marrant j’ai relu un bouquin, « Les 4 accords Toltèques », qui explique bien qu’on a mille conversations permanentes en nous même. C’est le pressentiment que j’avais eu. C’est mille personnes qui sont sans arrêt en train de se battre, ces armées de moi-même à l’intérieur de moi-même. Ce que j’essaye de dire dans la chanson c’est de l’accepter. Dès que tu l’acceptes, elles commencent à se mettre en paix. En prendre conscience c’est une manière de s’élever. C’est pourquoi « on » a tous en nous mille mondes.

Ce morceau j’ai dû l’écrire en 2008. Donc je l’ai remis au goût du jour. C’est passé de j’ai en moi mille mondes à « on ». Le troisième couplet fait une ouverture sur les gens quand je dis « quand je suis malade tu tousses aussi », c’est qu’on est dans le même terreau. On a tous une richesse interne, souvent en conflit qu’il faut apaiser pour construire ensemble.

Ma solitude” et “Suicide“, des titres assez durs en soi, assez évocateurs, c’était quoi l’idée, exorciser ces démons-là ?

Ma solitude c’est une autre idée, on peut être seul et bien. D’ailleurs c’est en étant seul et bien, en paix avec soi-même qu’on arrivera à construire avec les autres. Si t’es en conflit interne, ce que tu chercheras chez les autres c’est un recours, c’est un pansement, mais par-dessus une plaie purulente. Faut d’abord soigner la plaie. C’est ce que je veux dire « la solitude n’est plus une épreuve depuis longtemps ». Je parle de la déception et pas mal de choses dedans, mais j’essaye de la caresser, de rester très loin. Un gros message de courage.

Suicide c’était histoire de leur dire que je vous aime pas (rires) que c’est ma dualité. Le côté où je peux pas voir certains comportements humains. Au point que j’ai envie de faire du mal aux gens, à moi-même et ça me fait chier, car je fais pas de la musique pour faire du mal. La première rime « ce sont les mêmes qui passent leur vie à tricher qui viennent te parler de principes » je l’ai eu quand je faisais la queue devant l’ENM ou j’ai du passer deux mois de ma vie. Quand je vois des gars qui pour être inscrits plus vite ont doublé un aveugle, je me suis dit c’est eux les futurs profs de musique, ceux qui vont enseigner le solfège à mes enfants, qui vont aller donner des concerts en disant la terre est pas belle et faire de l’écologie et c’est eux qui doublent un aveugle dans une file d’attente, j’ai trouvé ça dégueulasse. C’est dans ces moments-là que j’ai envie de violence certaine contre l’être humain.

« Comment on peut faire un album en moins de 6 mois »

On voit que tu passes par plusieurs étapes, on a des humeurs différentes dans les textes. C’est des périodes de ta vie que tu as voulu cristalliser ?

C’est ça. D’ailleurs je me demande comment on peut foutrement faire un album en moins de 6 mois. Pour moi la diversité des albums que j’ai toujours aimé écouter c’est justement parce qu’ils passaient par certaines humeurs. J’ai du mal à mettre de l’humour, à mettre de la grande joie, ou de l’extase dans mes chansons.

Les albums que j’ai pu entendre précédemment dans ma vie et qui m’ont touché passaient à travers différentes humeurs et thématiques qui donnent l’impression de connaître la vie du pélo qui est en train de rapper comme s’il connaissait la tienne. Je pense que c’est voulu ce fait de vouloir poser plusieurs humeurs.

Tu te reconnais toujours dans tes anciens textes ?

Oui. Comme j’ai dit c’est un bloc note. Je relierai ça à une cicatrice, un tatouage tout ce que tu veux. Tu peux pas regretter une cicatrice, tu es tombé à un moment. Ta cicatrice vit avec toi. Tout est marque du passé. Je suis en accord avec ce que j’ai vécu.

Le visuel de l’album, tu peux nous parler du concept recherché ?

Je voulais que la face de l’album ce soit blanc, lumineux contrairement à beaucoup de produits qu’on a faits dans WQ. Je voulais que le visuel soit essentiellement blanc. Le graphiste et Raphael Leboucher (collectif Goo) m’a proposé cette opposition blanc noir, un côté Yin Yang qui se retrouve dans toute la pochette et le CD. Il m’a dit tu peux pas le faire tout blanc ton album parce qu’à la vue et à l’écoute de tes textes c’est sombre aussi. On est parti là-dessus. C’est à peu près l’histoire du truc.

Un passage sur ton côté scénique, est-ce que ce ne serait pas le meilleur endroit pour partager ? C’est là-dedans que tu te démènes le plus ?

Comme tu disais c’est le meilleur espace pour s’exprimer pour un artiste, c’est là ou il y prend le plus de plaisir. Le studio c’est bien, la scène c’est mieux.

Quand j’arrive sur scène j’ai l’impression d’avoir des ailes et de m’envoler, je connais mes textes par cœur, je suis en communication avec les gens alors qu’en studio je suis en communication avec qui ? Un ingé-son qui est moi-même et un ordinateur. C’est pour ça que la scène c’est ce qu’il y a de mieux.

On pourrait dire qu’avec Earler vous êtes le yin et le yang sur scène ?

Oui on peut dire ça. Maintenant il se dévoile de plus en plus et moi je m’introvertis de plus en plus. On revient au centre, sans oublier qu’il y a aussi Otage qui tourne énormément avec nous. Avec Shinobi qui est DJ, on est 4.

« Jamais vu ça au Raspoutine »

Ta meilleure scène ?

Franchement j’en ai deux. Dans deux styles différents. C’était organisé par la soupape la première qui m’ait tué. C’était au Raspoutine, il faisait 40 degrés la salle était blindée sa mère. C’est une petite salle, pas plus de cent personnes qui rentrent à l’intérieur. J’ai jamais autant transpiré de ma vie, une ambiance aussi folle dans la salle, les gens au taquet, ça pogottait. J’ai jamais vu ça au Raspoutine. C’était puissant. Je m’en rappelle pour la puissance, puisque pour l’impeccabilité du show. La chaleur m’a coupé la respiration.

©Gaspard Renault

©Gaspard Renault

Le deuxième show que j’ai préféré c’était la première partie de Madchild, avec un public qui n’était pas à nous, les gens sont venus et ont découvert une première partie dont ils ont été satisfaits. Je suis content de ce qu’on a fait et de notre prestation. On a vraiment passé un cap, on a beaucoup répété pour cette scène, organisée par Equinox et Panthers.

T’aurais fait quoi si t’avais pas rencontré le hip-hop ?

Je sais pas…. je serais mort ! Franchement je me serai beaucoup plus défoncé. Je suis dans l’idée que je sais pas, je ne regrette pas de l’avoir fait donc je me pose pas la question en fait.

Ton album on peut le choper ou ? Tes instrus ?

Il est sur moi ! Sur Deezer, Itunes, Google Music, Spotify. Pour les instrus faut me contacter. FB Bescri l’Original, WQ Productions. Lokal Beats.

Un dernier mot pour finir…

Gros big up à toute mon équipe : Earler, Otage, Shinobi, IBR, OZ, Les Colbert Thugz, les 69ers, les gens derrière nous. Et franchement que l’amour nous porte et qu’on continue de s’aimer longtemps tous autant qu’on est, c’est le seul souhait que j’ai pour moi et les autres.