Benoît Hamon s’est imposé dimanche 29 janvier au second tour de la primaire de la gauche face à Manuel Valls, en récoltant à l’échelle nationale 58,9% des suffrages contre 41,1% pour l’ex-premier ministre. Cette victoire de l’aile gauche du parti pose désormais la question du rassemblement interne au PS, voire au-delà.

Une victoire nette de l’aile gauche du PS

Le second tour de la primaire de la Belle Alliance populaire a donné son verdict : c’est Benoît Hamon qui sera le candidat du Parti Socialiste aux élections présidentielles de mai prochain. La ligne sociale et écologiste de l’ancien ministre de l’Éducation nationale a fait la différence face à son rival social-démocrate, en collant davantage aux aspirations citoyennes appelant à un projet politique réellement « ancré à gauche ». Création d’un revenu universel pour tous, instauration de nouveaux droits pour les salariés, augmentation de la progressivité de l’impôt : ces propositions du député des Yvelines ont eu un échos important auprès de franges de la population se sentant lésées par la politique actuelle de l’État, dont Manuel Valls s’est érigé en défenseur pendant la campagne.

Un bilan du quinquennat qui lui a sans doute porté préjudice, comme en témoignent les propos acerbes de Marc Cachard, assistant parlementaire et secrétaire de section PS à Rillieux-la-Pape :

« Il y a des choses que je ne pardonne pas à Manuel Valls. Je lui impute l’utilisation du 49.3, une grande responsabilité pour la déchéance de nationalité aussi. J’avais déjà été intrigué par son arrivée au poste de Premier ministre en 2014 alors qu’il n’avait fait que 5 % à la primaire de gauche en 2011. Non pas que je mette en doute ses qualités, mais je m’étonne de voir dans la foulée Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Christiane Taubira débarqués, et pour finir François Hollande qui est poussé à la porte avec le message « retourne en Corrèze, je prends la place ». Ses positions sur la laïcité me déplaisent aussi, je ne suis pas partisan d’un ordre absolu, j’ai l’impression que cette société, comme elle a su le faire récemment, se doit d’intégrer en douceur tous les nouveaux arrivants. Donc si c’est pour faire une politique de droite.. moi je vote à gauche. »

Des reproches qui ont été partagés par une large partie de l’électorat de gauche, bien que ce facteur ne soit pas le seul à expliquer la lourde défaite de Manuel Valls. En annonçant tardivement sa candidature en décembre, il n’a pas pu créer une dynamique similaire à celle de Benoît Hamon, qui avait entamé sa campagne dès le 16 août dernier.

Y aura-t-il un rassemblement de la gauche autour de Benoît Hamon ?

Tous les yeux sont désormais rivés sur la capacité de Benoît Hamon à fédérer le PS autour de son programme en vue de l’élection présidentielle. La tâche s’annonce difficile pour l’un des principaux frondeurs qui a combattu la politique du gouvernement depuis son départ en 2014. Mardi 31 décembre à l’Assemblée nationale, 17 parlementaires vallsistes ont signé un appel à un « droit de retrait » de la campagne de Benoît Hamon, dont on trouve les explications dans une tribune publiée ce même mardi dans Le Monde par Christophe Caresche et Gilles Savary, députés PS. Tandis que plusieurs de ses proches, ainsi qu’une dizaine de députés « réformateurs » ont annoncé leur ralliement à Emmanuel Macron, Manuel Valls a déclaré qu’il « s’effacerait » de la campagne de Benoît Hamon après sa défaite. Si l’aile droite du parti affiche donc sa défiance, plusieurs piliers du PS et du gouvernement ont appelé à l’unité derrière le vainqueur de la primaire, comme Jean-Christophe Cambadélis, Jean Marc Ayrault, Najat Vallaud-Belkacem ou encore Bernard Cazeneuve.

Cette phase de positionnement pour les élus PS se déroule aussi à Lyon et dans la métropole, où Gérard Collomb et son cercle proche avaient d’ors et déjà annoncé leur préférence macroniste. A Villeurbanne, le maire Jean-Paul Bret a appelé à un rassemblement « sans états d’âme et avec conviction », ce qui est le cas aussi pour Vaulx-en-Velin, comme l’explique la secrétaire de section PS Muriel Lecerf :

« Le point positif et encourageant pour la suite réside dans le fait d’avoir des résultats tranchés, qui placent Benoît Hamon comme candidat du Parti Socialiste sans qu’il n’y ait d’ambiguïté. Nous concernant, la section PS de Vaulx-en-Velin est prête à donner campagne pour lui, d’autant plus que les habitants se sont exprimés nettement en sa faveur dans les quatre bureaux de vote, avec une hausse de participation significative au second tour : 811 personnes se sont déplacés pour voter, ils n’étaient que 526 au premier tour. »

Cette hausse de participation est l’autre élément à retenir de ce second tour, avec une augmentation de 20 % à l’échelle nationale, ce qui s’est vérifié dans le Rhône avec 14 000 votants de plus que pour le dimanche précédent.

Marwan Martelli, conseiller du 1er arrondissement, évoque lui un rassemblement au-delà des frontières du PS :

«  La victoire de Benoît Hamon est une bonne nouvelle pour la gauche, parce qu’elle apporte une véritable alternative à l’extrême droite de Marine Le Pen et la droite extrême de François Fillon. Le peuple de gauche existe et a exprimé le besoin d’un renouveau, après avoir été heureux puis trahit par l’élection de François Hollande, par la politique libérale teintée d’une légère tendance sociale qu’a mené le gouvernement de Manuel Valls depuis cinq ans, usurpant le mot socialiste. Cette primaire prouve que ce n’est pas le courant de pensée majoritaire à gauche, que ce sont davantage Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon ou Yannick Jadot qui ressuscitent et incarnent aujourd’hui la vision progressiste que les gens attendent, et ils se doivent de la représenter ensemble pour la faire gagner en mai prochain. C’est à nous, militants, citoyens, journalistes, etc. de leur expliquer qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils sont obligés de se rassembler pour que la gauche soit au second tour. »

Cette option a été avancée par Benoît Hamon, appelant les candidats d’Europe Écologie – Les Verts Yannick Jadot et de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon à former une majorité parlementaire, mais seulement une fois élu. Ce qui ne résout donc pas le casse-tête qui se présente aux électeurs de gauche pour le vote du premier tour le 23 avril prochain, avec trois candidats en lice annoncés autour des 10-15%, score vraisemblablement insuffisant pour passer au second tour. Mais il reste du temps et les négociations ne sont pas fermées. Affaire à suivre.